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Salut à toi 🙌🏻
J’espère que je te retrouve en pleine forme.
Je te partage aujourd’hui une situation que tu connais peut-être déjà :
Ton client arrive en session avec les yeux bouffis. Il ne dort quasiment plus depuis trois semaines et il te dit qu’il ne se reconnaît plus dans le miroir. Qu’il ne ressent plus rien…
Toi, tu veux l’aider. Et c’est normal, quelque part ça fait partie de ton ADN de professionnel de la relation d’aide. C’est quand même un peu pour ça que tu as choisi ton métier.
Mais est-ce que tu es encore dans du coaching si tu succombes à cette tentation ? Et si tu n’es plus dans du coaching, du coup, tu fais quoi exactement ?
C’est la question que personne ose vraiment se poser dans les formations. Pourtant en 2026, c’est une des plus urgentes. Parce que les clients qu’on reçoit aujourd’hui ne ressemblent pas à ceux qu’on imaginait quand on a passé notre certification.
On n’est pas très loin des sables mouvants
Le coaching a littéralement explosé ces dernières années. Les pratiques aussi : TCC, PNL, sophrologie, hypnose… Les outils que t’utilises chaque semaine ressemblent de plus en plus à ce qu’on utilise en cabinet clinique. Et les clients, eux, arrivent de plus en plus fragilisés et confus.
* Stress chronique.
* Surcharge informationnelle.
* Crise de sens post-pandémique qui n’en finit pas.
Les gens viennent en coaching dans un état que le coaching de 2010 n’avait pas vraiment anticipé. Et ça a fait en sorte que la ligne entre “j’accompagne quelqu’un vers ses objectifs” et “je soutiens quelqu’un en souffrance psychologique” s’est pas mal brouillée.
Le coaching a beau avoir une définition claire (normalement), l’humain lui, déborde toujours en dehors des catégories.
Et toi tu es là, dans cette zone grise, avec tes outils, ton envie d’aider, et personne autour pour te dire : “OK. Là, stop.” Alors aujourd’hui on parle de ça.
Ce que dit la réglementation selon où tu te trouves
Là où ça se complique, c’est que selon que tu exerces au Québec, en France, en Belgique, en Suisse ou encore dans un autre pays, le cadre légal est différent.
Par contre l’éthique, elle, est la même partout.
Au Québec par exemple, nous avons la Loi 21. C’est probablement celle qui est la plus explicite. La psychothérapie est un acte réservé, c’est un traitement psychologique pour un trouble mental, pour une souffrance ou une détresse psychologique. Médecins, psychologues, détenteurs d’un permis de psychothérapeute et personne d’autre ne peut faire cette prise en charge.
Et le coaching, lui, est défini noir sur blanc comme visant l’actualisation du potentiel “avec des personnes qui ne sont ni en détresse, ni en souffrance.” C’est une frontière légale. Dépasser cette frontière, ce n’est pas juste une question d’éthique car c’est une vraie question juridique.
En France. C’est différent. L’article 52 de la loi du 9 août 2004 réglemente l’usage du titre de psychothérapeute mais pas l’acte en lui-même. En théorie, ça veut dire qu’un coach peut utiliser des techniques qui ressemblent à de la psychothérapie sans appeler ça psychothérapie. Mais attention, le “je peux techniquement” et “c’est éthiquement acceptable” sont deux visions qui ne veulent pas dire la même chose. La responsabilité civile et pénale, elle, ne fait pas de distinction aussi fine.
En Belgique et en Suisse. Les lois sur les professions de santé mentale encadrent elles aussi qui peut prétendre pratiquer la psychologie clinique ou la psychothérapie. Les nuances varient selon les cantons, selon les régions mais le fond est identique : Accompagner quelqu’un en souffrance psychologique sans formation clinique adéquate, c’est exposer cette personne à des risques.
Alors pourquoi je te dis tout ça ?
Parce que peu importe où tu es toi dans ta pratique et ton parcours professionnelle, la question n’est pas “est-ce que la loi me l’interdit ?” mais plutôt “est-ce que cet outil, dans ce contexte, avec ce client-là, c’est encore du coaching ?”
