Grain de sel/poivre ?

Grain de sel/poivre ?

Download on the App Store

Grain de sel/poivre ? episodes

  • Grain de Sel ou Grain de Poivre ? 5 juillet 2019 – Nicolas Ciarapica – Le temps de cerveau disponible : quand la technologie nous rend accro !
    Phare FM : Nicolas, on a fait la semaine passée un survol du livre de Bruno Patino, La civilisation du Poisson Rouge, qui nous montrait l’aspect pas du tout anodin de l’addiction contemporaine aux smartphones. Dans ce livre, sont abordées aussi quelques techniques de « mise en «esclavage» numérique…» Le terme est fort !
    Chroniqueur : À juste titre, Sandrine. Les « sciences du comportement », théorisées par l’industrie du jeu, ont découvert que l’effet de surprise créait une sensation de satisfaction. L’espoir de gagner au jeu était une « carotte » suffisante pour créer l’addiction, et la « dopamine » en était la récompense. L’addiction au jeu, comme aux réseaux sociaux, est une dépendance que les acteurs de ce secteur économique exploitent. Alors quand Facebook met côte à côte le futile et le profond, le dérisoire et le sérieux, ou la possibilité de faire des rencontres déterminantes, il applique là une technique utilisée, Sandrine, dans les… « machines à sous » ! C’est comme si on tournait une roue imaginaire dans l’espoir de **gagner** quelque chose.
    Phare FM : Il y a d’autres techniques employées, du côté de nos mails cette fois-ci.
    Chroniqueur : Vous avez remarqué que s’abonner à certains services est très facile, mais en partir c’est parfois nettement plus compliqué, ou ça requiert d’envoyer un courrier papier. C’est un procédé fallacieux pour nous retenir, qu’on a baptisé du doux nom « d’hôtel des cafards ». Mais il y a plus vicieux : la technique du « bouton contrasté », ou de l’inversion des couleurs, Sandrine, qui relève du « brain hacking » – le piratage de notre cerveau. Sur certains sites, les propositions qui s’affichent sur l’écran mettent le choix le plus avantageux pour l’éditeur sur un bouton très visible, tandis que ce qui vous intéresse est, lui, moins visible, voire même parfois écrit en tout petit. 
    Phare FM : Pour les services de livraison en ligne aussi, par exemple, on est poussé à choisir la plus chère, qui vous livre tout de suite… Et du côté des séries Nicolas ? Là aussi il y a une addiction qu’on reconnaît tous. 
    Chroniqueur : L’effet « Zeigarnik », Sandrine, du nom de sa théoricienne, consiste à différer votre satisfaction. Le plaisir que vous éprouvez à regarder une série TV ne provient pas forcément de sa qualité artistique, mais de ce qu’on ne vous distille les éléments de l’intrigue qu’au compte-gouttes, à des moments précis dans la narration de chaque épisode. De cette façon, la frustration créée à dessein vous donne envie de connaître la suite, alors qu’on est en train de vous voler votre temps.
    Phare FM : C’est assez pervers en effet ! Parlez-nous de la théorie de l’expérience optimale.
    Chroniqueur : Cette théorie est utilisée dans les jeux, notamment sur smartphone,  pour vous aider à vous évader mentalement. L’expérience de jeu vous donne une impression d’effort, mais en réalité, tout est pratiquement automatique et vous n’avez pas besoin de vous concentrer. Et tous ces jeux, que vous retrouvez sur les réseaux sociaux, entre autres, engrangent des sommes faramineuses (sans qu’on sache trop comment d’ailleurs) en nous volant notre temps. 
    Phare FM : Et là-dedans, il y a des choses vraiment dangereuses pour notre jeunesse Nicolas. 
    Chroniqueur : En effet Sandrine, entre autres les fausses informations. Trois « biais cognitifs » sont utilisés pour nous manipuler. Le premier est le biais de confirmation : si une info est reprise partout, c’est qu’elle est vraie. Le second, c’est le biais de représentativité : si on donne des exemples, alors c’est vrai. Et le troisième et le plus évident Sandrine, c’est tout simplement le biais d’exposition : comme cette info est partout, je ne peux pas y échapper, alors, quelque part, je suis contraint d’y croire…
    Phare FM : Soyons vigilants ! Merci Nicolas Ciarapica !
