Dans cet épisode, c’est au tour d’Alice de témoigner. Je me dirige donc vers mon ancienne maison (décor de la maison de Prue également), Alice fait chauffer une théière et on s’assoit face à face. Et on prend le temps de discuter vraiment, ce qui n’est pas arrivé depuis 2020.
Et tout de suite, il y a quelque chose de différent. Ce n’est qu'une entrevue. Pas un simple échange. Plutôt… des retrouvailles.
Alice Cornuau, c’est un visage que j’ai vu naître artistiquement en 2016. Une présence qui s’est imposée sans bruit, mais avec une évidence presque troublante.
Pour beaucoup, elle est Cassotis Costumes. Une talentueuse créatrice de costumes.
Pour moi, elle est Pandore, ancêtre des frères Dupontel dans The Gift. Un personnage dense, mystérieux, presque mythologique, qu’elle a porté pendant quatre saisons. Mais avant cela elle a été aussi ma Ginny Potter, dans mon court-métrage Try, La Tentative, en 2016. Le tout début de notre collaboration. Le moment où j'ai vu son vrai potentiel (et aussi où elle a une baguette qui s'allume quand elle dit " Lumos").
On rit. On se souvient. On se retrouve. Dans cet échange, on déroule tendrement le fil.
On parle de cette première discussion sur Pandore, un peu intuitive, un peu fragile, où rien n’était encore sûr sauf peut-être l’envie de continuer à créer ensemble. On replonge dans cette année de travail intense autour de The Gift : la création des costumes, les discussions infinies sur la perruque de Pandore, les aléas de la météo, son indéniable implication sur les costumes de Pandore et des Souverains, sur ce qu’elle devait incarner au-delà du texte ( et aussi des tartines de texte écrits et envoyés au dernier moment) . On parle de sa présence, de son aura légendaire sur la série et surtout de notre amitié indéniable. De tout ce qui ne se voit pas mais qui construit une belle relation et un beau personnage.
Et puis, 2019 arrive doucement sur nos lèvres. Un moment de faille devant mon micro. Une discussion qu’on n'a jamais vraiment eu l’audace d’avoir.
Orgueil, Préjugé et Sortilège. Un projet qu’elle écrit, qu’on porte ensemble, et qui finit par nous échapper. Un terrain de tensions, d’incompréhensions et de cassures. On s’y est perdu. On s’y est heurté. C’est un épisode qu’on n’avait préféré enterrer.
Mais c’est pour ces moments que j’aime mon podcast.
Parce qu’aujourd’hui, il n’y a ni règlement de comptes, ni justification. Juste deux personnes qui regardent en arrière avec lucidité. Et surtout, avec beaucoup de tendresse. Juste deux amis qui se retrouvent vraiment.
Ce qui me frappe en réécoutant cet entretien, c’est à quel point on a changé.
À quel point on s’est déplacés, intérieurement. Et comment, malgré les frottements, malgré les maladresses, il reste quelque chose de très pur dans ce qu’on a construit.
Et je crois que tout est là. Quelquefois je me demande à qui s’adresse mes projets. Et bien avec des entretiens comme celui-ci je sais qu’à mon échelle, j’aide de belles personnes à suivre leur voie.
Cet épisode, c’est une conversation sur mon travail, oui.
Mais c’est surtout une conversation sur les liens qui se tissent à travers lui.
Sur les personnages qu’on crée… et ceux qu’on devient, sans s’en rendre compte.
Un épisode doux, un peu mélancolique, dont je suis profondément reconnaissant.