Confinement 2020 - journal indéfini - podcast sous covid19

Jour 6 : Etretat - Chagos


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Samedi 21 Mars 2020 : jour 6
Hier soir je me suis endormi après avoir regardé plusieurs documentaires sur YouTube consacrés aux aventures d’un couple de navigateurs qui sillonnent les océans sur leur voilier, accompagnés de leurs amis. Je suis tombé sur leurs exploits en recherchant des videos sur l’archipel des Chagos dans l’océan Indien.
Je rêve d’aller là-bas en bateau, à la voile, un jour. Cela prend à peu près 15 jours de navigation depuis l’île Maurice, à peine moins depuis les îles Cocos au large de la Malaisie. Il faut s’imaginer 15 jours au milieu de l’océan, sur un voilier de 16 mètres, sans épicerie à proximité, sans itinéraire de jogging, sans internet! Cela doit être une expérience merveilleuse et particulièrement éprouvante.
Nous n’en sommes qu’au sixième jour de ce journal, cela ne fait pas encore une semaine que nous sommes confinés et déjà mon fils qui n’a pas encore trois ans me demande pourquoi on ne va pas à la plage tout à côté. Je l’ai vu s’agacer de ne pas partir en promenade et tenter de repartir en sens inverse alors que nous revenions de sortir le chien. J’en fus bon pour un deuxième tour de ce parking désolé et désolant qui n’héberge plus qu’une dizaine de véhicules tout au plus, tous immobiles depuis plusieurs jours.
Si j’étais tout embêté de constater que mon petit garçon, qui pourtant s’amuse royalement dans notre cour, arrive à ressentir les effets du confinement malgré la situation favorable dans laquelle nous nous trouvons, cela m’a fait penser à tous ces gamins enfermés dans des immeubles au même moment dans des milliers de grandes villes. Comment ne pas se sentir désemparé en tant que parent face à une telle situation? Comment faire pour échapper à l’anxiété qui monte en chacun à un moment ou à un autre? Comment répondre à cette question : quand est-ce qu’on pourra aller plus loin?
Je ne sais pas. C’est pour tout le monde pareil.
Tout le monde, c’est aussi cette personne d’une soixantaine d’années, seule à Paris, qui nous appelle avec des sanglots dans la voix pour nous dire que c’est la première fois que la solitude la blesse. Elle ne sort plus et n’a aucun voisin qui vient lui dire bonjour. Elle aussi pose des questions. Vous pensez que ca va durer plus de quinze jours? Me demande-t-elle, inquiète.
Je ne sais pas.
Ce que je sais c’est que le son de la mer ne se heurte plus à celui des ventilateurs extérieurs des climatisations des restaurants, pas plus qu’il ne rencontre le bruit des moteurs des centaines de voitures qui de façon incessante en temps normal hantent de façon stupide Etretat à la recherche d’une place de stationnement. Ce que je sais, c’est qu’on offre un peu de répit aux falaises, aux poissons dans la mer, à l’atmosphère terrestre. Le confinement nous aidera peut-être à réaliser à quel point nous sommes allés loin dans la mauvaise gestion de notre planète comme de nos villages.
Ce soir des arrêtés préfectoraux ont été affichés sur le front de mer qui est à présent inaccessible au pekin moyen. C’est beau également, Etretat, sans touristes, sans voitures, ah oui surtout sans voitures, c’est presque aussi calme que l’archipel des Chagos, le soleil en moins.
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Confinement 2020 - journal indéfini - podcast sous covid19By Alexandre Laurent