À 16 ans, Kate Bush possède déjà une voix et un univers singulier, peuplé d'ombres et d'émotions, mais il lui manque encore la méthode pour faire entrer ses créations dans la vie du public. Contrairement aux pratiques habituelles de l'industrie musicale des années 70, qui cherche à vendre rapidement des visages et des silhouettes, la maison de disques EMI prend une décision déterminante pour sa carrière : comprendre la rareté de son talent et refuser de se précipiter. Au lieu de l'envoyer immédiatement en studio ou devant un objectif au risque de "l'abîmer", le label choisit de financer son attente.
Cette période de retrait, loin d'être une frustration, devient pour la jeune fille un véritable chantier de création monacal. Entre son piano familial et sa grange dans le Kent, elle continue d'accumuler des chansons, mais elle réalise surtout qu'une œuvre ne doit pas seulement être chantée, elle doit être habitée. C'est là qu'intervient une rencontre fondamentale avec Lindsay Kemp, danseur et chorégraphe de renom ayant notamment travaillé avec David Bowie.
Sous la direction de ce maître du mouvement et du théâtre, Kate Bush apprend que le corps raconte autant que les mots. Elle consacre alors ses journées à un entraînement rigoureux — la danse le matin, le mouvement l'après-midi et le piano le soir — pour se fabriquer un langage complet. Grâce à ce travail intensif dans l'ombre, elle ne surgira pas sur la scène pop comme une simple chanteuse prometteuse, mais comme une artiste totale, possédant une grâce et une manière d'apparaître absolument inédites.