Arrachés violemment à nos terres, nous n’avons plus été en mesure de parler à nos pères et à nos mères.
Emmenés de force sur un pays qui n’est pas le nôtre pour n’être plus qu’un meuble, cette situation a de quoi nous laissé sans voix.
Isolés de notre communauté, ne parlant pas la même langue pour la plupart et n’ayant pas le droit de parler, nous sommes condamnés au silence.
Et puis, même si nous avions pu parler, quoi dire à cet enfant mulâtre né du viol de sa mère par son maître ? Le doux mot « métissage » n’était pas encore à la mode à l’époque.
Alors nous avons commencé à élever nos enfants dans le silence le plus total…
Mon acte le plus difficile et le plus fort que j’ai accompli a été d’arrêter d’aller manger chez ma maman tous les dimanches.
Quelle décision difficile à prendre…
Cet acte traduisait ma décision de me construire en dehors de ses yeux, en dehors de tout ce que mes aînées avaient décidé de me léguer.
J’ai refusé de continuer d’être complice de leur silence, de leurs non-dits, de leurs dos courbés par le poids de leur vie, complice de la tristesse qu’elles portent souvent dans le fonds de leurs yeux si bien camouflée par un grand sourire pour le regard de l’autre.
Tristesse laissée par une enfance douloureuse, des histoires de familles remplies de drames, sur fond d’alcool, de violence ou d’inceste pour certaines. Tristesse nourrie par des tabous, des secrets qu’elles porteront comme un fardeau.
Leur papa leur a brisé le cœur et souvent les nôtres, nos papas, leurs maris, ont continué à piler les miettes qu’il en restait.
Dann’ Santa Barbara lamour té rosamb pa sa … lamour kom in tablo lo bann koulèr la débordé … Alors, nous étouffer de ce qu’elles croient être l’amour a été une des solutions. Elles n’existeront qu’à travers leurs garçons et leurs filles.