La sorcière et le médecin

La sorcière et le médecin

By Cécile MAHEScienceNatural Sciences
Download on the App Store

La sorcière et le médecin episodes

  • Le bois lélé, un instrument de cuisine indispensable (Quararibea turbinata)

    Originaire des Caraïbes, le bois lélé ou bwa lélé nous a été légué par les indiens caraïbes qui tenaient là un système astucieux et 100 % écologique pour touiller les liquides, les mélanger. Arrivé jusqu’à aujourd’hui, il tient toujours sa place dans la cuisine, fièrement, aux côtés des robots-mixeurs et des fouets électriques qui ne sauront jamais le remplacer.

    Le bois lélé, un instrument de cuisine

    Le bois lélé (lélé signifie touiller, mélanger en créole) désigne à la fois l’instrument de cuisine et l’arbre à partir duquel il est fabriqué, encore aujourd’hui artisanalement. Il sert à touiller les liquides et à les faire mousser. Accessoire indispensable à la préparation du ti’punch, un format plus massif pourra également être utilisé pour mélanger des préparations culinaires un peu plus compactes comme le migan (fruit à pain). Il suffit de prendre l’axe entre les paumes des mains et de frotter.

    Le bois lélé : comment le reconnaître ?

    Il s’agit de Quararibea turbinata (Bombacacées, comme le fromager!), un arbre ou devrait-on dire un arbuste puisqu’il dépasse rarement les 6 mètres de haut, des zones méso-hygrophiles du nord de l’île. Mais je ne vous en dit pas plus, car les coins à bois lélé, c’est un peu comme les coins à champignons, chacun garde jalousement son secret !

    Il est pourtant facilement reconnaissable, avec ses grandes feuilles mesurant jusqu’à 12 cm de large. Relativement rigides, elles font un bruit de nappe en plastique froissée quand on les prend entre les doigts. Le tronc prend une couleur rougeâtre lorsqu’il est éclairé par un rayon de soleil et est parsemé de petits points blancs. Mais le plus caractéristique, c’est le port de cet arbre, en « étages ».

    Les branches partent toutes de la même intersection, puis le tronc grimpe et c’est une nouvelle intersection et ainsi de suite. Entre, le tronc est totalement nu. A chaque intersection, ce sont exactement 5 branches qui partent à l’horizontal, en rayon et c’est ce qui va former le bois lélé : l’axe est le tronc et les 5 branches vont former une sorte d’hélice. Il suffit de couper le bois, d’enlever les feuilles et de l’écorcer.

    Mais attention, il y aurait une phase particulière de la lune à respecter et une manière de le couper pour qu’il continue de produire ce mélangeur naturel. On voit sur les coupes pratiquées en forêt qu’aux endroits où il a été sectionné, ce sont deux branches plus fines qui s’élèvent. Parfois une seule, mais toujours plus étroite que ce qu’était la partie prélevée.

    D’autres prétendantes au titre de Bois lélé

     

    Mais il se dit que le bois lélé pourrait être fabriqué également à partir du cacaoyer. Et que dans ce cas il ne présenterait que trois branches au lieu de cinq. J’avoue que ça m’a un peu interpellée, les branches de cacaoyer étant bien moins disciplinées que celles du lélé… A moins qu’il ne s’agisse pas du cacaoyer (Theobroma cacao), mais d’une autre quararibé, Quararibea funeris qui est appelée en espagnol « Flor de cacao » ou encore « Rosita de cacao ». C’est une plante médicinale et l’ingrédient indispensable de la boisson traditionnelle à base de chocolat et de maïs, le tejate. Ce n’est qu’une hypothèse.

    En tout cas, localement sont également appelées bois lélé d’autres plantes (il y a vraiment de quoi s’y perdre!) : Heisteria coccinea (Bois perdrix), Solanum rugosum (Mélongène diable) et Cordia reticulata (Mahot siffleur).

    Autres usages de Quararibea turbinata

     

    Les quararibées sont des plantes aromatiques. Le bois une fois séché (il ne sent rien lorsqu’il vient d’être cueilli) dégage une odeur épicée. De curry, je trouve, certains le rapprochent d’autres épices. On l’utilise pour aromatiser les soupes et les boissons chocolatées.

    Au niveau médicinal, je n’ai rien trouvé comme utilisation pour les Antilles françaises. Mais il semblerait que nos voisins d’Amérique du Sud l’utilisent. Les cendres de bois sont mélangées avec les feuilles de tabac puis macérés dans une petite quantité d’eau et eau-de-Cologne. Ils sont ensuite utilisés pour renforcer l’effet narcotique de tabac

    Bref, son principal usage est bien celui d’un instrument de cuisine. D’ailleurs, les anglais l’appellent « swizzle stick tree » ou cuillère à cocktail !