Et c’est ici que ce point que je t’amène devient utile :
Coaching :
* Client autonome et fonctionnel
* Orienté vers le futur et les objectifs
* Développement de potentiel
* Pas de diagnostic
Psychothérapie :
* Client en souffrance ou détresse psychologique
* Orienté vers le traitement d’un trouble
* Changements cognitifs et émotionnels profonds
* Évaluation clinique réservée
Ce comparatif rapide semble simple. Il l’est, du moins jusqu’au moment où ton client te dit qu’il n’arrive plus à se lever le matin.
Les 5 signaux qui doivent t’arrêter
La compétence différenciante d’un coach en 2026, ce n’est pas son outil. C’est sa capacité à reconnaître quand il sort de son terrain.
Parce qu’un bon coach qui sort de son terrain sans s’en rendre compte, ce n’est pas un bon coach. C’est un risque pour son client.
* La fatigue qui répond plus au repos : Ton client est épuisé depuis des semaines. Il a pris des vacances. Il a dormi. Ça ne change rien. C’est l’un des critères majeurs du burnout selon la CIM-11, un état qui ne se soigne pas par du repos. Si ça s’accompagne de cynisme, de détachement, de perte d’efficacité alors là tu n’es plus en coaching. Tu peux faire de l’accompagnement de bienveillance. Mais le coaching orienté objectif n’est pas ce dont cette personne a besoin maintenant.
* Il ne se reconnaît plus : Anesthésie émotionnelle. Apathie. “Je ne ressens plus rien.” “Je suis plus moi-même.” Quand quelqu’un n’arrive plus à ressentir de plaisir pour ce qui l’animait avant c’est un indicateur fort d’un point de vue clinique. Ça requiert un regard professionnel de santé mentale. Pas une séance de coaching avec un exercice de visualisation.
* Les pensées envahissent tout : Les ruminations, l’anxiété qui déborde sur le sommeil, la concentration, les relations, les décisions. Dès que les pensées interfèrent avec le quotidien de façon persistante, on peut dire que la frontière est franchie. Tu peux naviguer avec l’anxiété situationnelle, la pression d’un lancement, d’une transition professionnelle. Mais pas avec l’anxiété pathologique qui tourne en boucle à 3h du matin depuis des mois.
* La souffrance est antérieure à l’objectif : Tu as creusé l’enjeu de coaching avec ton client. Et là tu réalises que la difficulté remonte à des événements douloureux non résolus. Un trauma non traité. Des blessures d’attachement. La source du problème n’est pas dans le présent ou dans les habitudes mais elle est enfouie, ancienne, et elle précède le projet. Tu n’es plus dans l’espace solution. Tu touches à quelque chose qui dépasse ton rôle. Et ton client, lui, a besoin de quelqu’un de formé pour aller là.
* Il ne peut plus passer à l’action : C’est le critère de base du coaching → Un client autonome, fonctionnel, capable de se mettre en mouvement entre les séances et de montrer des signes de changement après les premières rencontres. Si ce critère n’est plus là, si chaque semaine c’est “je n’ai rien pu faire”, si chaque séance repart du même endroit sans avancer c’est que tu es arrivé à un point où le coaching n’est pas le bon outil. Même si ton client le demande. Même s’il insiste. Même si tu veux vraiment l’aider.
Un nouveau code de l’ICF depuis 2025
Depuis le 1er avril 2025, le nouveau code de déontologie de l’ICF est en vigueur. Et il ne laisse plus de zone grise sur ta responsabilité. Et c’est une excellente chose, car nous enseignons ces clés à l’Institut Merlin et c’est super de voir qu’autres structures se décident enfin à mettre plus en lumière ce sujet.
Le principe directeur, ce n’est plus “éviter de nuire” mais “faire le bien de façon proactive.”
Ça veut dire quoi concrètement ?
Que reconnaître tes limites et te retirer si nécessaire. C’est maintenant une compétence inscrite dans ton code de pratique :
* Que mettre en pause un mandat de coaching, ce n’est pas un aveu d’échec mais un acte professionnel.
