À Montgiscard, la tradition agricole s’adapte aux contraintes sanitaires. Privée cette année de sa foire aux bovins en raison d’un contexte sanitaire défavorable, la commune a choisi de maintenir un rendez-vous autour de l’élevage en organisant une exposition consacrée aux ovins. Elle aura lieu le 8 mars entre 9h et 13h. Une manière de préserver l’esprit de la manifestation tout en mettant en lumière une filière stratégique pour la région.
« C’est normalement la neuvième édition de notre foire aux bovins, mais pour cause sanitaire de dermatose, nous n’avons pas eu la possibilité de l’organiser. Et le souhait des éleveurs n’était pas forcément de rassembler trop d’animaux », explique Laurent Forest, maire de Montgiscard. « Nous remplaçons donc la foire bovine par une exposition ovine. Ce n’est pas une foire, ni un marché, mais une valorisation de l’élevage ovin. »
L’Occitanie, première région ovine de France
Ce choix ne doit rien au hasard. La région Occitanie est la première productrice d’ovins au niveau national, portée par deux grands ensembles géographiques : le massif pyrénéen d’un côté, et le sud du Massif central, des Cévennes à la Montagne Noire, de l’autre.
« C’est aussi une projection de la région, souligne Laurent Forest. On va mettre en valeur plusieurs races locales d’Occitanie. » Cinq races de brebis seront présentées, chacune avec ses spécificités. Parmi elles, la Lacaune, déclinée en deux orientations : l’une destinée à la production laitière pour le roquefort, l’autre tournée vers la viande. D’autres races, davantage orientées vers la production carnée, seront également exposées, comme les Mérinos ou les Tarasconnaises.
Des filières mises à l’honneur
Autour des animaux, plusieurs stands permettront de découvrir les produits et les métiers liés à l’élevage ovin. Un espace sera consacré à la viande, avec la présence de labels de qualité du sud de la France. « Ce ne seront pas tous les labels d’Occitanie, mais ceux liés à la production ovine dans le sud du pays », précise le maire.
Un producteur de roquefort sera également présent pour représenter la filière laitière, aux côtés d’un stand dédié à la laine et au travail du lainage. Autre temps fort attendu : des démonstrations de chiens de berger et une démonstration de tonte, organisée à l’approche de la saison.
« L’élevage ovin en France ne demande qu’à se développer. On parle beaucoup des œufs ou du poulet, mais il y a aussi l’ovin. Aujourd’hui, la France dépend à 55 % des importations pour sa consommation d’agneau. C’est assez incroyable », observe Laurent Forest.
Qualité française face aux importations
Le maire rappelle que la production française se distingue par ses signes officiels de qualité. « Ce sont essentiellement des productions sous signe officiel de qualité. Évidemment, les prix sont un peu plus élevés que ceux de l’agneau d’importation, venu d’Irlande ou de Nouvelle-Zélande, mais les conditions de production ne sont pas les mêmes. »
La matinée se conclura par un verre de l’amitié et une dégustation d’agneau à la broche. Les cinq restaurants de la commune seront ouverts ce dimanche et proposeront chacun un menu spécifique.
Une foire ancrée dans l’histoire locale
Si la manifestation a été relancée ces dernières années, elle puise ses racines dans l’histoire agricole de Montgiscard. « On a relancé la foire bovine parce que Montgiscard était, entre 1900 et 1940, le deuxième marché aux bestiaux de Haute-Garonne. Le premier était à Saint-Gaudens, et le deuxième se tenait ici, tous les jeudis. »
À l’époque, il s’agissait principalement d’animaux de trait. « Ce n’étaient pas spécialement des animaux de viande, mais des bœufs pour le travail. Dans le Lauragais, il y avait un fort besoin de traction animale. »
Un élément patrimonial a aussi joué un rôle déterminant dans la renaissance de la foire : une vaste toile peinte en 1937 pour l’Exposition universelle de Paris par l’artiste ariégeois André Regagnon, représentant une scène de marché aux bestiaux. Acquise par la commune, elle fut exposée pendant plusieurs décennies avant d’être oubliée dans un grenier.
« Quand je suis devenu maire, en visitant les greniers des bâtiments communaux, nous avons retrouvé ce tableau. On l’a fait expertiser, restaurer avec l’aide de l’École des Beaux-Arts, puis classer au patrimoine. C’est un peu comme ça que l’histoire de la foire a redémarré. »
Agriculteur de métier, entouré d’amis éleveurs, Laurent Forest voit dans cette manifestation un moyen de faire vivre un héritage local tout en soutenant les filières d’aujourd’hui. Si les conditions sanitaires le permettent, la foire bovine pourrait faire son retour l’an prochain. « J’espère, j’espère, j’espère », conclut-il avec prudence.