Aujourd'hui l'économie

France: la Sécu est-elle en péril?


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François Fillon fait machine arrière : il n'est plus question de privatiser une partie de l'Assurance maladie comme il l'avait imprudemment laissé entendre. Cette branche de la Sécurité sociale est-elle vraiment souffrante?
En 2015, on a dépensé en France 194 milliards d’euros pour la santé. Les Français n’ont sorti de leur poche que 40 milliards, le quart de cette somme, car le reste est financé par l’Assurance maladie. Ce système universel fondé après la Seconde Guerre mondiale est l’un des plus généreux en Europe. Avec l’augmentation continue des dépenses, il a fallu donner des coups de rabots pour maintenir un régime soutenable. Et l’on pensait y être quasiment parvenu.
En septembre, Marisol Touraine, la ministre de la Santé, proclame que le trou de la Sécu sera comblé en 2017. Pourquoi deux mois plus tard François Fillon veut-il donc dérembourser massivement les prestations de santé de la Sécu s’il est élu président ? Les chiffres des deux dernières années sont pourtant rassurants : le déficit de l’Assurance maladie a été ramené de 6 à 4 milliards d’euros en deux ans, et il sera encore divisé par deux en 2017. Mais il y a un autre chiffre inquiétant : celui de la hausse naturelle des dépenses, +4 %. Une évolution incompatible avec les ressources de la branche maladie.
Comment expliquer cette inflation des dépenses ?
 
Les Français ne sont pas plus malades que par le passé. Bien au contraire : les progrès de la médecine contribuent à l’augmentation de l’espérance de vie. On met donc de plus en plus de moyens pour soigner de mieux en mieux et de plus en plus longtemps. C’est particulièrement vrai dans le traitement des maladies chroniques, comme le diabète, l’hypertension artérielle, ou les cancers, dont on meurt de moins en moins.
Toutes ces affections dites de longue durée qui exigent des traitements lourds et coûteux sont remboursées à 100 % par l’Assurance maladie. En 1945, cela ne concernait pas grand-monde, mais aujourd’hui 1 assuré sur 6 en bénéficie, soit près de 10 millions de patients ; en 2020 ce sera 1 sur 5. Cela représente les deux tiers des remboursements. Ce montant va encore s’amplifier dans les années à venir. François Fillon proposait de maintenir le seul régime des affections de longue durée et de privatiser le reste. Vu la bronca, il fait machine arrière sans indiquer pour autant comment résoudre l’équation.
 
L’Assurance maladie est aussi confrontée à la hausse astronomique du prix des nouveaux traitements
 
Les nouvelles molécules mises au point par les laboratoires pour guérir des cancers ou l’hépatite C font des miracles. Mais à un prix difficilement soutenable pour la Sécu. 40 000 patients souffrant de l’hépatite C ont ainsi été soignés l’an dernier grâce à un nouveau médicament après d’âpres négociations entre l’industrie et le ministère de la Santé. Coût total : 1,8 milliard d’euros. Si les 150 000 porteurs du virus de l’hépatite C qui attendent leur tour sont traités dès l’an prochain, le déficit de la branche maladie triple. Et ce n’est pas fini, bien d’autres dépenses exponentielles sont en vue. Toute la médecine est en pleine révolution technologique.
À terme, l’approche personnalisée que permettent les progrès de la génétique et du big data devrait mettre l’accent sur la prévention. Si on veut qu’elle profite à chacun, conformément aux principes de la Sécu à la française, il faudra trouver de nouveaux moyens pour financer cette mutation.
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Aujourd'hui l'économieBy RFI