* Que gérer les déséquilibres de pouvoir avec un client vulnérable, ce n’est pas une option.
Un client en souffrance est un client vulnérable et cette vulnérabilité crée un déséquilibre que tu dois nommer, et non pas ignorer ou contourner.
Note aussi que la maturité éthique, ça se développe en continu par la supervision, par la formation, par l’auto-réflexion et pas seulement lors d’une certification passée il y a cinq ans en arrière.
L’article 20 de l’ICF disait déjà que tu suggères à tes clients de chercher d’autres professionnels quand c’est pertinent. Depuis 2025, cette suggestion est devenue une responsabilité structurelle de ta pratique. Merci à eux de porter ce même message qu’on rabâche à nos étudiants depuis des années.
Retiens ça : C’est une O-BLI-GA-TION !
Ta posture en 3 temps simples
Tu es ni thérapeute, ni médecin. Mais tu n’es pas un observateur passif non plus. Tu es un professionnel avec un rôle précis, des limites précises, et une responsabilité réelle envers la personne en face de toi.
Nommer ce que tu observes sans pour autant diagnostiquer : La nuance est importante car tu n’évalues pas, tu n’étiquettes pas non plus. Tu observes ce qui se passe dans la relation, et tu le nommes avec bienveillance.
“Je remarque que depuis quelques semaines, tu me parles d’une fatigue persistante qui ne semble pas se lever. Tu as pu en parler avec quelqu’un d’autre ?”
C’est tout. Tu n’es pas en train de dire “je pense que t’as un épisode dépressif.” Tu ouvres une perspective et ça, c’est pleinement dans ton rôle.
Clarifier le cadre et le contrat : La Loi 21, l’article 52, le code de l’ICF, les règles de coaching enseignées à l’Institut s’accordent sur un point → Le contrat de coaching doit refléter la réalité de la démarche. Si la démarche glisse vers quelque chose de thérapeutique sans que le cadre soit redéfini, tu exposes ton client et toi aussi.
Reformuler le contrat ou mettre le mandat en pause temporairement, c’est un acte de protection mais certainement pas d’abandon. Ton client n’a pas besoin que tu continues coûte que coûte, il a besoin que tu sois honnête sur ce que tu peux vraiment lui offrir.
Orienter avec soin, ce n’est pas quelque chose qui s’improvise. Tu prépares ça en amont.
* Au Québec : Médecin de famille, psychologue, psychothérapeute, Info-Social au 811.
* En France : Médecin généraliste, psychologue en CMP, plateforme MonParcoursPsy pour les séances remboursées.
* En Belgique et en Suisse : Médecin traitant, psychologue clinicien, centres de santé mentale selon les régions.
* Autre pays ? : Renseigne-toi dès aujourd’hui.
Ton rôle c’est de formuler la suggestion sans dramatiser. Sans faire peur à ton client ou lui mettre de la pression :
“J’aimerais qu’on réfléchisse ensemble à un soutien complémentaire à notre travail, quelqu’un qui pourrait t’accompagner sur certains aspects que je ne suis pas formé à accompagner.”
Un client peut très bien être suivi en psychothérapie et accompagné en coaching sur des objectifs distincts en parallèle. C’est d’ailleurs une pratique de plus en plus valorisée dans les deux champs. Et toi, tu maintiens la relation de coaching sur ce qui est dans ton périmètre.
Et la PNL ? L’hypnose ? La sophrologie ?
Je t’entends déjà :
“Mais Julien, moi j’utilise des outils qui touchent aux émotions profondes, aux croyances, parfois aux traumas. Est-ce que ça me met automatiquement hors du coaching ?”
Ma réponse est non.
Mais ça demande une vraie honnêteté avec toi-même.
Un praticien en hypnose ou en PNL n’est pas psychothérapeute par ses outils. Il l’est par l’intention et le contexte de l’intervention. La même technique de désensibilisation peut accompagner un client vers un objectif de performance ou traiter un trouble anxieux. Ce qui distingue les deux, c’est la présence ou l’absence de détresse psychologique chez le client au moment de l’intervention et ta manière d’aborder la chose.
