Monde Solidaire – Fréquence Terre

Face aux pandémies, il faut repenser notre rapport à la nature


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La crise du coronavirus doit-elle nous interroger sur notre modèle de société ? Que dit-elle du rapport que nous entretenons avec nos espaces naturel ? Et doit-elle nous obliger à repenser nos relations avec la nature ?

Ces questions, pourtant anciennes, refont surface depuis deux mois de manière plus prégnante, plus urgente.

* Avec Marion Veber, responsable des programmes à la Fondation France Libertés

Depuis l'apparition de l'épidémie de Covid-19, c'est un mammifère qui est pointé du doigt. Croisé sur un marché de Wuhan, en Chine, le pangolin serait à l'origine de cette crise sanitaire mondiale. Est-ce qu'on doit en faire un bouc émissaire, ou est-ce que c'est juste un symbole révélateur d'autre chose ?
"On pointe du doigt ce pangolin et certains vont même pointer jusqu'au Chinois. Donc on a des relents xénophobes qui refont surface aussi. Mais le problème est bien le modèle de société. Le Covid-19 est lié a priori, même si les recherches sont encore en cours, à un virus qui est d'abord présent chez la chauve-souris, mais aussi chez le pangolin et peut-être même chez un troisième hôte. Ce qu'on note, c'est que notre modèle de société dominant, le capitalisme, une conception dominatrice, exploitatrice de la nature, est la cause de nouveaux virus, ce qu'on appelle des zoonoses. Des animaux sauvages se rapprochent des humains et nous transmettent des virus dont ils sont les hôte."
Qu'est-ce qui a favorisé cette transmission, cette destruction des remparts entre les espèces ?
"Avec cette logique où la nature est à notre disposition et où va l'exploiter pour nos besoins ou le profit de quelques-uns, on va déforester massivement. En déforestant, on expulse les animaux de leur habitat habituel. Ils se rapprochent des zones ou les humains vivent et où vivent nos animaux d'élevage. Il y a aussi le braconnage, ce qui est le cas pour la crise du Covid-19. C'est une vision dominatrice de la nature où l'on va exploiter les animaux pour de soi-disant vertus qu'ils pourraient avoir ou pour la richesse que vont procurer certaines parties du corps de ces animaux. C'est ce qui a causé le Covid-19, mais c'était aussi le cas pour le virus Ebola avec le braconnage de viande de brousse. Il y a aussi l'élevage intensif qui est très lié à la déforestation. Cela va accroitre la promiscuité entre les animaux sauvages qui sont expulsés de leur territoire et la proximité avec les animaux d'élevage, puis avec l'homme."
La diversité des espèces en péril
Cela met donc en danger la diversité des espèces. Et ce n'est pas sans conséquence ?
"Le fait que l'on perde en nombre d'espèces chaque année, et de la diversité au sein même d'une espèce, fait que le virus se propage plus facilement. Plus une espèce est diverse, plus le virus a du mal à se propager. En fait la diversité est un excellent rempart face aux maladies. Sauf qu'aujourd'hui la diversité est en péril. On parle de pourcentages très importants d'espèces qui sont menacées de disparition et d'une perte de la diversité au sein des espèces. C'est un accélérateur potentiel de virus. Et le modèle de société actuel, très mondialisé, ne fait qu'empirer ce genre de virus qui se propagent plus facilement à l'échelle mondiale. C'est vraiment le reflet de cette société de l'excès, des échanges multiples."
Depuis quelques semaines, de nombreuse tribunes ont dénoncé les excès de la mondialisation, estimant notamment que cette crise sanitaire a pour origine la crise écologique. Si on ne change rien,
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Monde Solidaire – Fréquence TerreBy Philippe Boury