Confinement 2020 - journal indéfini - podcast sous covid19

Jour 5 : le gendarme en balade


Listen Later

Vendredi 20 mars : jour 5
J’avais commencé à prendre l’habitude d’écrire ce journal chaque soir vers 19 heures mais il semble que la nouvelle mode familiale soit de prendre un apéro-Facetime entre plusieurs confinés de différentes régions. iPad réquisitionné, tout le monde est autour de l’écran pour constater comment chacun vit son confinement. Certains ont des jardins de plusieurs hectares quand d’autres ont juste une fenêtre qui donne sur la rue. Ici, c’est une cour dont je sors trois fois par jour, deux fois pour promener rapidement le chien, une fois pour quelques courses.
C’est ainsi que ce matin, un peu avant 9 heures, à nouveau rattrapé par des maux de tête, je me suis aventuré à cinquante mètres de chez moi pour que mon fidèle animal de compagnie puisse faire ses besoins. Je me suis retrouvé bien ennuyé quand un véhicule de la gendarmerie est arrivé dans ma direction. J’ai eu l’impression de me retrouver dans la peau d’un hors la loi alors que mon seul délit était d’avoir oublié la fameuse déclaration sur l’honneur qui stipule que je vais promener mon chien.
Après m’avoir sermonné pour cet oubli, un des gendarmes m’a demandé si j’habitais loin. Un peu penaud, je désignais du doigt ma maison toute proche quand son collègue a voulu savoir si j’y résidais à l’année. Là, pour peur-être la première fois de ma vie, j’ai menti à un représentant de l’ordre. Sans même faire exprès, sans calcul, sans volonté de dissimulation, non, comme ça c’est tout. « Oui monsieur, j’habite ici tout le temps ».
Tout le temps, peut-être pas. Souvent, certainement. Etretat, j’y vote, j’y suis la plupart de mes weekends, à chaque nouvel an et plusieurs semaines chaque été. C’est peut-être pour cela que ma réponse fut aussi naturelle. En revanche, sitôt rentré chez moi, j’ai commencé à me demander en quoi cela serait-il un problème que je fusse d’ailleurs. J’imagine bien que ailleurs, c’est Paris. Effectivement, j’habite à Paris, effectivement je suis confiné en province, effectivement il y a des centaines de parisiens qui ont quitté leur domicile pour rejoindre des zones rurales au risque d’exporter la maladie dans des secteurs où existe une pénurie de docteurs, effectivement cela pourrait faire de moi un gros égoïste alors que rien de tout cela n’était calculé.
Avec l’impression d’être une sorte de « malgré-nous » de cette guerre contre l’ennemi invisible, je me suis juré de ne plus sortir sans mon précieux sésame, et encore, le moins possible, en rasant les murs, en évitant le moindre quidam ce qui n’est pas compliqué tellement le village est désert en ce moment.
22h. C’est l’heure de la sortie du soir. Je vais voir les vagues se déchaîner, seul avec mon chien, 5 minutes et c’est tout.
...more
View all episodesView all episodes
Download on the App Store

Confinement 2020 - journal indéfini - podcast sous covid19By Alexandre Laurent