Autrement dit : Si ton client est fonctionnel, qu’il vient travailler sur ses croyances limitantes pour avancer vers un objectif concret, alors tes outils sont dans le périmètre coaching. Si ton client est en souffrance active, qu’il traverse une crise, que l’intervention vise à traiter quelque chose de pathologique, là, peu importe l’outil utilisé, tu es dans un autre territoire.
Et tout ça, fait que la supervision régulière, ce n’est pas un luxe. C’est une nécessité déontologique. Surtout quand tu travailles avec des outils à fort impact émotionnel. Tu as besoin d’un espace où tu peux déposer les situations qui t’ont bousculé, les clients qui t’ont mis face à tes propres limites. Même les meilleurs coachs ont des angles morts. Moi le premier.
Ce que ça change dans ta pratique
Trois habitudes, simples à ancrer, et surtout puissantes dans le temps.
* Un point d’entrée de séance : “Comment tu te sens par rapport à notre dernière rencontre ? Tu as pu te mettre en action ?” Toi tu prêtes attention à trois indicateurs : L’état émotionnel, la capacité d’action et l’évolution. Le tout dans une seule question. Si la réponse est systématiquement “non” ou “je n’ai pas réussi”, c’est un point d’attention sérieux.
* Un protocole écrit d’orientation : Une liste de ressources dans ta région. Une formulation type que tu t’es préparée pour aborder le sujet avec ton client parce qu’improviser dans l’instant, c’est prendre le risque de maladresse. Et surtout une clause dans ton contrat initial qui anticipe ce scénario : “Si notre travail révèle des besoins qui dépassent le cadre du coaching, je t’accompagnerai à identifier le soutien le plus approprié.”
* Une supervision régulière : Pas juste pour améliorer tes compétences techniques, mais bien pour avoir un espace où tu peux être honnête sur ce qui se passe vraiment dans tes séances. Les clients qui te pèsent. Les situations qui t’ont mis mal à l’aise. Les fois où tu as continué alors que tu savais que c’était limite. C’est là que se travaille l’intégrité professionnelle. Pas dans les formations. Dans la supervision.
Ton rôle s’arrête là où commence la souffrance
Le coaching n’ignore pas la douleur humaine. Il en tient compte mais il ne la traite pas.
Ta valeur comme coach n’est pas diminuée par tes limites. Elle est définie par ta capacité à les reconnaître et à les nommer avec clarté et humanité. Un coach qui connaît ses limites et les respecte, c’est un coach en qui on peut avoir confiance. Un coach qui les ignore par envie d’aider et c’est aussi un coach qui finit par nuire malgré lui.
La frontière coaching/thérapie, ce n’est pas une ligne à ne pas franchir par peur de mal faire mais une limite à respecter par ton engagement envers tes clients.
Leur sécurité psychique passe avant la continuité du mandat, tes revenus, ton besoin d’être utile. Il n’y a pas de négociation sur ça.
Et dans un monde où la santé mentale est devenue l’enjeu numéro un. Que ce soit en entreprise comme en développement personnel, au Québec comme en Europe, cette posture éthique, c’est aussi ce qui distingue un coach professionnel d’un accompagnateur qui improvise.
Prends le temps aujourd’hui de te poser cette question :
Est-ce qu’il y a un client en ce moment dans ta pratique qui aurait besoin d’autre chose que du coaching ?
Je te laisse méditer là-dessus. Et si tu as des questions ou besoin de précision, tu laisses un commentaire ou tu me contactes en direct.
📩 Dans chaque publication du Laboratoire du Coaching, on décortique les vraies questions que les professionnels de la relation d’aide se posent mais n’osent pas toujours dire à voix haute. Clinique, éthique, technique, le tout sans filtre et avec les sources. Rejoins les abonnés et reçois la prochaine édition directement. 👇
Rappelle-toi que tu es magique et que tu as le pouvoir de réaliser tout ce que tu souhaites.
On se dit à très vite pour un prochain partage ✨
Julien alias Merlin 🧙♂️
Le laboratoire du coaching
By Le laboratoire du coachingSalut à toi 🙌🏻
J’espère que je te retrouve en pleine forme.