    Où acheter du Bois lélé?

    En Martinique, à peu près partout! Dans les distilleries, dans les magasins de souvenirs par exemple. J’ai même trouvé une boutique en ligne qui en propose!

    Vente en ligne de Bois Lélé authentique : http://www.lacompagniedurhum.com/bois-lele-agitateur-cocktail-artisanal-bois-lele,fr,4,EPIC_BOISLELE_01.cfm

     

    Et vous? Utilisez-vous le bois lélé? Laissez un témoignage en commentaire!

    L’article Le bois lélé, un instrument de cuisine indispensable (Quararibea turbinata) est apparu en premier sur La sorcière et le médecin.

    6 min
  • Le mancenillier mal-aimé (Hippomane mancinella)

    Oups, pas bien, je ne devrai pas me trouver sous ce mancenillier alors que la pluie menace… car attention, danger. Cet arbre et ses petites pommes vertes si appétissantes sont pires que la pomme de Blanche Neige. Tout est toxique chez cet euphorbiacée: la sève, le latex des feuilles et le fruit aussi. Tellement toxique, qu’avec le ruissellement de la pluie, on peut être brûlé gravement par ses sécrétions. Il y a pleins d’histoires qui circulent. Des histoires de touristes brûlés alors qu’ils faisaient une petite sieste à l’ombre du mauvais arbre. Des fêtards qui ont eu la malchance d’avoir une goutte tombée dans le verre sans s’en apercevoir, croyant à une blague (mais qui a mis du piment?) jusqu’à ce qu’ils soient conduits à l’hôpital. Alors, exagération ou histoire vraie ?

    Reconnaître le Mancenillier

    Quoi qu’il en soit il vaut mieux savoir le reconnaître. C’est vrai que la plupart du temps, il est repérable de loin avec des ronds oranges sur son tronc ou des barres rouges qui le signalent aux distraits. Mais parfois, ce n’est pas le cas. Alors, comme un homme averti en vaut deux, je vous propose un petit zoom sur ses caractéristiques.

    C’est sûr avec le marquage c’est plus facile!

    Le tronc du mancenillier d’abord. Gris, plutôt lisse, il n’a malheureusement pas d’extravagance particulière qui nous permettrait de nous méfier. Côté feuilles, ce n’est pas vraiment plus extraordinaire : de petites feuilles elliptiques, luisantes avec une nervure centrale bien marquée, pointues.

    Non vraiment, le plus évident, ce sont les fruits. Ces petites pommes vertes qui lui ont valu son nom de Mancenillier, en référence à « Manzanilla » la petite pomme en espagnol, sont vraiment son signe distinctifs. A défaut de les voir dans les feuillages, on les voit joncher le sol.

    Il y a beaucoup de « on dit » et d’histoires colportées sur cet arbre. Par exemple, on raconte que le latex était utilisé par les indiens Caraïbes pour empoisonner leurs flèches, ou encore que les Mancenillier auraient été plantés là pour se défendre contre les attaques des anglais.

    Le mancenillier, un arbre important pour les écosystèmes

    Mais pourquoi donc garder un arbre si dangereux ? Sur les plages surtout, avec les enfants qui courent et qui jouent ! Tout simplement parce que, comme souvent, il a toute sa place dans l’écosystème. Il permet de retenir le sable grâce à ses racines et prévient donc l’érosion des sols. Il joue aussi le rôle de coupe-vent naturel. Bref, pas touche, car il permet à tout un écosystème de se maintenir. J’ignore si les crabes en sont contents, mais ils semblent apprécier la compagnie de cet arbre. Peut-être que le fait de faire leur trou à proximité les protège de certains prédateurs ?

     

    On dit qu’il ne faut pas les consommer ces crabes, car la proximité des mancenillier les rendrait toxiques. Vrai conseil prudent ou astuce pour se garder les meilleurs coins pour poser les pièges à Pâques ?

    Ne pas confondre Mancenillier et Catalpa

    J’avoue, je les ai confondu longtemps avant de me pencher sur la question. Alors je me sens un peu bête, mais je vous le dis quand même parce que ce serait dommage de ne pas les différencier, ces deux plantes des bords de mer, dont les fruits se ressemblent comme deux gouttes d’eau : des petites pommes vertes dans les deux cas.

    Alors comment savoir ? Tout simplement en regardant les feuilles. Elles n’ont absolument rien à voir. Dans un cas, c’est une petite feuille elliptique à la nervure apparente, tout ce qu’il y a de plus classique, tandis que dans l’autre cas, nous avons une jolie feuille cordiforme, c’est à dire en forme de cœur. Donc c’est facile !