     
    4 min
  • Grain de Sel ou Grain de Poivre ? – 3 juillet 2019 – Jean-Marc Bellefleur – La chaleur pas pour tout le monde
    PHARE FM : Bonjour Jean-Marc Bellefleur.
    Chroniqueur : Bonjour Sandrine, bonjour Nathanaël ! Il fait chaud là, non ?
    PHARE FM : Ah oui, je vous confirme ! Dans le sud de la France, on a dépassé les 45 degrés à l’ombre !
    Chroniqueur : Et ce sont toujours les mêmes qui trinquent. En janvier, je vous parlais des difficultés des personnes mal-logées pour se chauffer. Ce mois-ci, je vais vous parler des difficultés de ces personnes quand il fait très chaud.
    PHARE FM : On a tous chaud, mais c’est en effet beaucoup plus dur et dangereux pour les mal-logés ?
    Chroniqueur : Effectivement, tout le monde ne peut pas ouvrir ses fenêtres sur un jardin arboré, et faire un courant d’air rafraîchissant pendant toute la nuit. Tout le monde n’a pas l’argent pour installer une climatisation, ou même ne l’aurait pas pour en payer la consommation électrique.
    PHARE FM : Début 2019, un rapport de l’Agence européenne de l’environnement l’a bien dit , je cite : « La santé des citoyens européens les plus vulnérables reste affectée de manière disproportionnée par les risques liés à la pollution de l’air et à la pollution sonore, ou encore les températures extrêmes (froid ou chaud) ». Fin de citation. Qu’est-ce que cela veut dire ?
    Chroniqueur : C’est très simple : si vous n’avez pas les moyens d’habiter ailleurs que dans un logement près d’une usine ou d’un gros axe de circulation, soit vous gardez les fenêtres fermées et vous étouffez, soit vous ouvrez les fenêtres et vous respirez la pollution ou subissez le bruit ambiant.
    PHARE FM : Et pour les personnes qui n’ont carrément pas de domicile ?
    Chroniqueur : L’été est en fait plus difficile que l’hiver pour elles. Pourtant, le plus gros effort d’hébergement d’urgence, avec des places supplémentaires, est fait en hiver, pour que « personne ne soit à la rue ». En été, les associations relâchent leur effort, des structures ferment, et on trouve moins facilement à manger, où dormir, où se laver. Alors les dangers sont là : hyperthermie (la température du corps augmente), déshydratation (le corps manque d’eau), complications des maladies de peau, fréquentes chez les personnes sans abri. Allez passer une journée dans la rue en ville, avec de trop rares points d’eau libres d’accès et des lieux frais dans lesquels on ne peut pas rester… En cas de canicule, c’est invivable !
    PHARE FM : Il faudrait faire des hébergements d’urgence stables, pendant toute l’année, sans saisons hautes ou basses.
    Chroniqueur : Oui !… J’ajoute qu’un courant fort est apparu parmi les acteurs sociaux, qui veut moins de places d’hébergement et plus de logements accompagnés, ce qui favorise une meilleure prise de responsabilités par les personnes : cela s’appelle le « Logement d’abord ». Alors je souhaite bon courage aux personnes qui développent ces nouvelles politiques, qui essaient toujours et encore de trouver des solutions. Et à un niveau plus modeste, voyez donc si vous pouvez prêter un ventilateur à une personne qui en a besoin !
    3 min
  • Grain de Sel ou Grain de Poivre ? – 1er juillet 2019 – Philippe Malidor – Des ministres et personnalités s’affichent en couples homosexuels à Bourges
    PHARE FM : Philippe, vous voudriez nous parler d’une campagne d’affichage que vous avez vue là où vous habitez, mettant en scène des couples homosexuels, parfois avec des enfants.
    Chroniqueur : Oui. Ce sont, techniquement, de belles photos en noir et blanc accrochées sur au moins 300 mètres aux grilles d’un jardin public. On y voit des couples homosexuels, hommes ou femmes, certains avec des enfants. Ces couples sont probablement fictifs dans le cas de la photo avec Marlène Schiappa et Laura Flessel, ou Roselyne Bachelot et je ne sais plus qui, ou Elie Semoun et j’ai oublié qui, sans parler de Mathilde Seigner, Audrey Pulvar, etc. En tous cas, je note qu’il y a des ministres dont une en exercice. Il y a donc la bénédiction des autorités.
    PHARE FM : Mais qui a commandé cette campagne ?