Je te partage aujourd’hui une situation que tu connais peut-être déjà :
Ton client arrive en session avec les yeux bouffis. Il ne dort quasiment plus depuis trois semaines et il te dit qu’il ne se reconnaît plus dans le miroir. Qu’il ne ressent plus rien…
Toi, tu veux l’aider. Et c’est normal, quelque part ça fait partie de ton ADN de professionnel de la relation d’aide. C’est quand même un peu pour ça que tu as choisi ton métier.
Mais est-ce que tu es encore dans du coaching si tu succombes à cette tentation ? Et si tu n’es plus dans du coaching, du coup, tu fais quoi exactement ?
C’est la question que personne ose vraiment se poser dans les formations. Pourtant en 2026, c’est une des plus urgentes. Parce que les clients qu’on reçoit aujourd’hui ne ressemblent pas à ceux qu’on imaginait quand on a passé notre certification.
On n’est pas très loin des sables mouvants
Le coaching a littéralement explosé ces dernières années. Les pratiques aussi : TCC, PNL, sophrologie, hypnose… Les outils que t’utilises chaque semaine ressemblent de plus en plus à ce qu’on utilise en cabinet clinique. Et les clients, eux, arrivent de plus en plus fragilisés et confus.
* Stress chronique.
* Surcharge informationnelle.
* Crise de sens post-pandémique qui n’en finit pas.
Les gens viennent en coaching dans un état que le coaching de 2010 n’avait pas vraiment anticipé. Et ça a fait en sorte que la ligne entre “j’accompagne quelqu’un vers ses objectifs” et “je soutiens quelqu’un en souffrance psychologique” s’est pas mal brouillée.
Le coaching a beau avoir une définition claire (normalement), l’humain lui, déborde toujours en dehors des catégories.
Et toi tu es là, dans cette zone grise, avec tes outils, ton envie d’aider, et personne autour pour te dire : “OK. Là, stop.” Alors aujourd’hui on parle de ça.
Ce que dit la réglementation selon où tu te trouves
Là où ça se complique, c’est que selon que tu exerces au Québec, en France, en Belgique, en Suisse ou encore dans un autre pays, le cadre légal est différent.
Par contre l’éthique, elle, est la même partout.
Au Québec par exemple, nous avons la Loi 21. C’est probablement celle qui est la plus explicite. La psychothérapie est un acte réservé, c’est un traitement psychologique pour un trouble mental, pour une souffrance ou une détresse psychologique. Médecins, psychologues, détenteurs d’un permis de psychothérapeute et personne d’autre ne peut faire cette prise en charge.
Et le coaching, lui, est défini noir sur blanc comme visant l’actualisation du potentiel “avec des personnes qui ne sont ni en détresse, ni en souffrance.” C’est une frontière légale. Dépasser cette frontière, ce n’est pas juste une question d’éthique car c’est une vraie question juridique.
En France. C’est différent. L’article 52 de la loi du 9 août 2004 réglemente l’usage du titre de psychothérapeute mais pas l’acte en lui-même. En théorie, ça veut dire qu’un coach peut utiliser des techniques qui ressemblent à de la psychothérapie sans appeler ça psychothérapie. Mais attention, le “je peux techniquement” et “c’est éthiquement acceptable” sont deux visions qui ne veulent pas dire la même chose. La responsabilité civile et pénale, elle, ne fait pas de distinction aussi fine.
En Belgique et en Suisse. Les lois sur les professions de santé mentale encadrent elles aussi qui peut prétendre pratiquer la psychologie clinique ou la psychothérapie. Les nuances varient selon les cantons, selon les régions mais le fond est identique : Accompagner quelqu’un en souffrance psychologique sans formation clinique adéquate, c’est exposer cette personne à des risques.
Alors pourquoi je te dis tout ça ?
Parce que peu importe où tu es toi dans ta pratique et ton parcours professionnelle, la question n’est pas “est-ce que la loi me l’interdit ?” mais plutôt “est-ce que cet outil, dans ce contexte, avec ce client-là, c’est encore du coaching ?”