    La jolie feuille cordiforme du catalpa n’a rien à voir avec celle du mancenillier!

    Pourquoi vouloir absolument les différencier ? Au-delà du fait d’être plus serein pour la bronzette, ça vous permet de reconnaître un arbre médicinal puisque le Catalpa fait partie des remèdes traditionnels ! Je vous raconte ça bientôt dans un autre article. Avec aussi une histoire de masque de plongée.

    L’article Le mancenillier mal-aimé (Hippomane mancinella) est apparu en premier sur La sorcière et le médecin.

    3 min
  • Le Gommier rouge (Bursera simaruba): l’arbre à touriste

    Cet arbre au tronc rouge se reconnait facilement dans le paysage. Il interpelle autant par ses jeux d’équilibriste hors pair qui lui donnent parfois des attitudes presque humaine. Enjambant ici le chemin, semblant tendre une main par là… son tronc qui donne l’impression d’une peau qui se desquame lui a valu le quolibet d’arbre à touriste. A moins que ce ne soit pour se moquer des touristes qu’on l’appelle comme ça à Cuba?

    Le Gommier et le peau rouge

    Pour comprendre, il faut remonter au début des années 60 à Cuba. La Révolution socialiste a eu lieu, le Ché, tout ça. C’est le moment où s’établissent les relations diplomatiques avec le bloc soviétique dans un monde coupé en deux par la guerre froide. Une aide est apportée par les alliés et c’est le début d’une vague d’immigration russe. D’ailleurs, elle se ressent toujours aujourd’hui dans les prénoms de certains cubains: Vladimir… ça sonne plus russe que espagnol! Donc ces russes débarquent dans l’île avec leurs peaux bien blanche. Sous le soleil, ça ne rate pas, elle prend vite une teinte rouge avant de peler, ce qui ne manque pas de faire penser au Gommier rouge, qui devient ainsi une source inépuisable de moquerie pour les nouveaux arrivants sur l’île et ce jusqu’à aujourd’hui: vous savez pourquoi on l’appelle l’arbre à touriste? La blague fonctionne à tous les coups!

    Crédit photo: Vincent Galante

    Le Gommier rouge: pourquoi Gommier?

    Comme le Gommier blanc, avec lequel il ne partage pas de lien de parenté pourtant, il excrète après incision un suc aromatique ou résine. Longtemps appelé élémi des Antilles ou gommart d’Amérique, cette résine a longtemps été utilisée dans la fabrication des vernis en Europe. Mais bien avant cela, elle était déjà connu des indiens caraïbes qui l’utilisaient en cataplasme sur les plaies, blessures, foulures et entorses. L’un des meilleurs vulnéraires!

    Cette résine est également brûlée comme encens dans les cérémonies religieuses. Mais je n’ai pas pu toucher cette résine, puisque les arbres, en pleine forme, n’étaient pas blessés, même pas au niveau des racines qui jalonnent le chemin. Donc je les ai laissés tranquilles, mais je serai quand même bien curieuse de connaître son odeur et si elle est très différente de celle du Gommier blanc.

     

    Le Gommier rouge et ses propriétés médicinales

    La résine n’est pas la seule à voir des propriétés. En médecine traditionnelle, les feuilles et l’écorce sont également mises à profit. Elles sont réputées, en tisanes, pour faire baisser la fièvre.

    La décoction des feuilles est employée pour soigner les maux d’estomac. En Guadeloupe, l’écorce séchée est associée avec d’autres plantes, notamment le thé pays et le koklaya comme remède antidiabétique.

    Mais tout cela a-t-il été validé? Pas forcément, mais les recherches ont montré que les feuilles et l’écorce avaient bien des propriétés intéressantes, même si ce n’est pas forcément celles que l’on attendait.

    Ainsi, l’extrait éthanolique des feuilles est anti-inflammatoire aussi efficace que les médicaments conventionnels, test comparatif à l’appui. Une action spasmolytique, calmante sur certains muscles a été mise en évidence. L’écorce est anti-fongique et peut donc être utilisée pour soigner les mycoses.

    Je n’ai trouvé aucune information concernant les fruits par contre.

    Crédit photo: Xtine Kokokanel

    Le Gommier rouge équilibriste

    Typique de la forêt sèche (ou xérophile pour faire plus savant), on le trouve donc sur des terrains plutôt arides avec comme compagnes de galère des plantes comme les cactus ou les agaves. On croirait presque qu’il se contorsionne pour aller chercher l’eau dont il a besoin. Moins massifs que d’autres arbres aux racines solides et au tronc rugueux, il a pour lui une certaine agilité, s’implantant là où il peut, comme il peut. Je le vois un peu comme un acrobate qui a revêtu son habit de lumière, rouge brillant, même s’il a tendance à perdre ses paillettes.

