Allongée l’autre jour sur le fauteuil chez le dentiste, la bouche grande ouverte, à lamerci des soins de mon amie chirurgienne et de son assistante, je riais, un peu jaunej’avoue, entre 2 déglutitions laborieuses, en imaginant la scène vue de haut. 2 êtresbardés de masques et de grandes lunettes de protection, affairés à la plus délicatedes missions : détartrer, désenflammer, assainir, désinfecter, aspirer, les dents, lesinterstices et les gencives d’un 3 ème personnage, moi en l’occurrence, docile parnécessité mais tendu de pied en cap comme un fil dentaire quand on le tient entre lepouce et l’index. J’admire la délicatesse de mon amie soignante à sa capacité àrassurer ses patients en donnant aux instruments barbares qu’elle utilise desfonctions jolies et poétiques : la seringue s’infiltre en douceur pour un voyagedentaire paisible et détendu, la fraise fait une balade de routine aux contours de ladent pour en polir délicatement la surface, le détartreur est une curette à ultrasonséliminant la plaque avec amour, la pompe à salive élimine incognito les fluides etdébris présents au sein de la bouche, conduite par la main experte de son assistanteau gré des déchets à recycler. Mes 2 copines, penchées à ma droite et à ma gauchesous la lampe articulée, plongées à 4 yeux et 4 mains dans mon gosier,m’informaient des progrès de l’affaire avec ferveur et enthousiasme « n’aie pas peur,je vais inspecter ta molaire » « attention, j’atteins ta dent de sagesse » « Super, tescanines sont comme neuves » « c’est enflammé là, à coup sûr un abcès gingival, onva réparer ça » « aspire par ici s’il te plait » « ouvre grand ta mâchoire supérieure, jen’ai pas assez d’espace pour atteindre le fond ». Je tournais bravement la tête dedroite et de gauche au gré de leurs demandes en roulant des yeux comme unecrevette-mante tout en émettant des sons de glotte improbables pour approuver oucontredire le débat. Après cette belle coopération, j’ai été contente d’avoir 3secondes de répit pour utiliser comme une serviette de gala le bavoir en papier quime pendait au menton, et me tamponner les coins de la bouche avec la classe etl’élégance de la Marquise de Montespan. A peine cette opération terminée, mes 2copines me réallongent et m’enfournent dans le bec une caméra intra-orale pour unreportage son et vidéo des moindres recoins de ma bouche. L’enquête du siècle !Quel moment de bonheur ! Si le soin dentaire était une art-thérapie, la dentaire-happy, ça se saurait, n’empêche quand votre dentiste est une poète et une artiste,c’est déjà merveilleux, et dans tous les cas, cette expérience souligne que tout soin,qu’il soit dentaire ou art-thérapeutique, d’autant plus s’il implique labeur et douleur,nécessite le tact éminent du thérapeute pour envelopper, soutenir, accompagner etsoigner le patient avec délicatesse. Le patient a besoin d’être rassuré, apprivoisé etc’est au thérapeute d’instaurer confiance et sécurité avec finesse pour cheminer aveclui et apaiser les maux psychiques et émotionnels les plus rudes. Si nousappréhendons notre prochain RV dentaire, sourions de toutes nos dents en pensantque c’est une belle occasion de cultiver le lien de confiance avec notre dentiste !Nous en ressortirons enrichis, même avec une dent de sagesse en moins !