✍ « […] Y a-t-il, si faible soit-elle, une affirmation nationale de notre poésie ? Où va-t-elle ? A-t- elle un avenir ? Et cette autre question, la première peut-être : Qui est-elle ? […]
[…] tout indique qu’elle va dans toutes les directions, l’une ne prévalant pas sur l’autre, et signe d’un manque de fixation et de complète maturité. […] Tout au plus décelons-nous de vagues courants. Néanmoins, et c’est énorme, il existe un mouvement poétique pluriel où se fait sentir une première densité collective. […]
[…]
[…] notre tellurisme n’est pas français et, partant, notre sensibilité, pierre de touche de la poésie ; si nous voulons apporter quelque chose au monde français et hisser notre poésie au rang des grandes poésies nationales, nous devrons nous trouver davantage, accuser notre différenciation et notre pouvoir d’identification. […]
[…] jusqu’en 1950 notre poésie est une longue marche pour se trouver […] Ce qui était jusque-là le fait de poètes sans grande communication entre eux devient aujourd’hui un climat, une vie poétique.
[…]
[…] Chez les meilleurs des poètes nouveaux, on transcende l’adolescence. On assume de plus en plus la taille d’homme, on se rend responsable du présent et l’on harcèle l’avenir. […] » (Gaston Miron, situation de notre poésie [1957])
« […] Parce que je suis toujours au bord de la misère physiologique et mentale, qui voudra me croire, même de mes amis intimes, quand moi-même n’y comprends rien à Miron, quand moi-même, faute de prise sur le réel, suis incapable de saisir ce qui se passe. Et pourquoi cette pratique honnête de l’individu Miron (1928-1996) par lui-même, et pourquoi dans le même temps ce détournement de fonds de lui-même par lui-même ? Toute ma vie, et jusque dans mes motivations les moins avouables, j’ai essayé que cesse le jeu que je me joue et que je joue, afin que, si homme il y a, celui-ci devienne non plus spectateur et acteur, mais le lieu de la tragédie. […] » (Gaston Miron, note d’un homme d’ici [1959])
« […] Il suffit de me retrouver seul avec moi-même […], à tournoyer dans mon chagrin, à constater l’échec de la communication depuis le début de mon existence, à chercher le moyen d’enrayer la fatalité de ces amours toujours défaites qui furent mon lot jusqu’à maintenant, pour m’avouer que chacun de nous est une île, et que nous n’allons que de l’un à l’autre sans jamais être tout à fait l’un et l’autre pour de bon.
[…] je lis comme j’écris, pour m’exprimer et me construire, et aussi, selon l’une de mes vieilles obsessions, pour m’identifier en m’avouant. […] » (Gaston Miron, ma bibliothèque idéale [1959])
L’HOMME RAPAILLÉ
Pour Emmanuelle
J’ai fait de plus loin que moi un voyage abracadabrant
il y a longtemps que je ne m’étais pas revu
me voici en moi comme un homme dans une maison
qui s’est faite en son absence
je te salue, silence
je ne suis plus revenu pour revenir
je suis arrivé à ce qui commence
(Gaston Miron)
« […] Créer, c’est faire de rien quelque chose, c’est tailler la réalité à même l’informe substance. Né pour épouser, non point la femme, mais l’expérience de la dépossession, Miron appelle sur lui toutes les forces qui « abîment » l’accident, déchiquettent l’apparence, lui interdisant, à la fin, à l’agonie, de proférer rien d’autre que « je suis ». […] » (G.-André Vachon)
0:00 - Mer Jours
0:30 - Ma désolée sereine
1:28 - Déclaration
2:31 - Les années de déréliction - I
4:09 - Les années de déréliction - II
4:35 - Les années de déréliction - III
5:07 - Les années de déréliction - IV
5:25 - Générique
🎵 Bande sonore originale : Sergey Cheremisinov - Patience
▪ Patience by Sergey Cheremisinov is licensed under an Attribution-NonCommercial 4.0 International License.
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