     

    Merci à Xtine Kokokanel et à Vincent Galante qui ont tous les deux partagés leurs photos pour la réalisation de cet article! Si vous aussi vous voulez que vos plus belles photos soient publiées sur La Sorcière et le Médecin avec votre nom, il vous suffit de vous abonner à la page Facebook et de surveiller le post du dimanche qui annonce la plante de la semaine

    L’article Le Gommier rouge (Bursera simaruba): l’arbre à touriste est apparu en premier sur La sorcière et le médecin.

    4 min
  • Si je vous dis… tequila ! Un mot sur l’agave

    Cette pauvre agave est souvent confondue avec l’aloé vera. Rien à voir pourtant, elles ne font pas partie de la même famille. Même pas une cousine ou une grand’tante. Et surtout, il n’y en a qu’une qui permet de produire la tequila. Oups… il paraît qu’il faut dire LE tequila. Je ne vous emmène pas jusqu’au Mexique cette semaine, car on trouve aussi des agaves en Martinique.

    Vous trouverez le podcast ci-dessus pour ceux qui préfère écouter et la vidéo ci-dessous. Vous pouvez vous abonner aux podcasts sur itunes et aux vidéos sur youtube

    L’agave que j’ai trouvé ne donne pas la Tequila, car il n’y a que l’agave bleue qui le fait, et pour les puristes purs et durs, l’agave bleue qui pousse dans le village de tequila, au Mexique et qui a donné son nom à la boisson.

    Celle que j’ai trouvée s’appelle, je pense, Agave caribaeicola, endémique de la Martinique. Comment j’ai trouvé son petit nom ? En lui comptant les épines et en lui flattant la croupe. Car c’est comme ça qu’on les différencie entre elles : y a-t-il des épines sur le côté des feuilles ? oui. De quelle taille ? Des petites. Les feuilles sont elles droites ou incurvées ? Partent-elles du sol ou d’un tronc, d’une tige ? Quelle taille ? Y a-t-il une épine au bout de la feuille ? de quelle couleur ? de…

    Alors je ne sais pas si la mienne d’Agave a la capacité de produire une boisson alcoolisée ou de produire des fibres comme sa cousine le sisal ou de guérir. Car finalement, dans la littérature, c’est l’Agave americana qui revient le plus souvent et semble avoir été la plus étudiée. Sinon, on parle d’Agave tout court sans les différencier.

    La vaste arnaque du sirop d’Agave

    On peut en tirer le fameux sirop d’agave, vous savez, ce super-aliment qui a fait la une de tous les webzines dans les années 2000 et surtout la fortune des industriels qui se sont engouffrés dans la brèche. Ben oui, le sirop d’agave, c’était miraculeux, naturel, il permettait de sucrer mais avec beaucoup moins de calories que le sucre blanc, on l’a même conseillé aux diabétiques. Quelle erreur ! En réalité, le sirop d’agave est paré de bien moins de vertus qu’on veut nous le faire croire, et surtout, il n’est pas à conseiller aux diabétiques. En fait, c’est plus complexe que ça, et sa valeur glycémique dépend de la manière dont il a été produit (chauffé notamment).

    D’où ça vient ce sirop en fait ? Eh bien, une fois la plante cultivée arrivée à maturité, on lui coupe ses feuilles pour récupérer le coeur, qui est surnommé “pina” en raison de sa ressemblance avec un ananas une fois dépouillé de ses feuilles. Ce coeur subit un process de transformation (cuisson, pressage) par lequel on extrait le jus d’agave

    Agave et boissons alcoolisées

    La Tequila est la boisson obtenue à partir du jus d’agave bleue (Agave tequilana) qui aura été fermenté puis distillé. Mais ce n’est pas la seule boisson alcoolisée qui est produite. Il y a aussi le vin tlachique obtenu à partir des Agaves salmania et lehmanii, le pulque à partir de Agave atrovirens. Globalement il faut 7kg de coeur d’agave (pina) pour obtenir 1l.

    D’ailleurs, le nom même de l’Agave qui trouverait sa racine dans le grec et signifierait « digne d’admiration » viendrait de sa capacité à produire cet alcool.

    L’Agave va vous habiller pour l’hiver: des fibres

    L’Agave sisalana ou sisal est utilisée en Afrique pour fabriquer des cordages par exemple. Les feuilles sont décortiquées pour récupérer les fibres, qui sont ensuite lavées et séchées au soleil. Elle fait partie de ce qu’on appelle les plantes textiles.

    Agave americana est quant à elle à l’origine d’une autre fibre, moins connue, dénommée « pita » utilisée au Mexique et dans les Antilles.