    Chroniqueur : Justement, ce n’est pas signé ! Renseignements pris, cet affichage est fait à l’instigation d’une association LGBT locale ; il se trouve que j’en ai rencontré les responsables dans une réunion. Ils sont très sympathiques pour ne pas dire touchants à certains égards. J’avais à leur égard un préjugé favorable.
    PHARE FM : Donc, tout va bien.
    Chroniqueur : Non : tout ne va pas bien ! Car vu la masse de photos, les personnages officiels ou du show-biz qui s’y mettent en scène, le caractère univoque des photos, qui sont d’ailleurs parfois dénudées, le message est clair : acceptez les couples homosexuels, acceptez les familles homoparentales, et regardez-les bien, imprégnez-vous-en !
    PHARE FM : C’est une simple campagne de sensibilisation.
    Chroniqueur : Une campagne sur laquelle, d’ailleurs, il est aujourd’hui interdit d’émettre un avis négatif sur le fond. Alors je le ferai sur la forme, en ouvrant cette réflexion : quelle limite y a-t-il entre l’information, la sensibilisation et la propagande ? Ici, il n’y a rien d’informatif. Quant à la sensibilisation, je pense que les convaincus ne cesseront pas de l’être, et que les allergiques vont l’être encore davantage. Et je prends le pari que cette campagne d’affichage va nuire à la cause qu’elle prétend servir en imposant au passant des photos qui, volontairement, sont tout sauf neutres.
    PHARE FM : Alors, pour vous, c’est de la propagande cette campagne ?
    Chroniqueur : Oui, car c’est massif et unilatéral (il n’y a pas de couples hétéros sur ces photos). Figurez-vous que le mot « propagande » est issu des instituts religieux créés jadis pour propager… la foi chrétienne ! Eh bien ici, c’est, sinon une foi, une conviction que l’on propage, d’une manière que l’on peut trouver visuellement offensante. Je crains que ça ne fasse que fracturer davantage une société déjà divisée !
    3 min
  • Grain de Sel ou Grain de Poivre ? 27 juin 2019 – Nicolas Ciarapica – Notre temps de cerveau disponible a encore diminué
    PHARE FM : Vous voulez aujourd’hui nous parler de notre temps d’attention, qui d’après plusieurs études, aurait encore diminué…
    Chroniqueur : Une étude menée à grande échelle par des chercheurs allemands et publiée dans la revue Nature a analysé les mots clefs les plus populaires parmi 43 millions de tweets. En 2013, ces tweets restaient populaires près de 18h. 3 ans plus tard, ils ne le restaient que 12h. La même tendance à l’accélération s’est observée chez Google, mais aussi au cinéma, où les films restent moins longtemps à l’affiche qu’auparavant.
    PHARE FM : Et ce sont les déclarations d’un des directeurs de la chaîne Arte qui vous ont marqué?
    Chroniqueur : Tout à fait Sandrine. Plus exactement, ce sont ses constatations : il s’appelle Bruno Patino, et il vient d’écrire un livre au titre qui en dit long : «La civilisation du poisson rouge». Selon lui, notre faculté d’attention est en chute libre. Elle serait de 9 secondes, contre 8 pour le poisson rouge. Selon lui nous serions, je cite «devenus des poissons rouges, enfermés dans le bocal de nos écrans, soumis au manège de nos alertes et de nos messages instantanés», fin de citation. Sans nouveau stimulus, notre attention fléchirait.
    PHARE FM : Et il s’agit là de tout notre système économique moderne, qui est basé sur la «captation» de notre temps d’attention je crois ?
    Chroniqueur : En effet Sandrine. Les «dark patterns», ces nouvelles techniques utilisées par les géants du Net exploitent à fond notre méconnaissance pour s’accaparer notre «temps de cerveau disponible». Ce trop long temps de connexion produit de nouvelles addictions et de nouvelles phobies. Une étude du «Journal of Social and Clinical Psychology» évalue à 30 minutes le temps maximum acceptable d’exposition aux réseaux sociaux : au-delà, notre santé mentale et surtout celle de notre jeunesse, est en danger !
    PHARE FM : L’auteur parle de nomophobie, je crois, pour désigner la peur de perdre son portable ou sa connexion au Net ?
