Septième enveloppe, septième billet : Jack Souvant atterrit cette fois à Casablanca. Et le chauffeur de taxi lui souhaite la bienvenue dans l'année 2976... selon le calendrier amazigh. Comme à son habitude, Jack multiplie les rencontres plus ou moins formelles : du directeur d'un festival d'art vidéo, à une écaillère qui marie huîtres de Oualidia et Red Bull, en passant par un photographe qui fabrique de fausses images plus vraies que nature... Une seule question traverse le séjour de Jack : qu'est-ce qui relève de la réalité ? La réponse l'attend peut-être dans le métavers, là où sa prochaine destination lui sera annoncée...
Rick's Café : quand le faux décor de « Casablanca » devient un vrai lieu mythique Pour comprendre l'identité de Casablanca, Jack se dirige naturellement vers l'ancienne Médina. C'est aux alentours qu'il rencontre Majid Seddati, directeur du Festival International d'Art Vidéo de Casablanca (FIAV). Jack en profite pour interroger l'acteur culturel et précurseur marocain au sujet de sa définition des arts numériques, à ne pas confondre avec la simple création de contenu sur les réseaux sociaux.
Dans les arts numériques, il y a une démarche, une vision, un processus artistique. Les artistes utilisent le numérique comme médium ou comme outil pour la création d'œuvres d'art à part entière. - Majid Seddati, directeur du FIAV.
Pour le défenseur de l'art vidéo marocain, le numérique et l'avènement technologique ont clairement démocratisé l'accès à l'art : les installations immersives, la réalité augmentée et les films en réalité virtuelle, désormais primés de Cannes à Venise, en sont la preuve.
Il raconte aussi à Jack la venue du réalisateur iranien Nader Homayoun, empêché de tourner en Iran, qui a retrouvé dans les rues de Casablanca les décors de son prochain film qu'il avait en grande partie imaginés avec l'intelligence artificielle.
La ville est coutumière de ces frontières entre la réalité et la fiction : le Rick's Café, que tout le monde croit être le décor du film mythique « Casablanca », a en réalité été construit d'après le film. Une autre forme de création fictionnelle aboutissant à une construction bien réelle...
Nous les réalisateurs, nous fabriquons des mensonges qui mènent à des vérités. - Majid Seddati citant le réalisateur iranien Abbas Kiarostami.
Sur le chemin qui le mène jusqu'à Christian Mamoun, Jack passe devant l'immanquable grande mosquée Hassan II, qui domine la mer. Un décor irréel.
Christian Mamoun : de Kreuzberg à Mers-Sultan, les images fausses qu'on croit vraies En scooter dans une ville qu’Hubert Lyautey – qui a instauré le Protectorat français au Maroc – avait transformée en laboratoire pour architectes, Jack se dirige vers Mers-Sultan. Il se retrouve donc dans le quartier des artistes, que Christian Mamoun compare au Kreuzberg d'il y a quarante ans, ce quartier berlinois rebelle et alternatif.
Photographe de mode germano-franco-marocain, Christian Mamoun a vu l'IA générative reproduire ses photos en trois minutes à peine. Il interroge désormais la véracité de l'image, notamment avec sa série « What could have been? », datant de 2024, présentant des œuvres tantôt créées par le photographe, tantôt par l'intelligence artificielle.
La véracité de l'image est d'actualité d'un point de vue politique. L'IA est de plus en plus performante et utilisée aussi par les leaders mondiaux. À quoi se fier ? Qu'est-ce qui est vrai ? Qu'est-ce qui est faux ? Que signifient d'ailleurs vrai et faux en photographie ? - Christian Mamoun, photographe.
Pour étayer sa réflexion, le photographe partage une anecdote autour de la série Evidence d’Alain Declercq. Dans ce travail, il met en scène de faux documents liés au terrorisme, construits pour donner une apparence de crédibilité à des rumeurs complotistes et interroger ainsi les mécanismes de fabrication de la preuve. À travers cette démarche, l’artiste ne cherche pas à valider ces récits, mais à révéler la fragilité de nos rapports à l’information, à l’image et aux dispositifs qui construisent la croyance.
Son échange avec Jack se poursuit par une ode aux invisibles du Maroc, que Christian Mamoun s'attache à mettre en lumière à travers ses différentes œuvres.
Je rencontre beaucoup de personnes âgées, on ne les voit pas mais elles sont des piliers de leur communauté. Le Maroc est aussi construit par ceux que l'on ne voit pas, et ils m'ont beaucoup appris sur ma marocanité. - Christian Mamoun, photographe.
Jack enfourche à nouveau le scooter du photographe, pour poursuivre son immersion dans la ville blanche...
Louis Cacciuttolo : dans le métavers, une enveloppe et un billet pour Montréal
Au marché, Jack fait la rencontre d'Aïcha Nour, « number one » autoproclamée des crustacés, qui lui fait goûter ses huîtres de Oualidia et de Dakhla, accompagnées de Red Bull, sa dernière invention. Après une généreuse dégustation et une proposition de collaboration Instagram, Jack poursuit sa route et sa quête de vérité, guidé par ces artistes du monde entier...
C'est alors que Jack fait la rencontre de Louis Cacciuttolo, créateur à l'avant-garde de l'art immersif, qui adapte la création virtuelle au continent africain. Parmi les spécificités du continent ? Une culture très ancrée dans le réel, dans l'interaction sociale directe, et une utilisation massive du téléphone.
Qui dit téléphone, dit réalité augmentée, et pas réalité virtuelle. J'ai adapté mon approche à cette interface qui permet de toucher un large public, en sensibilisant à ces mondes qui se superposent au réel. On propose des extensions du monde physique, sans jamais s'en déconnecter complètement. - Louis Cacciuttolo, fondateur de la plateforme VRrOOm
La réalité se brouille, la quête de Jack également. Le créateur visionnaire apporte donc à Jack une couche de précisions supplémentaires afin d'ancrer ces concepts dans sa propre réalité.
Les métavers, ce sont des mondes virtuels dans lesquels l'être humain peut se projeter sous forme d'avatar. Soit via un casque de réalité virtuelle, soit directement via un écran. « Le métavers, en somme, c'est quand on rentre dans l'écran », résume-t-il. Une pratique qui, contrairement aux idées reçues, n'est pas antinomique du lien social réel. En passant par un monde virtuel, nous pourrons aussi naturellement nous y rencontrer. La technologie s'érigerait alors en une prolongation du monde réel.
Et Jack va s'y essayer, en s'équipant d'une paire de lunettes de réalité virtuelle.
Il s'immisce alors dans le métavers, ou plutôt dans une salle virtuelle : le Totem Club. Il y rencontre un autre avatar, qui se charge de lui délivrer une mystérieuse lettre. Rebelote. Dans deux heures, Jack doit quitter Casablanca pour Montréal. La discipline qu'il doit y découvrir ? Le design.
Une série écrite et présentée par Jack Souvant, coréalisée par Simon Decreuze, d’après une idée originale de Guillaume Ajavon.
Musique originale de Benjamin Moussay.
En partenariat avec l’UNESCO et le Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères.
Une coproduction France Médias Monde et Mairie de Toulouse.
Un merci tout particulier à la ville de Casablanca pour son aide.