Dans ce cinquième épisode de la saison 2 de Je pensais que j'étais la seule - le podcast santé qui amplifie la voix des femmes, Caroline PROUST, 43 ans, mère d'une fille de dix ans, habitante du fin fond de la Vienne, dépose quelque chose de puissant et malheureusement trop commun : le récit d'une femme qui a senti qu'elle dépérissait de l'intérieur pendant deux ans, et qu'on a renvoyée chez elle avec la même réponse à chaque fois : « mais madame, c'est le stress ». Un renvoi qu'elle partage avec des millions de femmes, quelle que soit la pathologie, quel que soit le pays, quel que soit le médecin.
Début 2023, Caroline commence à avoir des douleurs, des sensations difficiles à décrire, nommer, comprendre. Elle consulte… elle insiste… elle enchaîne les examens arrachés de haute lutte et des rendez-vous où ses mots rebondissent sur les murs des certitudes des médecins.
Un gastro-entérologue lui diagnostique un côlon irritable et lui prescrit un antidépresseur. Quand elle perd quinze kilos parce qu'elle ne parvient plus à manger, il lui explique que son pancréas paraît gros parce qu'elle est fine. Sauf qu'elle n'est pas fine… elle perd du poids parce qu'elle est malade mais cela ne le fait pas changer d'avis. La perte de poids inexpliquée, la douleur abdominale persistante, les taux anormaux dans les bilans sanguins : autant de signaux cliniques présents dans son dossier, que personne n'a reliés.
Ce que traverse Caroline pendant plus de deux ans relève de l'errance médicale dans sa forme la plus genrée, la plus abjecte mais aussi la plus documentée. Ainsi, alors que sa douleur est niée et que les signaux d'alarme que montre son corps ignorés, elle doit aussi faire face à des médecins qui refusent de lui prescrire des examens, qui ne lisent pas les résultats et construisent un diagnostic sur un compte rendu erroné dont les images n'ont jamais été regardées.
C'est sa fille qui, en se broyant le doigt à un anniversaire, va indirectement changer le cours des choses. Ce soir-là, en s'approchant de l'hôpital où elle n'a jamais été entendue, Caroline et son mari font demi-tour. Ils vont au CHU de Poitiers, où une radiologue qui prend le temps de regarder les images met le doigt sur ce qu'aucun compte-rendu n'avait nommé : une possible tumeur à la queue du pancréas. Le 15 janvier 2025, tout s'effondre et s'accélère en même temps. Le 12 février, l'anatomopathologie confirme un adénocarcinome : c'est un cancer du pancréas.
Caroline est opérée le 6 mars 2025, on lui retire deux organes. Quelques jours plus tard, alors qu'elle souffre le martyr, l'équipe hospitalière lui retire la pompe à morphine parce qu'elle « appuie trop souvent ». Au lieu d'adapter son traitement antidouleur, on lui envoie une psychiatre, puis une psychologue en addictologie. Elle sort de l'hôpital à genoux. Un an plus tard, elle a toujours mal.
Mais Caroline fait autre chose de sa douleur. Elle rejoint Cancer Colère, un collectif de malades qui portent leurs corps comme preuves dans l'espace public et politique. Cet épisode a été enregistré le 2 février 2026, jour où la loi Duplomb 2 était examinée au Sénat. Caroline l'écoute, la suit, la combat depuis son hameau de la Vienne, depuis son corps opéré, depuis sa colère intacte.
Depuis l'opération, elle a appris que dans son hameau de vingt habitants à l'année, au moins quatre personnes ont eu un cancer du pancréas. Une infirmière le lui a confirmé : « vous n'êtes pas seule. Et sachez que vous êtes de plus en plus nombreux ». Son oncologue est lui aussi très explicite : « c'est environnemental, tout le monde le sait, il y a une explosion des cancers du pancréas ».
Il existe une épidémie de cancers liés aux pesticides prouvée qui fait des ravages. Comme le dit très bien Caroline : « il y a des gars qui nous empoisonnent. Les mêmes essayent de nous soigner avec des produits hors de prix et c'est à nous de payer la note ».
La maladie, le cancer ne sont plus du ressort de l’individuel mais bel et bien du politique.
Cet épisode est dédié à toutes celles qui :
💜 ont entendu « c'est le stress » alors qu'elles savaient que quelque chose n'allait pas malgré les résultats normaux
💜 se battent pour être crues, soignées, entendues,
💜 comme Caroline, ont décidé de transformer leur douleur en lutte collective.
💜 Vous n'êtes pas seules !
🎧 Retrouvez Caroline et le collectif Cancer Colère sur les réseaux sociaux.
Chapitres
(00:00) Introduction et présentation de Caroline
(01:35) Deux ans d'errance : "c'est le stress, madame"
(03:59) La pancréatite du 11 novembre : seule façon d'être entendue
(09:04) "Côlon irritable, prenez un antidépresseur" — le gaslighting médical
(14:31) Le kyste raté : "Que voulez-vous que j'y fasse, on est samedi"
(26:53) Le 15 janvier : la tumeur confirmée, tout le monde rappelle
(42:29) L'opération — pancréas, rate, et traitée de "toxicomane" pour la douleur
(52:36) Le chirurgien qui regarde son scanner au lieu d'écouter
(54:22) Cancer Colère : quand la maladie devient combat politique
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