Freddie Mercury le sait, et il le redoute, ce 24 décembre 1990 pourrait bien être son dernier réveillon de Noël. Alors il faut que ce soit le meilleur et que son filleul Richard garde un magnifique souvenir de cette dernière fête de fin d’année avec son parrain. Au printemps 1991, Freddie utilise ses dernières forces pour enregistrer de nouvelles chansons dans le studio de Queen à Montreux, en Suisse, comme si le fil de sa vie devait encore tenir le temps de ce dernier projet ; un espoir de sursis qui ne sera déçu, raison pour laquelle l’album terminé sans lui s’intitulera logiquement “fabriqué au ciel”, Made in Heaven.
De retour à Londres, Freddie entame le tournage des clips de l’album Innuendo. Jim Beach, le manager de Queen, a eu beau avertir l'équipe technique, tous sont inquiets en découvrant l’allure fantomatique du chanteur.
- S’il demande à se reposer, stoppez le tournage sans rechigner, a ordonné Jim. Mais Freddie ne demandera rien de tel, quoi qu’il lui en coûte.
S’ils savaient ce qu’il endure au quotidien, sans parler des blessures qui se font jour un peu partout sur le corps et lui imposent une quantité de médicaments pour ne pas trop souffrir. Freddie ne sort d’ailleurs plus que pour un tournage, un studio, dissimulé derrière les vitres teintées du siège arrière de sa limousine harcelée par les photographes dès qu’elle sort du garage de sa maison de Kensington. These are the days of our lives sera son dernier tournage, un titre prémonitoire. Sa dernière sortie sera en septembre 1991 dans le but d’acheter des tableaux lors d’une vente aux enchères. Poursuivi par des photographes, Freddie trébuche dans les escaliers. Quand va-t-on le laisser tranquille ?
- Foutus paparazzis !
- Si ce n’était que ça, soupire-t-il en montant dans la voiture.
Freddie décide alors d’arrêter ces traitements qui le font souffrir et de terminer en paix. Il sait que bientôt sortira le single The show must go on. Le spectacle continue, comme se résignent à dire les artistes quand un terrible malheur les frappe et qu’il faut malgré tout monter sur scène. Freddie a, ces derniers mois, réappris à vivre avec son vrai moi, Frederic Bulsara, il sait que sa disparition n’est pas une fin car Freddie Mercury, sa création, elle, continuera de vivre.