Les femmes sont exclues de l'abène, elles ne peuvent qu'y passer et encore bien souvent leur ménage-t-on un petit chemin à côté. Tout ce qu'elles peuvent faire, c'est d'écouter aux portes les jours de grand palabre. Et encore !
Franchissons l'abène; nous sommes dans la cour du village; les hommes l'entretiennent soigneusement, c'est leurdomaine. En principe, on n'y devrait point voir un seul brin d'herbe, mais...
Toutes les portes donnent sur la cour, et presque à chaque porte, quand nous arrivons, les femmes allongent leur tête curieuse : elles nous regardent avec des yeux apeurés,agrandis par un étonnement indicible. Elles rient enfin, et nous aussi, mais si nous les trouvons curieuses, soyez intimement persuadés qu'elles nous trouvent, nous, joliment plus intéressants. Du reste, à mon arrivée, dans les villages éloignés de l'intérieur, c'était, quand je paraissais, une débandade générale, un de ces affolements...« — Un revenant ! un revenant ! »
Et toutes les portes de se fermer ! Souvent aussi, pauvres
créatures, elles n'avaient jamais vu le Mintangue, l'Européen !
Toutes les maisons sont bâties sur le même plan. Quand un homme veut faire sa maison, pas n'est besoin de beaucoup d'outils; pareil au moujik de Russie, il n'a besoin que de sa hache et de son couteau. Le voilà parti en forêt. ll coupe d'abord trois longs piquets qui formeront la membrure du toit, puis beaucoup de plus petits pour les parois. Ceci fait, il choisit un arbre particulier dont l'écorce se détache facilement et, pratiquant autour du trone deux incisions circulaires, à deux mètres l'une de l'autre, puis une fente longitudinale, il enlève d'un seul coup un long cylindre d'écorce. Il entaille ensuite légèrement cette écorce du côté extérieur afin de rompre les fibres du bois ; il en prend ainsi le plus qu'il peut etrevient enfin au village.Au milieu de la cour, il étale ses écorces, avec de grosses pierres il force les cylindres à s'aplatir et laisse au soleil et à la rosée le soin de perfectionner son œuvre.
Maintenant, à la maison. Il plante d'abord ses deux lignes horizontales de piquets, les enfonce fortement et,commençant par le haut, y fixe ses écorces. Quand les deux premiers murs sont ainsi terminés, il s'occupe des côtés,puis enfin de la toiture. Là, le travail change un peu : au
fond, jusqu'ici, c'est à peu près exactement la même façon de construire qu'en certaines contrées de France, où le paysan bâtit ses murs grossiers avec de l'argile mêlée de paille : ici les écorces ont remplacé l'argile : l'aspect est le même.
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