Le roman Les Chemins de Jérusalem, signé Jean-Luc Aubarbier, explore avec rigueur l’un de ces chapitres les plus dérangeants : l’alliance entre le nazisme et l’islamisme, nouée dès les années 1920 autour d’un socle commun, l’antisémitisme.
À travers la figure du grand mufti de Jérusalem, Hadj Amine el-Husseini, fervent opposant à l’immigration juive en Palestine, Aubarbier retrace comment certains leaders musulmans ont vu dans le IIIᵉ Reich un partenaire stratégique contre les puissances coloniales et le sionisme. El-Husseini, réfugié à Berlin pendant la guerre, jouera un rôle actif dans la propagande nazie, appelant les musulmans à s’engager aux côtés d’Hitler dans une guerre "sainte" contre les Juifs et les démocraties.
Dans son roman, Jean-Luc Aubarbier évoque deux exemples frappants de cette collaboration militaire : la division Handschar et la Légion nord-africaine, deux formations musulmanes engagées au service du nazisme.
La division Handschar, formée en 1943, était une unité de la Waffen-SS composée majoritairement de Bosniaques musulmans recrutés avec l’appui actif du mufti de Jérusalem et du mufti de Mostar. Malgré l’idéologie raciale très stricte du nazisme, Heinrich Himmler soutient cette initiative en justifiant que les Bosniaques seraient des "Aryens d’origine gothique". Encadrée par des imams, la division conserve ses rituels religieux (prières musulmanes régulières) et adopte un uniforme spécifique : port du fez orné du Totenkopf, et insigne représentant un cimeterre et une croix gammée. Son nom même, Handschar, renvoie à ce sabre turc traditionnel, emblème de puissance et de foi.
En parallèle, la Légion nord-africaine (ou Brigade nord-africaine), une unité paramilitaire française créée en 1944 par Henri Lafont et Mohamed el-Maadi pour le compte de la Gestapo allemande, recrute principalement parmi les Algériens installés en France. Forte de près de 300 hommes, la Légion participe à des combats contre la Résistance française en Corrèze, Dordogne et Franche-Comté. Elle se rend tristement célèbre par ses exactions et massacres, comme à Brantôme ou Mussidan. À la Libération, ses chefs sont arrêtés et presque tous condamnés à mort. El-Maadi, pour sa part, trouve refuge en Allemagne… auprès d’el-Husseini.
Ces exemples illustrent, comme le montre Aubarbier, comment l’islamisme radical et le nazisme ont pu trouver des terrains d’entente concrets, y compris au niveau militaire.
L’après-guerre ne marque pas la fin de cette alliance. Au contraire, plusieurs anciens dignitaires nazis trouvent asile dans les régimes arabes naissants, devenant conseillers militaires ou idéologiques. La haine d’Israël, la négation de la Shoah, la glorification du martyre… autant d’éléments hérités de cette convergence idéologique qui infusent les discours et les actions de l’islamisme radical contemporain.
Jean-Luc Aubarbier souligne que cette histoire trouble reste souvent marginalisée, voire taboue, dans le débat public. Pourtant, elle éclaire d’un jour nouveau les drames récents, de Toulouse à Charlie Hebdo, du Bataclan à l’antisémitisme actuel.
🎧 Pour aller plus loin, écoutez l’interview rare de Jean-Luc Aubarbier, enregistrée en 2008.