    Chroniqueur : Effectivement. Il définit d’autres phobies comme le phubbing. C’est le fait d’être à ce point obnubilé par son portable qu’on le consulte tout le temps, y compris à table ou en discutant avec d’autres personnes. Et cela se passe aussi et surtout la nuit, interrompant ainsi les phases de sommeil paradoxal qui sont les plus favorables à la récupération. La schizophrénie de profil consiste, elle, à se bâtir une fausse vie sur les réseaux sociaux. L’athazagoraphobie, c’est la peur d’être oublié. Tandis que le cyber harcèlement consiste à traquer virtuellement un rival – et les dégâts de cette forme de maladie sont immenses parmi notre jeunesse !!
    PHARE FM : Et la liste des conséquences de l’addiction aux gadgets électroniques peut être longue, en effet. Que peut-on faire alors concrètement ? 
    Chroniqueur : Nous devons être extrêmement vigilants, et surtout avec nos jeunes. La première des choses à faire, toute l’année, c’est bien sûr de limiter notre consommation de smartphones. Le soir, nous pouvons nous protéger des rayonnements bleutés grâce aux outils intégrés à nos écrans. On peut aussi décocher sur Netflix, Youtube et Amazon prime la «lecture automatique», car elle a tendance à nous retenir devant les écrans. On pourrait multiplier les conseils mais disons qu’il est bon de profiter des mois d’été pour DÉCONNECTER au moins deux semaines. Remettons-nous à la lecture, contemplons la nature, ce grand livre ouvert qui nous parle des merveilles de Celui qui l’a créée. Déjouons les pièges des nouveaux médias dont l’ingéniosité est sans limites !
    4 min
  • Grain de Sel ou Grain de Poivre ? 20 juin 2019 – Ludvine Schmitz – Euratom, qu’est-ce que c’est ?
    PHARE FM : Bonjour Ludvine.
    Chroniqueur : Bonjour Sandrine.  
    PHARE FM : Aujourd’hui on parle Europe et traités nucléaires, avec Euratom. Qu’est-ce que c’est qu’Euratom?
    Chroniqueur : Eh bien, fondé lors du traité de Rome en 1957, Euratom est aussi un traité, qui favorise le développement et la recherche en énergie nucléaire. Il regroupe tous les membres de l’UE.
    PHARE FM : Et ils financent la communauté Euratom?
    Chroniqueur : Oui, l’Allemagne la finance à plus de 20%. C’est paradoxal, car la France a le plus gros parc de centrales nucléaires, 58 en tout, contre 7 outre-Rhin.
    PHARE FM : Quel est le budget d’Euratom?
    Chroniqueur : Pour 2019-2020, 770 millions €. Euratom prévoit 2,4 milliards de 2021 à 2027 pour la recherche et la formation. A cela s’ajoutent les 25 millions de dépenses de gestion annuelle et une grande partie des 20 milliards destinée au projet ITER de Cadarache.
    PHARE FM : Qu’est-ce que c’est , Ludvine?
    Chroniqueur : International Thermonuclear Experimental Reactor. Cette expérience de fusion veut reproduire le fonctionnement du soleil, en produisant un minimum de déchets radioactifs. Bernard Bigot, directeur général d’ITER, a déclaré en janvier que l’électricité issue de la fusion alimentera nos réseaux en 2055.
    PHARE FM : C’est vrai ça ?
    Chroniqueur : Beaucoup d’experts n’y croient pas, Sandrine. La gourmandise énergétique de l’installation et son risque financier sont énormes! Dans les années 70, on avait vendu les centrales nucléaires aux Français en leur promettant que les prix de l’électricité baisseraient.
    PHARE FM : Oui, c’est vrai. Peut-on réformer ce contrat Euratom?
    Chroniqueur : Il le faut! L’énergie nucléaire, vendue comme propre, l’est seulement en façade. Son exploitation des ressources et sa production inévitable de déchets radioactifs (près de 2 millions de m3 en France) plombent le bilan. De plus, le retraitement et le stockage des déchets radioactifs font de l’énergie nucléaire une solution onéreuse et risquée dont les générations futures vont hériter.
    PHARE FM : Il y a probablement des lobbies derrière…?
    Chroniqueur : Certes! Le contrat de 1957 empêche le contrôle du Parlement européen sur les décisions d’Euratom. De plus Euratom préside à la fois au développement du nucléaire et à sa sécurité, alors que ces deux intérêts devraient être indépendants.
    PHARE FM : Et pas de réaction du côté de la Commission européenne?
