Aujourd'hui, nous sommes à Trois-Rivières, à Saint-Louis. Ce que vous voyez derrière nous, ce sont des arbres remarquables en train d'être abattus dans le cadre des travaux de modification du pont permettant de franchir un bras de la rivière. Parmi eux : des Albizia saman, des tamariniers (Tamarindus indica), des Pithecellobium dulce. Certains de ces arbres ont traversé plusieurs générations. Ils offrent de l'ombre, accueillent des oiseaux, des insectes, des chauves-souris, et participent à l'identité de ce paysage. (Photo DR)
Cette scène n'est pas isolée. Elle se répète, discrète et silencieuse, sur toute l'île, à chaque chantier, à chaque aménagement, à chaque élargissement de route. Et à chaque fois, c'est un peu de notre patrimoine vivant qui disparaît sans que personne ne s'en émeuve vraiment.
Il est temps que cela change. Il est temps de nous réveiller.
- Ce soir, deux hommes ont grimpé dans l'arbre pour le défendre -
Ce soir, Jérôme Rivière et Patrick Marbois sont montés dans l'arbre restant sur ce chantier, à la manière des écureuils de Thomas Brail, pour dénoncer ces abattages inutiles et mettre un coup de projecteur sur ce patrimoine végétal que l'on saccage et que l'on massacre au nom du progrès.
Ce geste n'est pas un coup d'éclat gratuit. C'est un acte de dernier recours, quand le dialogue et les alertes n'ont pas suffi à faire suspendre une décision qui, une fois exécutée, sera irréversible.
À l'instar du maire de Saint-Leu, nous demandons la suspension de tout abattage afin de préserver notre environnement, de dialoguer, et de construire en concertation la ville de demain.
- Rendez-vous demain, mardi 21 juillet 2026 -
Nous vous invitons, nombreux, à venir nous voir pour soutenir notre action, au niveau du Pont de Trois-Rivières, à Saint-Louis. Un coup de klaxon, une pensée, une attention de votre part : montrez-nous, montrez-leur, votre soutien.
- Pendant que l'Europe suffoque, nous continuons d'abattre nos climatiseurs naturels -
Nous ne sommes même pas encore au mois d'août, et l'Europe traverse déjà sa troisième canicule de l'année. Les images de villes assommées de chaleur, de récoltes grillées, de personnes âgées hospitalisées, tournent en boucle. Elles nous montrent, avec quelques années d'avance, ce qui nous attend.
Les projections du GIEC et les données du programme TRACC pour La Réunion sont sans ambiguïté : des étés plus chauds et plus longs, des périodes de sécheresse prolongées, en alternance avec des épisodes de pluie plus intenses et plus destructeurs. Notre île, comme tous les territoires insulaires, est en première ligne d'un dérèglement qu'elle n'a pas provoqué mais qu'elle subira pleinement.
La France elle-même a été condamnée par la justice pour son inaction climatique. Ce ne sont pas des militants qui le disent : ce sont des décisions de justice. Et pourtant, face à ce constat, que nous proposent nos politiques publiques ? De boire de l'eau. De fermer nos volets… Pendant que nos arbres tombent un à un.
- La solution est là, devant nous, depuis toujours -
Elle ne coûte pas des millions. Elle ne nécessite pas de nouvelle technologie. Elle pousse depuis parfois plus de cent ans dans nos cours, le long de nos routes, au bord de nos rivières.
En milieu tropical, un arbre mature n'est pas un simple élément de décor. C'est une infrastructure climatique à part entière :
● il fait de l'ombre et réduit directement la température ressentie au sol, parfois de plusieurs degrés ;
● il rafraîchit l'air par évapotranspiration, un mécanisme naturel de climatisation qu'aucune technologie ne remplace à cette échelle ;
● il stocke du carbone, contribuant à limiter le réchauffement qu'il nous aide par ailleurs à supporter ;
● il abrite tout un écosystème — oiseaux, insectes, chauves-souris, micro-faune et micro-flore — qui participe à l'équilibre du vivant ;
● ses racines, en formant un réseau dense et profond, rendent les sols plus perméables, favorisent l'infiltration et le stockage de l'eau, et limitent le ruissellement lors des fortes pluies ;
● des recherches récentes montrent même que les grands ensembles forestiers agissent comme de véritables faiseurs de pluie, influençant les cycles atmosphériques à une échelle bien plus large qu'on ne le pensait.
Mais réduire un arbre à ses seules fonctions écosystémiques serait encore incomplet. Un zarboutan, c'est aussi un partenaire. Un compagnon silencieux qui a vu grandir deux, trois, parfois quatre générations d'une même famille. Celui sous lequel on s'est marié, celui qui a vu jouer les enfants, celui qui donnera encore de l'ombre aux petits-enfants — si on lui en laisse le temps.
- Arboriste élagueur-grimpeur, un métier pour et avec le vivant -
En tant qu'élagueurs, notre métier n'est pas seulement de couper des arbres. Notre métier, c'est aussi de les comprendre, de les préserver quand c'est possible, et de trouver les solutions qui permettent de concilier sécurité, aménagement et respect du vivant.
Nous ne remettons pas en cause la nécessité d'améliorer les infrastructures. Mais nous posons une question simple, et nous demandons qu'elle soit posée systématiquement, avant chaque chantier : toutes les solutions permettant de conserver tout ou partie de ces arbres ont-elles réellement été étudiées ?
Lorsqu'un arbre centenaire disparaît, ce n'est pas seulement du bois que l'on perd. C'est un patrimoine vivant qui ne sera pas remplacé de notre vivant, ni de celui de nos enfants. Un arbre de plusieurs centaines d'années ne repousse pas en quelques décennies.
- Ce que nous demandons -
● Que chaque projet d'aménagement intègre, en amont et de manière systématique, une étude sérieuse des alternatives permettant de préserver les arbres remarquables et centenaires.
● Que les élagueurs, arboristes et experts du vivant soient consultés avant que la décision d'abattre ne soit prise, et non après.
● Que les collectivités rendent publics les critères qui justifient l'abattage d'un arbre remarquable, comme elles rendent publics leurs plans de circulation ou leurs budgets.
● Que chaque Réunionnaise et chaque Réunionnais qui aime ses pied'bois et ses zarboutans se sente légitime à s'informer, à interpeller, à participer.
- Ce que nous demandons à chacun d'entre vous -
Si cette situation vous interpelle, venez voir par vous-mêmes. Renseignez-vous. Échangez avec les responsables des projets d'aménagement près de chez vous. Posez la question, publiquement : a-t-on vraiment cherché à préserver cet arbre ?
Plus nous serons nombreux à nous intéresser à notre patrimoine naturel, plus il sera pris en compte dans les projets de demain. Ce que nous décidons aujourd'hui façonnera le paysage de La Réunion pour les générations à venir.
Nos arbres ne demandent rien. Ils donnent, depuis toujours : de l'ombre, de la fraîcheur, de l'eau, de la vie. Le moins que nous puissions faire, c'est de nous demander, avant de les abattre, s'il n'existe pas une autre solution.
Au nom de : Jérôme Rivière, arboriste élagueur-grimpeur, et Patrick Marbois ;
de tous les professionnels passionnés et respectueux du vivant ;
de tous les Réunionnais qui se soucient de la préservation de leurs pied'bois, leurs zarboutans, qui traversent les âges et les générations, et nous réservent encore leur précieux ombrage.