Christian Chavagneux, économiste et éditorialiste à Alternatives économiques.
Les indices boursiers sont actuellement à la baisse, pouvez-vous nous expliquer ce que cela signifie?
"Les investisseurs aujourd’hui ont peur. On vit un moment d’incertitude assez radical sur l’avenir des économies et ils ont du mal à se faire une opinion sur ce que peuvent être à la fois le futur des entreprises et les futures capacités des Etats à rembourser leurs dettes publiques d’autant plus que les Etats interviennent beaucoup pour soutenir les économies. Face à cette situation d’incertitude, souvent les investisseurs, plutôt que de raisonner froidement, prennent peur et donc ils vendent beaucoup de leurs titres financiers pour se procurer la seule ressource dont on est sur qu’il ne va pas perdre de la valeur, c’est le cash. On se débarrasse de titres financiers pour donner la priorité au cash qui fait s’effondrer les bourses mondiales."
Où en est-on au niveau européen?
"Depuis mars, il y a une chute dans toutes les plus grandes places financières: au Japon, en Europe, aux Etats-Unis et la chute est vraiment très importante; on parle de -30/40% pour l’instant. On n'est pas encore à des niveaux historiques, dans les grands krachs où on a connu des -70/80%. L'incertitude perdure et on a quelques fois, quelques journées où les marchés remontent mais globalement on est toujours sur une pente descendante."
Vous avez récemment signé une tribune dans Alternatives économiques afin de démontrer les différences entre cette crise et celle que nous avons connue en 2008. Pourquoi sont-elles différentes?
"La crise des sup-primes est née d’un dysfonctionnement interne du capitalisme contemporain. Les autorités publiques ont permis à la finance de développer sans contrôle, ça a provoqué une bulle puis une crise. Aujourd’hui le virus qui nait en Asie puis se répand partout dans le monde et n'est pas directement et avec la même intensité le fait de décision ou fonctionnement du capitalisme contemporain même si, il faut préciser que plus il a de déforestation, plus il ya de réchauffement climatique, plus les virus contenus chez les animaux peuvent se transmettre à l’homme et c’est bien le cas avec le Coronavirus comme on avait dans le cadre du Sras en 2003. Donc on était plutôt sur une crise qui était endogène au capitalisme en 2008 qui est exogène aujourd’hui avec le bémol que je viens de vous donner."
"Une deuxième grande différence est que la crise de 2008 est née dans la finance puis c’est transmise à la l’économie réelle. Aujourd’hui c’est l’inverse, on a d’abord une crise de ralentissement de la production en Chine puis maintenant en Europe, aux Etats-Unis, qui se transmet à l’économie financière, et puis enfin on était dans le cadre d’une crise extrêmement structurelle, il a fallu des années pour en sortir. Là, celle du Coronavirus, la Chine nous le démontre déjà, on est sur une crise plus forte, intense mais aussi une crise conjoncturelle, temporaire. On plonge extrêmement vite mais on remonte extrêmement vite."
Malgré tout comme vous l’avez dit, il y a des impacts sur l’économie réelle, pourriez-vous les préciser?
"On a des impacts sur l’offre, puisqu’on l’a bien vu avec la Chine et on voit bien ce qu’il se passe en Europe, lorsque vous confinez les gens chez eux, ils ne peuvent pas aller travailler pour la majorité d’entre eux, donc la production s’arrête et donc on se retrouve avec une économie qui recule par rapport à ce qui était son activité le mois ou le trimestre précédent.
Et puis, les gens peuvent perdre leur emploi ou peuvent se retrouver avec des indemnités chômage inférieures à leur salaire, se retrouvent avec un moindre pouvoir d’achat et cette fois ça impact sur la demande. Donc on a un double impact sur l’économie réelle, un impact de blocage de l’offre, un impact de fort ralentissement de la demande et les deux ensemble font que les économies plongent...