
Sign up to save your podcasts
Or


Au large de l’Irlande, côté Atlantique, il y aurait une île qui n’existe… que certains jours. Une terre verte surgissant du brouillard comme une promesse, puis s’effaçant aussitôt, comme si la mer la reprenait.
Pendant des siècles, des récits ont circulé à propos de cette île-là. On l’appelle Hy-Brasil, O’Brasil, “l’Île enchantée”, ou encore “l’Île des Bienheureux”. La légende veut qu’elle porte le nom d’un roi irlandais mythique, Breasal. Et surtout, elle raconte ceci : tous les sept ans, Hy-Brasil apparaîtrait au large de la côte ouest de l’Irlande. Un paradis de forêts, d’or, et même de fées, selon certaines versions. Elle resterait visible un seul jour, puis disparaîtrait dès qu’on tente de l’atteindre. Le plus troublant, c’est que cette île de brume n’a pas vécu seulement dans les contes. Elle a aussi vécu… sur les cartes.
Dès 1325, un cartographe majorquin, Angelino Dulcert, dessine à l’ouest de l’Irlande une île nommée “Bracile”. Un siècle plus tard, le Vénitien Andrea Bianco place lui aussi, à peu près au même endroit, une “Insula de Brasil”. Pendant des générations, le petit caillou imaginaire reste là : une tache sur le papier, un doute entêtant dans l’Atlantique. Pourquoi ces cartographes l’ont-ils dessinée ? Probablement parce qu’ils ont entendu des rumeurs, des récits, des “on dit” persistants. Et ces récits, justement, vont se multiplier. Certains des témoignages les plus anciens sont attribués à des saints irlandais du Ve siècle, saint Barrind et saint Brendan, qui parlent d’une “Terre promise”. Dans l’histoire, on ne sait jamais où finit la spiritualité et où commence le mythe, mais l’idée est là : quelque chose existerait au large, quelque chose qu’on peut apercevoir sans forcément pouvoir le rejoindre.
Au XVIIᵉ siècle, les histoires prennent un tour plus précis et plus étrange. La Royal Irish Academy rapporte notamment un récit transmis par Roderick O’Flaherty, auteur en 1684 d’un ouvrage sur l’histoire et les légendes du West Connaught. Il y raconte qu’en avril 1668, un homme nommé Murrough O’Ley, après une dispute avec sa femme, part marcher… et se fait enlever par trois hommes. Ses ravisseurs l’emmènent sur une île appelée O’Brazil, qu’il décrit comme ressemblant aux îles d’Aran. Puis on le ramène chez lui, indemne. Mais après cet épisode, O’Ley se découvre, dit-on, un don stupéfiant : des capacités de guérison, sans avoir jamais étudié la médecine.
Et puis… Hy-Brasil s’efface des cartes. Elle apparaît encore, dit-on, sur une carte de l’Amirauté britannique datée de 1873, avant de disparaître, définitivement, “dans la brume”.
Alors, qu’était Hy-Brasil ? Un mirage ? Une erreur recopiée de carte en carte ? Une île fictive volontaire, un piège pour repérer les plagiaires comme certains cartographes l’ont déjà fait ? Ou, si l’on préfère la légende : une île réellement là, mais cachée, n’ouvrant sa porte qu’un jour tous les sept ans. Quoi qu’il en soit, Hy-Brasil laisse une trace rare : celle d’un mythe assez puissant pour survivre aux siècles… et assez têtu pour avoir été dessiné, noir sur blanc, pendant des siècles.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.
By Sans déconnerAu large de l’Irlande, côté Atlantique, il y aurait une île qui n’existe… que certains jours. Une terre verte surgissant du brouillard comme une promesse, puis s’effaçant aussitôt, comme si la mer la reprenait.
Pendant des siècles, des récits ont circulé à propos de cette île-là. On l’appelle Hy-Brasil, O’Brasil, “l’Île enchantée”, ou encore “l’Île des Bienheureux”. La légende veut qu’elle porte le nom d’un roi irlandais mythique, Breasal. Et surtout, elle raconte ceci : tous les sept ans, Hy-Brasil apparaîtrait au large de la côte ouest de l’Irlande. Un paradis de forêts, d’or, et même de fées, selon certaines versions. Elle resterait visible un seul jour, puis disparaîtrait dès qu’on tente de l’atteindre. Le plus troublant, c’est que cette île de brume n’a pas vécu seulement dans les contes. Elle a aussi vécu… sur les cartes.
Dès 1325, un cartographe majorquin, Angelino Dulcert, dessine à l’ouest de l’Irlande une île nommée “Bracile”. Un siècle plus tard, le Vénitien Andrea Bianco place lui aussi, à peu près au même endroit, une “Insula de Brasil”. Pendant des générations, le petit caillou imaginaire reste là : une tache sur le papier, un doute entêtant dans l’Atlantique. Pourquoi ces cartographes l’ont-ils dessinée ? Probablement parce qu’ils ont entendu des rumeurs, des récits, des “on dit” persistants. Et ces récits, justement, vont se multiplier. Certains des témoignages les plus anciens sont attribués à des saints irlandais du Ve siècle, saint Barrind et saint Brendan, qui parlent d’une “Terre promise”. Dans l’histoire, on ne sait jamais où finit la spiritualité et où commence le mythe, mais l’idée est là : quelque chose existerait au large, quelque chose qu’on peut apercevoir sans forcément pouvoir le rejoindre.
Au XVIIᵉ siècle, les histoires prennent un tour plus précis et plus étrange. La Royal Irish Academy rapporte notamment un récit transmis par Roderick O’Flaherty, auteur en 1684 d’un ouvrage sur l’histoire et les légendes du West Connaught. Il y raconte qu’en avril 1668, un homme nommé Murrough O’Ley, après une dispute avec sa femme, part marcher… et se fait enlever par trois hommes. Ses ravisseurs l’emmènent sur une île appelée O’Brazil, qu’il décrit comme ressemblant aux îles d’Aran. Puis on le ramène chez lui, indemne. Mais après cet épisode, O’Ley se découvre, dit-on, un don stupéfiant : des capacités de guérison, sans avoir jamais étudié la médecine.
Et puis… Hy-Brasil s’efface des cartes. Elle apparaît encore, dit-on, sur une carte de l’Amirauté britannique datée de 1873, avant de disparaître, définitivement, “dans la brume”.
Alors, qu’était Hy-Brasil ? Un mirage ? Une erreur recopiée de carte en carte ? Une île fictive volontaire, un piège pour repérer les plagiaires comme certains cartographes l’ont déjà fait ? Ou, si l’on préfère la légende : une île réellement là, mais cachée, n’ouvrant sa porte qu’un jour tous les sept ans. Quoi qu’il en soit, Hy-Brasil laisse une trace rare : celle d’un mythe assez puissant pour survivre aux siècles… et assez têtu pour avoir été dessiné, noir sur blanc, pendant des siècles.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.