Et c’est ici que ce point que je t’amène devient utile :
Coaching :
* Client autonome et fonctionnel
* Orienté vers le futur et les objectifs
* Développement de potentiel
* Pas de diagnostic
Psychothérapie :
* Client en souffrance ou détresse psychologique
* Orienté vers le traitement d’un trouble
* Changements cognitifs et émotionnels profonds
* Évaluation clinique réservée
Ce comparatif rapide semble simple. Il l’est, du moins jusqu’au moment où ton client te dit qu’il n’arrive plus à se lever le matin.
Les 5 signaux qui doivent t’arrêter
La compétence différenciante d’un coach en 2026, ce n’est pas son outil. C’est sa capacité à reconnaître quand il sort de son terrain.
Parce qu’un bon coach qui sort de son terrain sans s’en rendre compte, ce n’est pas un bon coach. C’est un risque pour son client.
* La fatigue qui répond plus au repos : Ton client est épuisé depuis des semaines. Il a pris des vacances. Il a dormi. Ça ne change rien. C’est l’un des critères majeurs du burnout selon la CIM-11, un état qui ne se soigne pas par du repos. Si ça s’accompagne de cynisme, de détachement, de perte d’efficacité alors là tu n’es plus en coaching. Tu peux faire de l’accompagnement de bienveillance. Mais le coaching orienté objectif n’est pas ce dont cette personne a besoin maintenant.
* Il ne se reconnaît plus : Anesthésie émotionnelle. Apathie. “Je ne ressens plus rien.” “Je suis plus moi-même.” Quand quelqu’un n’arrive plus à ressentir de plaisir pour ce qui l’animait avant c’est un indicateur fort d’un point de vue clinique. Ça requiert un regard professionnel de santé mentale. Pas une séance de coaching avec un exercice de visualisation.
* Les pensées envahissent tout : Les ruminations, l’anxiété qui déborde sur le sommeil, la concentration, les relations, les décisions. Dès que les pensées interfèrent avec le quotidien de façon persistante, on peut dire que la frontière est franchie. Tu peux naviguer avec l’anxiété situationnelle, la pression d’un lancement, d’une transition professionnelle. Mais pas avec l’anxiété pathologique qui tourne en boucle à 3h du matin depuis des mois.
* La souffrance est antérieure à l’objectif : Tu as creusé l’enjeu de coaching avec ton client. Et là tu réalises que la difficulté remonte à des événements douloureux non résolus. Un trauma non traité. Des blessures d’attachement. La source du problème n’est pas dans le présent ou dans les habitudes mais elle est enfouie, ancienne, et elle précède le projet. Tu n’es plus dans l’espace solution. Tu touches à quelque chose qui dépasse ton rôle. Et ton client, lui, a besoin de quelqu’un de formé pour aller là.
* Il ne peut plus passer à l’action : C’est le critère de base du coaching → Un client autonome, fonctionnel, capable de se mettre en mouvement entre les séances et de montrer des signes de changement après les premières rencontres. Si ce critère n’est plus là, si chaque semaine c’est “je n’ai rien pu faire”, si chaque séance repart du même endroit sans avancer c’est que tu es arrivé à un point où le coaching n’est pas le bon outil. Même si ton client le demande. Même s’il insiste. Même si tu veux vraiment l’aider.
Un nouveau code de l’ICF depuis 2025
Depuis le 1er avril 2025, le nouveau code de déontologie de l’ICF est en vigueur. Et il ne laisse plus de zone grise sur ta responsabilité. Et c’est une excellente chose, car nous enseignons ces clés à l’Institut Merlin et c’est super de voir qu’autres structures se décident enfin à mettre plus en lumière ce sujet.
Le principe directeur, ce n’est plus “éviter de nuire” mais “faire le bien de façon proactive.”
Ça veut dire quoi concrètement ?
Que reconnaître tes limites et te retirer si nécessaire. C’est maintenant une compétence inscrite dans ton code de pratique :
* Que mettre en pause un mandat de coaching, ce n’est pas un aveu d’échec mais un acte professionnel.
