Aujourd'hui on va tenter de rĂ©soudre une problĂ©matique à travers la question, une bonne performance dâacteur suffit-elle Ă sauver un film plutĂŽt moyen ? Afin dâillustrer notre propos, nous allons nous servir de lâexemple de Basketball Diaries, rĂ©alisĂ© par Scott Kalvert, en 1995, avec Leonardo DiCaprio et Mark Wahlberg. Alors, dĂ©jĂ , de quoi ça parle, en deux mots ? Nous suivons un jeune new-yorkais, Jim Carroll, qui aime bien Ă©crire de la poĂ©sie et faire du basket avec ses coupains. Sauf quâun jour, il goutte Ă la coke lors dâune petite soirĂ©e alcool-claque sur la fesse. AprĂšs ça, câest la dĂ©gringolade. Le mec part en vrille, coke, hĂ©ro, eau de javel, huile de colza, le mec il se shoote avec tout ce quâil trouve autour de lui. Sauf quâĂ©tant devenu un clochard, il nâa plus un rond. Du coup, il sombre dans la prostitution pour payer ses fixes. JusquâĂ ce quâil se fasse prendre par la marĂ©chaussĂ©e, quâil ait un retour de conscience, et quâil devienne, du jour au lendemain, un artiste acclamĂ©. Tout ça, câest tirĂ© dâun bouquin autobio Ă©crit par le vĂ©ritable Jim Carroll, un poĂšte amĂ©ricain absolument pas connu par chez nous, qui, vraisemblablement, a vĂ©cu tout ce que lâon voit dans le film. Donc, postulat de dĂ©part : Basketball Diaries, biopic sur fond dâaddiction Ă la drogue. Ok. InterprĂ©tĂ© par DiCaprio, Ă lâĂ©poque oĂč il Ă©merge Ă Hollywood (on est avant RomĂ©o et Juliette et Titanic). Ok, trĂšs bien. Jim Carroll. Je ne connais pas plus que ça, mais comme jâaime bien la poĂ©sie, pourquoi pas, le parcours du gars peut donner un film sympa. RĂ©alisĂ© par Scott Kalvert. Qui ça ? Scott Kalvert. Qui ? Kalvert ? Non, connais pas. Et pour cause, le mec a pondu des clips entre la fin des annĂ©es 80 et dĂ©but 90. Un film intitulĂ© Deuces Wild (Les Voyous de Brooklyn) en 2002. Mouais, non. Et il sâest suicidĂ© en 2014. AhâŠ
Basketball Diaries est un film pĂ©tĂ© de problĂšmes. Et le premier dâentre eux, il vient de son rĂ©alisateur. Alors, je ne vais pas vous parler du background et du contexte de la pĂ©riode, on sâen fout un peu ici. Le film est une prodâ indĂ©pendante, sans grande envergure, ni grande ambition, si ce nâest celle de circuler Ă travers les festivals, ce quâil ne fera pratiquement pas. Le souci, câest que Kalvert, il a beau ĂȘtre motivĂ© par son sujet, il fait, ici, ce quâil sait faire de mieux, visiblement : câest-Ă -dire, un clip-vidĂ©o. Sauf que lâusage des grands angles qui dĂ©forment lâimage, soit ça nâa aucun sens, soit le sens que câest censĂ© avoir (du type dĂ©formation des repĂšres etcâŠ), ça sonne creux. Car lâeffet reste superficiel (et ultra connotĂ©). Et, manque de pot pour lui, câest devenu un truc datĂ©. En fait, on pourrait comparer ce film Ă Trainspotting, rĂ©alisĂ© avec un phrasĂ© clipesque et sorti Ă lâexacte mĂȘme Ă©poque. Seulement, pourquoi chez Boyle ça marche et pas chez Kalvert ? Boyle utilise le sujet de lâaddiction pour illustrer un contexte social se dĂ©finissant par toute une sĂ©rie de codes, comportementaux et culturels, sâincarnant, dans le film, Ă travers la fuite en avant du personnage de McGregor, qui rĂ©pond, Ă tout ça, par le refus, en consommant de lâhĂ©ro. Sauf, quâĂ la fin, aprĂšs la mort de son meilleur ami, il comprend quâil est, de toute façon, par nature, contraint de supporter une addiction. Aussi, il accepte celle qui lui permettra de vivre comme tout le monde, mĂȘme sâil est conscient que celle-ci sâĂ©tablie dâune maniĂšre imparfaite, plutĂŽt quâĂ la marge, sous le coup dâune addict...