    Les propriétés médicinales de l’Agave americana

    La pulpe des feuilles qui reste une fois que les fibres ont été récupérées contient un jus riche en hécogénine à partir de laquelle on sait fabriquer de la cortisone. On trouve également ce composé dans les racines.

    Ce jus est aussi réputé utile pour freiner la chute des cheveux.

    L’agave americana est utilisée en médecine traditionnelle pour ses multiples vertus curatives : les feuilles sont réputées dépuratives, diurétiques, utiles en cas de troubles intestinaux, ictères et inflammation des yeux. Comme l’aloé, le jus des feuilles est appliqué sur les plaies et les coupures pour favoriser la cicatrisation.

    Le jus aurait aussi des propriétés insecticides et est utilisé contre les termites en Tanzanie.

    Coupée en morceaux et chauffée, la feuille est appliquée en usage externe pour les douleurs rhumatismales.

    Enfin, Agave americana est la source d’un médicament contre l’hypertension.

    L’agave, une plante adaptée à la sécheresse

    Elle fait partie de ce qu’on appelle les plantes succulentes. Elle a mis au point un système de stockage de l’eau pour faire face à la sècheresse (c’est pour ça qu’elle peut survivre en plein désert mexicain, comme les cactus).

    Elle fait en plus partie d’une catégorie de plantes un peu spéciales qui ont la capacité à fixer le CO2 la nuit et à réaliser leur photosynthèse le jour mais avec leurs stomates fermés pour éviter les déperditions d’eau.

    Sa floraison est impressionnante puisqu’elle produit une hampe florale qui peut atteindre les 8 m de haut. Après floraison, en général, elle meurt.

    Elle est considérée comme relativement invasive puisqu’elle se reproduit par multiplication végétative, en faisant des petits bulbes qui vont aller s’installer à côté et ainsi de suite.

    Vous aimez les vidéos? Abonnez-vous à la chaîne youtube en cliquant ici!

    L’article Si je vous dis… tequila ! Un mot sur l’agave est apparu en premier sur La sorcière et le médecin.

    7 min
  • Le gommier blanc et la résine Cachibou: de l’encens à portée de main

    Ce week-end, petite balade dans la forêt tropicale du centre de l’île (Martinique). Et que de belles rencontres végétales ! Notamment celle avec ce géant de la forêt hygrophile- c’est à dire qui aime l’eau, enfin elle a pas trop le choix la forêt vu qu’il pleut toutes les 5 minutes alors qu’on est en pleine saison sèche de Carême. Il produit une résine très aromatique utilisée comme encens et comme baume médicinal.

    J’ai littéralement buté sur ces énormes racines qui envahissent le chemin de randonnée. Mais c’est seulement au retour qu’une lumière s’est allumée dans mon esprit. Le fait de marcher dessus libère une odeur très particulière, un peu irritante qui fait penser aux cires d’antiquaires. C’est l’odeur de la térébenthine (qui vient des résineux comme le pin) caractéristique aussi de la résine du Gommier blanc (Dacryodes excelsa), un arbre endémique des Antilles.

    Et avec la vidéo:

    Il peut mesurer jusqu’à 35 mètres de hauteur. J’ai eu du mal à photographier ses feuilles…

    Quelle joie de prélever un peu de cette résine qui exsude toute seule des racines. Avec les ongles, un petit morceau de bois, ce qui tombe sous la main car forcément, c’est la seule fois où je pars en balade sans mon couteau ! Pfff Pas grave, pas besoin de collecter des kilos, juste de quoi en utiliser un peu comme encens. En effet, je l’avais déjà évoqué dans cet article : Qu’est-ce qui se cache derrière les encens? Des oléorésines…

    Qu’est-ce que la résine, pourquoi les arbres en produisent-ils ?

    Pour se défendre !

    Les résines sont excrétées hors des cellules végétales dans des canaux résinifères ou à l’extérieur de la plante. Elles se différencient des latex qui se maintiennent à l’intérieur des parois cellulaires (dans les canaux laticifères) et qui ne s’échappent qu’en cas de blessure. Et elles n’ont rien à voir non plus avec la sève, qui elle assure la distribution de l’eau, des sels minéraux ou des sucres.

    Les résines sont impliquées dans les mécanismes naturels de défense de l’arbre. Quand celui-ci est blessé, la résine suinte et forme une barrière protectrice qui assure la cicatrisation et protège des infections et attaques des parasites qui pourraient profiter de la blessure pour s’introduire. Certaines études récentes ont montré que la résine permet aussi une protection contre les hautes températures et la dessèchement.

    Comment récolter la résine ?