* Que gérer les déséquilibres de pouvoir avec un client vulnérable, ce n’est pas une option.
Un client en souffrance est un client vulnérable et cette vulnérabilité crée un déséquilibre que tu dois nommer, et non pas ignorer ou contourner.
Note aussi que la maturité éthique, ça se développe en continu par la supervision, par la formation, par l’auto-réflexion et pas seulement lors d’une certification passée il y a cinq ans en arrière.
L’article 20 de l’ICF disait déjà que tu suggères à tes clients de chercher d’autres professionnels quand c’est pertinent. Depuis 2025, cette suggestion est devenue une responsabilité structurelle de ta pratique. Merci à eux de porter ce même message qu’on rabâche à nos étudiants depuis des années.
Retiens ça : C’est une O-BLI-GA-TION !
Ta posture en 3 temps simples
Tu es ni thérapeute, ni médecin. Mais tu n’es pas un observateur passif non plus. Tu es un professionnel avec un rôle précis, des limites précises, et une responsabilité réelle envers la personne en face de toi.
Nommer ce que tu observes sans pour autant diagnostiquer : La nuance est importante car tu n’évalues pas, tu n’étiquettes pas non plus. Tu observes ce qui se passe dans la relation, et tu le nommes avec bienveillance.
“Je remarque que depuis quelques semaines, tu me parles d’une fatigue persistante qui ne semble pas se lever. Tu as pu en parler avec quelqu’un d’autre ?”
C’est tout. Tu n’es pas en train de dire “je pense que t’as un épisode dépressif.” Tu ouvres une perspective et ça, c’est pleinement dans ton rôle.
Clarifier le cadre et le contrat : La Loi 21, l’article 52, le code de l’ICF, les règles de coaching enseignées à l’Institut s’accordent sur un point → Le contrat de coaching doit refléter la réalité de la démarche. Si la démarche glisse vers quelque chose de thérapeutique sans que le cadre soit redéfini, tu exposes ton client et toi aussi.
Reformuler le contrat ou mettre le mandat en pause temporairement, c’est un acte de protection mais certainement pas d’abandon. Ton client n’a pas besoin que tu continues coûte que coûte, il a besoin que tu sois honnête sur ce que tu peux vraiment lui offrir.
Orienter avec soin, ce n’est pas quelque chose qui s’improvise. Tu prépares ça en amont.
* Au Québec : Médecin de famille, psychologue, psychothérapeute, Info-Social au 811.
* En France : Médecin généraliste, psychologue en CMP, plateforme MonParcoursPsy pour les séances remboursées.
* En Belgique et en Suisse : Médecin traitant, psychologue clinicien, centres de santé mentale selon les régions.
* Autre pays ? : Renseigne-toi dès aujourd’hui.
Ton rôle c’est de formuler la suggestion sans dramatiser. Sans faire peur à ton client ou lui mettre de la pression :
“J’aimerais qu’on réfléchisse ensemble à un soutien complémentaire à notre travail, quelqu’un qui pourrait t’accompagner sur certains aspects que je ne suis pas formé à accompagner.”
Un client peut très bien être suivi en psychothérapie et accompagné en coaching sur des objectifs distincts en parallèle. C’est d’ailleurs une pratique de plus en plus valorisée dans les deux champs. Et toi, tu maintiens la relation de coaching sur ce qui est dans ton périmètre.
Et la PNL ? L’hypnose ? La sophrologie ?
Je t’entends déjà :
“Mais Julien, moi j’utilise des outils qui touchent aux émotions profondes, aux croyances, parfois aux traumas. Est-ce que ça me met automatiquement hors du coaching ?”
Ma réponse est non.
Mais ça demande une vraie honnêteté avec toi-même.
Un praticien en hypnose ou en PNL n’est pas psychothérapeute par ses outils. Il l’est par l’intention et le contexte de l’intervention. La même technique de désensibilisation peut accompagner un client vers un objectif de performance ou traiter un trouble anxieux. Ce qui distingue les deux, c’est la présence ou l’absence de détresse psychologique chez le client au moment de l’intervention et ta manière d’aborder la chose.
