Marcel Bich (baron, héritier d’un titre nobiliaire) est le fondateur de Bic et l’inventeur industriel du stylo BIC Cristal. - Il rachète en octobre 1945, avec son associé Édouard Buffard, un atelier à Clichy (banlieue nord de Paris) pour environ l’équivalent de 50 000 € actuels. - L’atelier est baptisé PPA : « Porte-plume, porte-mines et accessoires ». - Avant cela, Marcel Bich travaillait pour les « Encres Stephens » dont il dirigeait la production, mais il ne souhaitait pas rester salarié. - Son objectif initial : développer un outil d’écriture très performant et bon marché, donc peu coûteux à produire et accessible à tous. - Le stylo à bille existait déjà : en 1938, le Hongrois László Biró a déposé à Paris un brevet de stylo à bille. - Le système de Biró n’était pas parfaitement au point : l’encre à séchage rapide (initialement prévue pour l’impression des journaux) ne s’écoulait pas correctement. - Bich rachète les droits de l’invention de László Biró pour pouvoir développer sa propre version. - Une légende familiale raconte qu’il aurait eu l’intuition de la bille en observant la roue d’une brouette traçant un sillon dans la boue (analogie roue/bille – boue/encre – sol/papier). - Bich se donne pour obsession de créer un stylo à bille : - jetable, - très peu cher, - très fiable et performant, - massivement industrialisable. - Il organise la production de façon très industrielle, avec des machines à la pointe de la technologie pour l’époque. - Il conçoit le stylo BIC Cristal à la forme hexagonale caractéristique (forme « alvéolaire » du corps). - Le BIC Cristal est lancé en 1950. - Philosophie de distribution : le stylo doit être disponible absolument partout. - Dans les années 1950, on le trouve principalement : - chez les libraires, - chez les papetiers, - chez les buralistes/tabacs. - Plus tard, il sera présent dans toute la grande distribution, tout en conservant une très forte présence dans les points de vente de proximité. - Bruno Bich (fils de Marcel Bich, futur président de Bic) souligne que la grande différence avec les concurrents est cette ubiquité : on trouve les produits Bic « partout ». - Le BIC Cristal finit par s’imposer dans les écoles françaises. - Il est d’abord mal vu par les instituteurs, qui le perçoivent comme l’ennemi de la belle écriture à la plume (pleins et déliés). - En 1965, une circulaire du ministère de l’Éducation nationale autorise officiellement les « crayons à bille », sous condition de qualité, ouvrant la voie à son entrée massive dans les salles de classe. - Performances du BIC Cristal : - il permettrait de tracer un trait continu de 2 à 3 km, - on évoque sa capacité à remplir jusqu’à 986 grilles de sudoku, - un test réalisé par un YouTubeur montre qu’il faut près de 40 heures d’écriture et 293 pages de cahier pour vider un seul stylo. - La phrase attribuée à Umberto Eco : - « Le Bic cristal est l’unique exemple du socialisme réalisé... car il annule tout droit à la propriété et toute distinction sociale. » - Elle souligne le caractère universel, interchangeable, et quasi anonyme du stylo : tout le monde utilise (ou peut utiliser) le même BIC, de l’élève au cadre dirigeant. - Le nom « Bic » est entré dans le langage courant pour désigner un stylo à bille, même s’il n’est pas produit par la marque Bic. - La stratégie marketing de Bich est très précoce et déterminante. - Il fait appel très tôt à Raymond Savignac, célèbre affichiste. - Savignac crée : - le personnage à tête de bille, toujours utilisé sur les emballages, - des affiches marquantes qui installent l’identité visuelle de la marque. - Bic utilise également la caravane du Tour de France avec un véhicule BIC comme support publicitaire itinérant. - Au XXIe siècle, Bic poursuit une stratégie marketing adaptée aux nouveaux médias. - Exemples : les vidéos « Les perles du bac » sur YouTube, qui parodient des oraux du baccalauréat avec des réponses absurdes. - Ces vidéos sont volontairement ambiguës (mise en scène très réaliste), ce qui favorise leur viralité sur les réseaux sociaux. - Diversification réussie : - 1973 : lancement du briquet Bic jetable. - 1974 : 290 000 briquets Bic vendus chaque jour dans le monde. - 1975 : Bic devient leader mondial du briquet jetable. - La première usine de briquets Bic se situe à Redon (Bretagne) et est encore en activité en 2015, symbole du « made in France ». - Lancement ensuite du rasoir jetable, autre succès massif. - Échec marquant : les parfums Bic (lancés en 1988). - Bic applique la même logique : produits peu coûteux, accessibles au plus grand nombre. - Vente des parfums en petit format sur les comptoirs des bureaux de tabac, comme les briquets. - Échec total : l’univers du parfum à la française est associé au luxe, aux boutiques spécialisées, à un imaginaire raffiné, incompatible avec un format « de comptoir » à bas prix. - En 1991, Bic abandonne ce marché. - Portrait de Marcel Bich : - patriarche autoritaire, meneur « à la main de fer », - très bon homme d’affaires, - passionné de voile et de compétition. - Il investit massivement dans la Coupe de l’America (America’s Cup) entre 1970 et 1980. - Il fait construire des bateaux très performants, embauche les meilleurs marins. - Malgré quatre tentatives, il n’inscrit jamais son nom au palmarès. - Ces échecs sportifs ont cependant une forte valeur publicitaire et contribuent à la notoriété de Bic, notamment aux États-Unis. - Le publicitaire Jacques Séguéla remarque que Bich a compris que cette compétition était « la meilleure publicité du monde, la moins chère ». - Bic reste une entreprise très solide financièrement. - Entrée en bourse en 1972. - En 2015, Bruno Bich évoque une trésorerie de l’ordre de 300 millions d’euros. - La marque Bic a été apposée à de nombreux autres produits : - Citroën Saxo Bic (série spéciale d’automobile), - planches à voile, planches de surf, paddle via Bic Sport, - téléphone BIC Phone (lancé en 2008 avec Alcatel) : - GSM prêt à l’emploi, vendu avec une carte SIM et un crédit d’appel, - souvent caricaturé comme un téléphone « jetable ». - 60 ans après le lancement du BIC Cristal, Bic se tourne fortement vers l’Asie, surtout la Chine, perçue comme un marché à très fort potentiel. - Bruno Bich reconnaît que faire des affaires en Chine reste difficile. - Sur la question du numérique et de la baisse potentielle de l’usage des stylos : - Bic ne semble pas inquiet à court terme ; Bruno Bich juge les ventes de stylos « assez stables ». - La marque lance néanmoins quelques produits numériques ou hybrides (bloc-notes tactile, briquet virtuel, etc.), surtout sur smartphones et tablettes. - Bic demeure une entreprise à forte culture familiale. - Marcel Bich avait confié à 8 de ses 11 enfants la mission de développer Bic à l’international. - Bruno Bich insiste sur la volonté de garder l’entreprise dans le giron familial, en assurant la transmission des actions aux générations suivantes.