    Dans la mesure où certains arbres rejettent spontanément leur résine, il suffit de se servir. Par contre, c’est extrêmement gluant, donc utiliser un ustensile pour ne pas s’en mettre plein les doigts: le savon ne suffira pas et l’eau encore moins pour s’en débarbouiller!

    Si vous avez des besoins industriels- ce que je déplore-, il vous faudra blesser l’arbre et récupérer l’exsudat. On voit sur la photo ci-dessous des entailles réalisées à la machette.

    Sur cet arbre, on voit nettement que des entailles ont été pratiquées pour récupérer l’exsudat
    Bloc de résine de gommier blanc photographié à la foire agricole de Rivière Pilote
    La petite histoire du gommier des Antilles (Dacryodes excelsa)

    Plusieurs bois appartenant à la famille des Burséracées ont reçu le nom de Gommier car ils sécrètent lorsqu’on entaille l’écorce une gomme ou une résine. C’est la cas du Bursera simaruba appelé Gommier, Gommier rouge ou Gommier barrière, du Tetragastris balsamifera appelé Gommier ou Gommier encens ou enfin du Dacryodes excelsa appelé Gommier blanc. C’est ce dernier que j’ai rencontré.

    Il a été utilisé par les populations caraïbes pour fabriquer des canots creusés dans la masse. Ces embarcations tirent leur nom de l’arbre (gommiers) et ont aujourd’hui été détrônées par les yoles qui leur ressemblent comme deux gouttes d’eau.

    A quoi sert la résine de gommier blanc (ou résine de Cachibou)

    Le gommier était également utilisé pour sa résine dont il était fait un usage tant utilitaire que médicinal et rituel. Cette gomme était exportée en Europe dans des grandes feuilles de Cachibou, une plante qui sert à la fabrication des fameux chapeaux bakoua, d’où le nom de résine de cachibou qu’on lui a donné.

    Une utilisation médicinale

    Dans des écrits du XIX° siècle, on trouve qu’elle est préférable à la colophane, le résidu solide obtenu après distillation de la térébenthine des pins, et qu’elle est indiquée en cas de dysenterie, néphrite et qu’elle est expectorante. Souvent, on ne distingue pas l’usage des différentes résines issues des gommiers qui semblent avoir les mêmes propriétés et des compositions très proches. Cette résine serait vulnéraire, c’est à dire capable de guérir les blessures. A tel point qu’un conte circule, sur le fait que les cochons sauvages, en Amérique, frottent leurs blessures sur les arbres qui exsudent cette résine pour se soigner… Réalité ou légende? quoi qu’il en soit, la résine du gommier rouge, de la même famille (Bursera simaruba) est indiquée par Longuefosse pour soulager les courbatures et soigner les entorses.

    En Colombie, on en tirait le tabonuco pectoral, servant de baume ou d’onguent médicinal.

    Un petit morceau de résine récoltée sur une racine de gommier blanc
    Bougies, encens et rites religieux

    Cette résine blanche inflammable servait à la fabrication de bougies. Elle servait d’encens à l’église, pour les rites catholiques, et de combustible pour les flambeaux. Les fumigations rituelles de cette même gomme sont toujours utilisées dans les rituels hindous en Guadeloupe et en Martinique.

    Pour ma part, après essai dans mon magnifique encensoir en pot de fleur (pour ceux qui n’ont pas suivi, l’explication à cette bizarrerie est ici), je trouve l’odeur de cette résine fabuleuse! Elle brûle doucement et libère une odeur très agréable, qui ne pique pas le nez… adoptée!

     

     

    Étanchéifier les embarcations

    La résine du gommier blanc aurait également été utilisée pour étanchéifier les embarcations.

     

    Pour finir, un petit texte du Père Labat qui témoigne de l’utilisation du gommier au XVIII°s par les indiens Caraïbes:

    «Je visitai nos bois, et j’eus bientôt trouvé un arbre suffisant pour faire un Canot de trente-huit pieds de long, sur cinq pieds de large dans son milieu: c’étoit un Gommier.

    On appelle ainsi cet arbre, à cause qu’il jette de lui-même ou quand on lui fait une incision, une quantité considérable de gomme blanche, friable quand elle est bien seche, ordinairement de la consistance de la cire, d’une odeur aromatique, qui brûle parfaitement bien, soit qu’on l’allume seule dans une terrine, soit qu’on la mette en flambeaux avec une meche dedans. L’odeur qu’elle rend est agréable, rien ne purifie mieux l’air ou un lieu qui a été long-tems fermé, que d’y brûler de cette gomme; ce qu’elle a d’incommode, est que sa fumée est épaisse, et noircit beaucoup. Il y a de petits Habitans qui en font des chandelles….»

     

    Jean-Baptiste Labat, 1742. Nouveau Voyage aux Isles Françoises d’Amérique, Paris.