    Chroniqueur : Si, elle appelle cette année les chefs de gouvernement à réviser les textes fondateurs d’Euratom. Un groupe d’experts sur la question rendra ses résultats publics en 2025 seulement!
    PHARE FM : Faut-il voir un rapport avec la récente décision d’EDF, en France, de nationaliser les centrales nucléaires?
    Chroniqueur : EDF veut favoriser ses actionnaires (l’Etat français en est le plus gros avec 84% des parts) et se délester des structures vieillissantes. On parle de 55 milliards de coût pour le contribuable.
    PHARE FM : Qu’est-ce qu’on peut faire, nous, face à tout ça??
    Chroniqueur : Je vous invite à participer au débat public sur le Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs. Il a lieu jusqu’au 25 septembre. C’est une possibilité de s’informer sur les plans et projets du pays. L’idée est décriée de recycler des matières faiblement radioactives pour les utiliser dans des biens de consommation courante. La vague verte aux élections européennes traduit une prise de conscience écologique. Elle doit urgemment se préoccuper des déchets radioactifs, car certains irradieront pendant des centaines de milliers d’années. Ne produisons pas ce que nous ne pouvons pas détruire!
    4 min
  • Grain de Sel ou Grain de Poivre ? 19 juin 2019 – Jean-Marc Bellefleur – Journée Mondiale des Réfugiés
    PHARE FM : Bonjour Jean-Marc Bellefleur.
    Chroniqueur : Bonjour Sandrine, bonjour Nathanaël ! Je veux vous parler aujourd’hui d’une Journée Mondiale importante, qui aura lieu demain !
    PHARE FM : La Journée Mondiale des réfugiés, en effet ! Qui l’a instituée ?
    Chroniqueur :  Ce sont les Nations unies.
    PHARE FM : Elles donnent des chiffres ?
    Chroniqueur :  Alors elles comptent 68,5 millions de personnes “déracinées”, dont la plupart à l’intérieur de leur propre pays. Dans ce nombre on compte plus de 25 millions de réfugiés et plus de 3 millions de demandeurs d’asile. Les pays en développement sont les plus affectés.
    PHARE FM : Pourquoi avoir créé cette journée mondiale des réfugiés ?
    Chroniqueur :  C’est, je cite, “pour partager une responsabilité mondiale”, Sandrine. C’était en 2001.
    Alors si vous habitez un petit village au milieu de nulle part, cette journée est là pour vous dire que vous êtes concernés aussi. Et si vous habitez un quartier citadin populaire comme moi, vous verrez rapidement, si ce n’est déjà le cas, la réalité de ces migrations.
    PHARE FM : En fait on est tous concernés, où que l’on habite, JM.
    Chroniqueur :  Tout à fait, Sandrine. Même les habitants des petits villages. D’ailleurs, j’ai été témoin de rencontres étonnantes, entre des personnes venant de pays lointains et des habitants de coins très retirés de la campagne de nos pays. Il y a un genre de fraternité humaine que l’on retrouve là en toute simplicité, loin des débats politiques.
    PHARE FM : Mais la politique est justement nécessaire sur un sujet comme celui-ci !
    Chroniqueur :  Plus que jamais ! Je voulais simplement dire que les grandes villes ne sont pas les seules concernées. Oui, il faut une politique européenne d’accueil de la demande d’asile, et elle existe déjà, même si beaucoup de chemin reste à faire. Oui, les migrations et les demandes d’asile sont terriblement nombreuses, tant il y a des troubles et de la violence dans ce monde! Et si on se voile la face en se sur-protégeant, on y sera confrontés tôt ou tard, de toute manière. Alors oui, la politique est grandement nécessaire.
    PHARE FM : Vous auriez un exemple ?
    Chroniqueur :  Oui, bien sûr. Savez-vous que les femmes réfugiées ont un parcours de combattante pour trouver un emploi ? Je cite une enquête française, mais cette réalité dépend autant, sinon plus, du phénomène de la migration que des pays d’accueil : ces femmes sont souvent sous le poids de tâches ménagères et de la garde des enfants très peu partagée. En plus, bien que qualifiées et actives dans leur pays d’origine, elles s’autocensurent, se dévalorisent.
    PHARE FM : Et là, une politique d’intégration est importante, effectivement.
    Chroniqueur :  Oui, et je termine avec mon petit village. On l’a tous, notre petit cercle bien loin du monde et de ses soucis. On a tous envie de se voiler la face, de rester entre nous, de se protéger des soucis.
