Manger, dormir, mourir (titre original : Äta sova dö), réalisé en 2012, est le premier long-métrage de la Suédoise Gabriela Pichler, née en 1980 de parents d’origine bosnienne et autrichienne.
Ce film est une production à petit budget. Il a été tourné entièrement avec des acteurs non-professionnels dans des lieux de la vie quotidienne de la réalisatrice, y compris son propre domicile. Il a fait sensation auprès de la critique et du public suédois. À l’occasion des Guldbaggen 2012 (l’équivalent suédois des César), le film a remporté quatre prix dans les plus importantes catégories : meilleur film, meilleure réalisation, meilleure actrice et meilleur scénario original. Par le mérite de son contenu et l’importance de la problématique qu’il soulève, le film a été projeté lors d’une séance spéciale organisée au Parlement suédois. Invité en compétition à la Semaine internationale de la critique de la Mostra de Venise en 2012, il a obtenu le prix du public. La Suède l’a choisi comme candidat national aux Oscars dans la catégorie du meilleur film étranger, mais il n’a pas été retenu pour la pré-selection.
Gabriela Pichler connaît intimement les lieux et les vies qu’elle décrit dans son film. Après une enfance et une adolescence passées dans la banlieue de Stockholm, elle a décidé en 2003 de quitter son emploi à temps plein dans une fabrique de biscuits pour s’inscrire à l’École de Cinéma de Gothenburg. Elle y a réalisé plusieurs courts métrages, parmi lesquels le plus important est celui avec lequel elle a obtenu son diplôme en 2008, Skrapsär (Égratignures), dans lequel des adolescents s’aventurent dans une zone industrielle désaffectée pour y vivre, tuer le temps et chercher l’amour sans montrer trop de sentiments, par peur de paraître vulnérables. En 2009, ce film a remporté le Guldbagge du meilleur court-métrage et en 2010, le prix du public du Festival international du court-métrage d’Uppsala. Il a participé à de nombreux festivals internationaux.
En présentant son long-métrage, Pichler a expliqué que son intention créative était la suivante : “faire un film sur une partie de la société que j’ai toujours aimée, mais à laquelle j’ai parfois honte d’appartenir. La Suède a du mal à se regarder en face lorsqu’elle aborde les problèmes de l’immigration et de l’asile politique. Je veux faire partie d’un processus de redéfinition de l’identité nationale suédoise. L’histoire du personnage principal est intimement liée à son identité et à la façon dont les gens la perçoivent, mais elle met aussi en évidence l’expérience de tant de jeunes dans le contexte de la crise économique européenne, où le chômage est très élevé et les contradictions internes de la société vont grandissant. La volonté d’aborder un problème personnel et de montrer une relation père-fille que je n’ai jamais vue à l’écran quand j’étais petite me semblait tout aussi important.”
En raison de son style de réalisation, de nombreux critiques ont comparé Pichler aux frères Dardenne, ce qui remplit la réalisatrice d’orgueil, car elle les considère comme une source d’inspiration. Parmi les autres réalisateurs qui l’ont le plus captivée et influencée, on trouve Claire Denis, Wong Kar-Wai et Milos Forman.
Michele Marangi
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