     

    Les racines sur lesquelles on bute, agressions quotidiennes des promeneurs qui sont sûrement à l’origine de la production de la résine blanche

    Autres noms:

    • Résine Cachibou
    • Tabonuco (Puerto Rico)
    • Elémi des Antilles
    • Gommart
    • Gommier blanc
    • L’article Le gommier blanc et la résine Cachibou: de l’encens à portée de main est apparu en premier sur La sorcière et le médecin.

      3 min
    • Les cécropies aux mains d’argent (Bois-canon)

      Lorsqu’il va pleuvoir, le paysage change et on voit apparaître dans les feuillages des cimes au loin, des aires argentées : les faces blanches des feuilles du bois canon. Allez savoir pourquoi, le bois-canon se donne des airs de miss météo en temps de pluie. En tout cas, c’est bien utile pour voir venir les ondées disent les habitués.

      Voici ma toute première vidéo. L’idée est de rendre les articles un peu plus vivant et de vous emmener avec moi en ballade, comme si vous y étiez. Elle est loin d’être parfaite, et surtout la prochaine fois, j’irai filmer des arbres une fois que j’ai fait quelques recherches pour l’article, parce que de mémoire, sans flore et avec la caméra braquée sur moi, j’avoue que je patauge un peu. C’est pas grave, il faut bien se lancer, je ferai mieux pour la suivante ! Et puis vous avez l’article pour compléter ci-dessous.

       

      Les Cécropies en noir et blanc : quelle élégance !

      Il pousse à une telle vitesse (2,5 mètres par an !), qu’il est le premier à tirer son épingle du jeu dans la compétition qui fait rage sous le couvert végétal pour l’accès à la lumière. Un pionnier des forêts humides qui va atteindre rapidement les 15 mètres de haut. Malgré la hauteur, on distingue facilement ses énormes feuilles couvrantes lorsqu’on lève les yeux vers le ciel… ou qu’on regarde par terre. Le sol est jonché de ces feuilles aussi impressionnantes par leur taille que par leur couleur : une face noire, une face inférieure blanche. Cette dernière doit sa couleur au fait d’être recouverte par un épais duvet blanc-argenté.

      D’ailleurs, à Cuba, ils l’appellent « langue de belle-mère »… je vous laisse deviner pourquoi ? Parce qu’une face claire, une face sombre, il y a ce qu’elle dit par devant, et ce qu’elle dit par derrière ! Et je salue au passage bien évidemment toutes les belles-mères, elles seront ravies.

      Donc il est plutôt facile à reconnaître. D’autant que des arbres au tronc lisse et segmenté comme un bambou, il n’y en a pas des tonnes. C’est d’ailleurs ce tronc particulier, creux qui lui a valu son nom de bois-canon. En effet, lors des incendies de forêt, il explose avec grand bruit. En Amérique du Sud, il est protégé par des fourmis qui s’occupent pour lui de la défense en coupant les lianes qui voudraient s’inviter ou en chassant les parasites. Il semblerait qu’il n’aie pas trouvé de copines aux Antilles. Ou alors elles le boudent. Quoi qu’il en soit, on constate que les mousses, champignons et autres végétaux qui aiment à squatter le tronc des autres ne semblent pas intéressés par le sien, qui reste nu.

      Propriétés médicinales du bois-canon (Cecropia Schreberiana)

      L’arbre est répandu dans toute la Caraïbe et l’Amérique du Sud. Mais est-ce réellement la même espèce ? Rien n’est moins sûr car il semble y avoir des confusions et cela expliquerait les différents usages médicinaux qui en sont fait selon la région. Je vais donc me concentrer sur Cecropia peltata auct (ou C. Schreberiana) qui est celle que l’on trouve en Martinique.

      Traditionnellement, on utilise la décoction des feuilles comme fébrifuge et pour les affections respiratoires. Le suc qui s’écoule du tronc était déjà utilisé par les Indiens Caraïbes pour panser les blessures, tradition qui est arrivée jusqu’à nous. Et des études ont montré que la plante est bien cicatrisante et antibactérienne, venant confirmer cet usage traditionnel sur les plaies et les hématomes.

      Longuefosse (Plantes Medicinales Caribéennes Tome 1) lui prête des propriétés médicinales intéressantes au niveau du cœur et la tension. Ces propriétés intéressantes en cas d’hypertension peuvent s’expliquer par les flavonoïdes et les triterpènes présents dans les feuilles qui présentent des propriétés cardiotoniques et sédatives.

      L’extrait méthanolique de la plante est hypoglycémiant.