    Mais moi qui suis habitué à la mixité sociale et ethnique, je vous le dis : mauvais calcul ! Moi je suis européen, fier de nos traditions, ancré dans notre histoire… mais je suis aussi citoyen du monde, vivant la fraternité humaine, le dialogue entre cultures et la solidarité entre les peuples. Je vous propose que la “politique”, nous la commencions comme ça, chacun devant sa porte.
    PHARE FM : Merci Jean-Marc.
    3 min
  • Grain de Sel ou Grain de Poivre ? 18 juin 2019 – Philippe Malidor – La conversion et le principe de tolérance
    PHARE FM : Bonjour Philippe. Vous voulez aborder un sujet un peu étonnant : la conversion religieuse… chez les autres. Qu’est-ce que vous voulez dire par là ?
    Chroniqueur : La pensée m’est venue à partir d’une feuille de prière pour le monde musulman. L’exemple était celui-ci : au Kirghizistan, pays où il y a des Kirghizes et des Ouzbeks, quand on se convertit au christianisme on n’est plus considéré comme un vrai Kirghize ou un vrai Ouzbek.
    PHARE FM : Vu de loin, ça peut paraître étrange, et peut-être idiot.
    Chroniqueur : C’est ce que je me suis dit : au Kirghizistan, on doit être musulman, et pas autre chose. Mais chez nous, en France ? Honnêtement, est-ce que vous n’avez pas eu envie de rire en entendant le nom d’un des convertis à l’islam radical qui avait fomenté l’attentat contre l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray : Abdel-Malik Nabil Petitjean… ça sonne bizarre ! Quand, dans une famille chrétienne, quelqu’un devient hindouiste, ou musulman, est-ce qu’on le prend si bien que ça ? La religion est beaucoup plus liée à un pays ou à une civilisation qu’on ne le croit.
    PHARE FM : Mais sur le fond, quand il y a un changement de religion dans une famille pratiquante, est-ce qu’on peut concevoir que ça fasse souffrir ?
    Chroniqueur : Oui, absolument ! J’ai des amis chrétiens évangéliques très engagés dont le fils s’est converti à l’islam. C’est une vraie souffrance pour eux, parce que leur foi en Jésus-Christ est très sérieuse et que leur fils s’est détourné de leur Sauveur. Le paradoxe, c’est que sur leurs quatre enfants, c’est le seul qui fait de bonnes études et qui entretient avec eux les meilleures relations. Ça interroge…
    PHARE FM : Est-ce qu’on aurait tendance à prêcher le concept de tolérance surtout aux autres ?
    Chroniqueur : La tolérance, c’est un concept à bien définir. Les amis dont je parle sont tolérants dans le sens où ils ne persécutent absolument pas leur fils et où ils ne l’ont pas rejeté. Mais souvent, la tolérance est de l’indifférence, c’est de la tolérance molle. Et dans les enquêtes d’opinion, les gens se disent tolérants : au droit de changer de religion, à l’homosexualité, au mariage pour tous, à la gestation pour autrui, etc. Mais le jour où ça les concerne personnellement, ou même si vous discutez en privé avec eux, le discours n’est plus du tout le même…
    PHARE FM : Vous êtes un fervent partisan de la liberté de religion. Alors, comment percevez-vous l’attitude des pays ou des individus musulmans intolérants ?
    Chroniqueur : J’essaye de les comprendre de l’intérieur : c’est une souffrance pour eux quand quelqu’un se détourne de « la religion », comme ils disent, pour devenir un infidèle. Pour eux, c’est un traître, un apostat, quelqu’un qui est bon pour l’enfer. MAIS ça ne m’empêche pas de penser qu’ils doivent faire un effort sur eux-mêmes pour accepter cela quand même. D’ailleurs, puisqu’ils réclament la liberté de vivre l’islam dans des pays comme les nôtres – qui ne sont pas de tradition musulmane – il est évident qu’ils doivent accepter la réciproque, même si ce n’est pas facile. Donc, de notre côté, faisons un effort de compréhension, mais ne cédons jamais sur le droit de changer de religion et de la pratiquer librement. C’est un principe qui vaut pour tout le monde. Or, vous savez que, aujourd’hui, à part la Corée du Nord, ce sont les pays musulmans qui sont les plus persécuteurs contre les autres religions (malheureusement, l’Inde est en train de suivre la même pente). Ce n’est pas acceptable! Comprendre, ce n’est pas accepter.
