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Je viens de tomber sur le sujet proposé au concours d’agrégation de philosophie :
« La beauté du monde ».
La beauté du monde est une proposition apparemment indécente ou plus simplement naïve, pour ne pas dire négative ou faussement positive. En tout cas, sans lien avec le réel.
La Russie qui se cherche en Ukraine, l’Amérique qui se retrouve au Groenland, Israël qui assombrit le ciel de l’Iran pour des pseudo-raisons existentielles après avoir vidé la terre de ses résidents palestiniens pour des pseudo-raisons essentielles
Il y a donc de quoi être stupéfait avec ce genre de sujet. On a plutôt envie de le sous-traiter plutôt que de s’y prêter.
Surtout, ne donnez pas les exemples que je viens de citer si vous ne voulez pas être désagrégé.
Peut-on encore parler de « beauté du monde » quand il s’agit d’un monde qui nous paraît de plus en plus immonde ? Au moment même où tout le monde est quasiment sûr qu’il va droit dans le mur ?
On s’en tirera peut-être en disant que c’est de la littérature. Mais la philosophie n’en a cure, elle ne peut s’empêcher de pêcher dans les eaux troubles du désir qu’il soit réel, irréel ou surréel.
Pour traiter le sujet, il y a plusieurs façons de s’y prendre pour ne pas se faire pendre.
J’en choisi une pour faire semblant de vous surprendre.
D’abord poser le problème: Comment peut-on parler de beauté devant un monde éclaté ?
J’ai failli poétiser en disant qu’il est d’une insoutenable laideur… mais ce n’est pas ma petite sensibilité qui est interrogée, mais ma raison, ma capacité de raisonner… thèse – antithèse – synthèse disait le vieux Hegel pour souffler sur les braises.
I — Thèse : la beauté naturelle du monde (le cosmos grec)
Dans la pensée grecque, le monde est un cosmos, c’est-à-dire un ordre harmonieux. Le mot kosmos signifie à la fois ordre, arrangement et parure : la beauté du monde exprime donc la structure ordonnée du réel.
Chez Pythagore, l’univers est régi par des proportions numériques ; l’harmonie des sphères révèle que le monde possède une structure musicale.
Chez Platon, dans le Timée, le monde est organisé selon des proportions intelligibles qui produisent un univers harmonieux et beau.
Ainsi, la beauté du monde est naturelle et immanente : elle est la manifestation sensible de l’ordre du cosmos.
II — Antithèse : la beauté surnaturelle du monde (Leibniz)
Cependant, l’expérience du désordre et du mal rend difficile l’idée d’une harmonie purement naturelle.
Chez Gottfried Wilhelm Leibniz, l’harmonie du monde n’est pas simplement naturelle : elle est préétablie par Dieu.
Chaque substance suit sa propre loi interne, mais Dieu a organisé l’ensemble des relations entre les êtres de manière à produire une harmonie universelle.
La beauté du monde ne provient donc pas seulement de la nature : elle renvoie à un ordre métaphysique voulu par Dieu.
Le monde est beau parce qu’il participe au meilleur des mondes possibles.
La beauté devient ainsi le signe sensible d’un ordre surnaturel.
III — Synthèse : la beauté du monde comme trace du transcendant dans le sensible
La beauté du monde pourrait alors être comprise comme l’expérience sensible d’une réalité qui dépasse le sensible.
Chez Simone Weil, la beauté du monde constitue une médiation entre la matière et le divin. Le monde est soumis à la nécessité, mais la beauté y apparaît comme une trace du transcendant dans l’immanence.
La beauté du monde n’est donc ni purement naturelle ni purement surnaturelle :
elle est le lieu où le sensible laisse apparaître la divine intelligence.
Vous avez sept heures pour mordre dedans, et sans une goutte d’eau parce que c’est ramadan.
Ps : une citation pour la route :
« Il y a comme une espèce d’incarnation de Dieu dans le monde, dont la beauté est la marque » Simone Weil tiré de la pesanteur et la grâce.