      Les Cécropies célèbres grâce à Aimé Césaire

      Le bois-canon fait partie des plantes antillaises entrées à la postérité. Il a interpellé notre grand poète martiniquais, Aimé Césaire, qui compare les feuilles argentées des cécropies (autre nom du bois-canon, dérivé de son nom latin, Cecropia) aux mains des Noirs, paume claire et dos sombre. En effet, une fois tombée au sol, lorsqu’elles sèchent elles se ramassent sur elles-mêmes et prennent une forme de main immense. Voici quelques vers du poète :

      « les incroyables renversements de cécropies

      à l’heure où dans le vent et parmi les feuillages
      il y a de grands tournoiements de chamans et de hoquets »

      « les cécropies cachent leur visage

      et leurs songes dans le squelette de leurs mains phosphorescentes »

       

      Autres noms : Coulequin, Bois-trompette, Yagrumo hembra, parasolier (j’ai l’impression que ce dernier nom désigne une espèce différente, en Afrique)

      Source:

      L’article Les cécropies aux mains d’argent (Bois-canon) est apparu en premier sur La sorcière et le médecin.

      4 min
    • Des Pita Kola au péage camerounais: un goût amer pour des vertus reconnues

      Au Cameroun, on les trouve au péage, avec les vendeurs qui proposent au fenêtres des voitures, dans de petits sachets plastiques, une dizaine de noix pour 500F CFA. Elles viennent du Cameroun, mais aussi du Nigeria voisin, gros producteur.

      J’ai créé mon premier podcast! Vous pouvez l’écouter directement en cliquant sur « Play » ou le télécharger en cliquant sur le lien. Maintenant, vous allez pouvoir emporter mes petites histoires de plantes partout avec vous 🙂

       

      Consommation actuelle et usage médicinal

      On les trouve alors avec leur tégument marron, sec, qui s’effrite et qu’il faut enlever avant de croquer la noix. Celle-ci possède un goût amer (d’où son nom de « bitter kola »), difficilement appréciable à la première tentative des délicats palais étrangers. Mais le goût sucré et la sensation astringente qu’elle dégage après une mastication prolongée n’est pas désagréable.

      L’amertume est ici, comme dans de nombreux remèdes traditionnels à travers le monde (les racines de ginseng fermentés des chinois, par exemple), un gage de bénéfice pour la santé. Elle est reconnue ici pour ses effets digestifs, stimulants, et aphrodisiaque. Elle aide à lutter contre la fatigue et est par exemple consommée par les chauffeurs. C’est en quelque sorte un équivalent du café noir en fin de repas consommé ailleurs dans le monde. Pousset J.-L. note également une utilisation de la Pita kola dans le traitement de la toux, des menaces d’avortement, du diabète, des céphalées et des palpitations. Elle est également consommée en décoction pour les ictères, les anémies, la coqueluche, les angines et comme antidote de poisons.

      Description
      Garcinia kola tree
      Garcinia kola (Clusiacées)
      Bitter kola, faux kola

      A ne pas confondre avec la « vraie » noix de Kola, Cola Nitida qui elle donne les dents rouges et fait partie de la recette du fameux Coca-Cola (r)

      Arbre à feuilles persistantes, opposées, simples, elliptiques à nombreuses nervures latérales peu visibles et à pétioles légèrement épaissi et ailé à la base. Les fruits orangés sont sphériques, d’environ 8cm de diamètre. Ils contiennent 3 à 4 graines oblongues (voir photo). L’ écorce est brun foncé, lisse, marquée de lignes horizontales. Coupe jaune exsudant un latex jaune collant peu abondant.

      Ecologie

      Elle est largement répandue en Afrique Centrale mais les populations déclinent à cause de la surexploitation et Garcinia kola est classé « vulnérable » sur la liste rouge de l’UICN.

       

      Sciences
      Garcinia kola seed

      Dès 1987, des études ont montré que l’extrait alcoolique des graines possédait une action anti-hépatotoxique importante. Cette propriété est due aux biflavonoïdes contenus dans les graines (GB1, GB2, GB1a). L’extrait de graines est aujourd’hui utilisé pour traiter l’hépatite chronique.

      Sources :

      J. Vivien, J.j. Faure, 2011. Arbres des forêts denses d’Afrique Centrale, ed.Nguila Kerou

      Coll., 1997. Medicinal plants of the Limbe Botanic Garden, Mount Cameroon Project
      Pousset J.-L., 1998. Plantes médicinales africaines- Possibilités de développement
      Prota database: http://www.prota4u.org
      IUCN website: http://www.iucnredlist.org/details/34715/0

       

      L’article Des Pita Kola au péage camerounais: un goût amer pour des vertus reconnues est apparu en premier sur La sorcière et le médecin.

      6 min

    About La sorcière et le médecin

    From the publisher's feed

    Des histoires de plantes entre sciences et magie