    3 min
  • Grain de Sel ou Grain de Poivre ? 13 juin 2019 – Jérôme Garnier – Combien de temps nous souviendrons-nous encore de la 2nde Guerre Mondiale ?
    PHARE FM : Aujourd’hui Jérôme, vous souhaitez revenir sur les cérémonies des 75 ans du débarquement.
    Chroniqueur : Impossible de louper ces cérémonies qui ont regroupé beaucoup de chefs d’Etats ces derniers jours. Et pour cause ! c’est sans doute une des dernières fois où des participants du fameux D-day – jour du débarquement – étaient présents.
    PHARE FM : Oui et on a même vu cette histoire de retrouvailles assez dingue entre un soldat américain et une française…
    Chroniqueur : Très émouvante c’est vrai, l’histoire de ce GI qui a participé au débarquement et qui était tombé amoureux d’une jeune femme de Meurthe-et-Moselle. Depuis son départ de France, ils ne s’étaient plus jamais revus, chacun ayant fondé une famille. La télévision a organisé ces retrouvailles et cela a certainement ému beaucoup d’entre nous.
    PHARE FM : Vraisemblablement. Mais Jérôme vous n’êtes pas là pour nous parler d’une histoire d’amour, je me trompe?
    Chroniqueur : J’aurais pu m’arrêter là pour relayer cette si jolie info. Mais en réalité je voudrais parler d’un problème lié à ces commémorations. D’ici très peu de temps, je dirai 15-20 ans, il n’y aura presque plus personne pour témoigner de la réalité de cette guerre: quelqu’un l’ayant vécue, témoin conscient de ces événements.
    PHARE FM : Expliquez-vous…
    Chroniqueur : Ce qui est inquiétant c’est qu’il n’y aura plus de lien «vivant» pour raconter ces horreurs. Nos arrières grands-parents, nos grands-parents voire nos parents – en fonction de notre âge – nous ont raconté ce qu’ils ont vécu durant ces 6 années de guerre. Mais qui le racontera à nos enfants ? Seulement des livres d’histoire ou des personnes n’ayant pas vécu la guerre directement. Ce qui signifie un doute grandissant.
    PHARE FM : Vous pensez qu’il pourrait y avoir des gens qui nieraient l’existence de la Seconde Guerre mondiale ? Ça parait improbable…
    Chroniqueur : Je pense aussi. Mais à l’heure où chacun prend les infos où il l’entend, ce n’est pas tant la réalité de la Seconde Guerre mondiale qui serait remise en question mais plutôt sa lecture.
    PHARE FM : C’est-à-dire ?
    Chroniqueur : Bien, je ne peux pas dire que la seconde guerre mondiale n’a pas eu lieu, mais je peux remettre en question certains événements comme la Shoah par exemple. Et en disant cela, je fais bien sûr référence à ce que l’on appelle le négationnisme.
    C’est plus émouvant et attendrissant cette histoire de retrouvailles dont nous parlions au début de la chronique plutôt que la réalité de l’extermination de plus de 5 millions de juifs ! C’est donc bien effrayant d’imaginer nos enfants grandissant dans un monde qui nie ces réalités.
    Ecoutez bien : aujourd’hui, 1 français sur 10 nie la Shoah et près de 21% des 18-24 ans ont répondu à un sondage fin 2018, disant qu’ils n’avaient jamais entendu parler du génocide des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.
    PHARE FM : Et pour vous, il ne faut pas s’en étonner ?!
    Chroniqueur : Malheureusement non, les jeunes sont méfiants envers leurs parents, leurs enseignants et les médias traditionnels. Mais c’est intéressant de voir que cette méfiance n’existe quasiment pas envers les réseaux sociaux. Allez savoir pourquoi ? En tout cas ces cérémonies doivent continuer et témoigner de la réalité du cœur de l’homme ! Que l’homme reconnaisse ses erreurs et n’oublie jamais l’état de méchanceté dans lequel il est tombé. A nous d’entretenir cette mémoire…
     
    3 min

About Grain de sel/poivre ?

From the publisher's feed

Nos chroniqueurs, anciens et nouveaux, vous commentent de manière décalée un sujet d’actualité. Billet d’humeur qui va soit gratter (Grain de poivre), soit encourager (Grain de sel)