Autrement dit : Si ton client est fonctionnel, qu’il vient travailler sur ses croyances limitantes pour avancer vers un objectif concret, alors tes outils sont dans le périmètre coaching. Si ton client est en souffrance active, qu’il traverse une crise, que l’intervention vise à traiter quelque chose de pathologique, là, peu importe l’outil utilisé, tu es dans un autre territoire.
Et tout ça, fait que la supervision régulière, ce n’est pas un luxe. C’est une nécessité déontologique. Surtout quand tu travailles avec des outils à fort impact émotionnel. Tu as besoin d’un espace où tu peux déposer les situations qui t’ont bousculé, les clients qui t’ont mis face à tes propres limites. Même les meilleurs coachs ont des angles morts. Moi le premier.
Ce que ça change dans ta pratique
Trois habitudes, simples à ancrer, et surtout puissantes dans le temps.
* Un point d’entrée de séance : “Comment tu te sens par rapport à notre dernière rencontre ? Tu as pu te mettre en action ?” Toi tu prêtes attention à trois indicateurs : L’état émotionnel, la capacité d’action et l’évolution. Le tout dans une seule question. Si la réponse est systématiquement “non” ou “je n’ai pas réussi”, c’est un point d’attention sérieux.
* Un protocole écrit d’orientation : Une liste de ressources dans ta région. Une formulation type que tu t’es préparée pour aborder le sujet avec ton client parce qu’improviser dans l’instant, c’est prendre le risque de maladresse. Et surtout une clause dans ton contrat initial qui anticipe ce scénario : “Si notre travail révèle des besoins qui dépassent le cadre du coaching, je t’accompagnerai à identifier le soutien le plus approprié.”
* Une supervision régulière : Pas juste pour améliorer tes compétences techniques, mais bien pour avoir un espace où tu peux être honnête sur ce qui se passe vraiment dans tes séances. Les clients qui te pèsent. Les situations qui t’ont mis mal à l’aise. Les fois où tu as continué alors que tu savais que c’était limite. C’est là que se travaille l’intégrité professionnelle. Pas dans les formations. Dans la supervision.
Ton rôle s’arrête là où commence la souffrance
Le coaching n’ignore pas la douleur humaine. Il en tient compte mais il ne la traite pas.
Ta valeur comme coach n’est pas diminuée par tes limites. Elle est définie par ta capacité à les reconnaître et à les nommer avec clarté et humanité. Un coach qui connaît ses limites et les respecte, c’est un coach en qui on peut avoir confiance. Un coach qui les ignore par envie d’aider et c’est aussi un coach qui finit par nuire malgré lui.
La frontière coaching/thérapie, ce n’est pas une ligne à ne pas franchir par peur de mal faire mais une limite à respecter par ton engagement envers tes clients.
Leur sécurité psychique passe avant la continuité du mandat, tes revenus, ton besoin d’être utile. Il n’y a pas de négociation sur ça.
Et dans un monde où la santé mentale est devenue l’enjeu numéro un. Que ce soit en entreprise comme en développement personnel, au Québec comme en Europe, cette posture éthique, c’est aussi ce qui distingue un coach professionnel d’un accompagnateur qui improvise.
Prends le temps aujourd’hui de te poser cette question :
Est-ce qu’il y a un client en ce moment dans ta pratique qui aurait besoin d’autre chose que du coaching ?
Je te laisse méditer là-dessus. Et si tu as des questions ou besoin de précision, tu laisses un commentaire ou tu me contactes en direct.
📩 Dans chaque publication du Laboratoire du Coaching, on décortique les vraies questions que les professionnels de la relation d’aide se posent mais n’osent pas toujours dire à voix haute. Clinique, éthique, technique, le tout sans filtre et avec les sources. Rejoins les abonnés et reçois la prochaine édition directement. 👇
Rappelle-toi que tu es magique et que tu as le pouvoir de réaliser tout ce que tu souhaites.
On se dit à très vite pour un prochain partage ✨
Julien alias Merlin 🧙♂️
Le laboratoire du coaching