Nom(s) du fauteuil - Butterfly chair / fauteuil Butterfly - BKF (initiales des trois créateurs : **Bonet – Kurchan – Ferrari-Hardoy**) - Chaise / fauteuil **Hardoy** (nom présent sur le brevet, Jorge Ferrari‑Hardoy) - **AA** (nom donné par l’éditeur français Airborne, en référence à la revue *Architecture d’Aujourd’hui*) - Parfois aussi appelé « fauteuil papillon » - Créateurs - **Antonio Bonet** (architecte catalan) - **Juan Kurchan** (architecte argentin) - **Jorge Ferrari‑Hardoy** (architecte argentin) - Tous trois ont travaillé comme assistants dans l’atelier de **Le Corbusier** à Paris avant de retourner à Buenos Aires. - Ils fondent ensemble le **Grupo Austral**, collectif reposant sur trois principes : **modernité, simplicité, détente**. - Date et lieu de création - Conçu en **1938** - À **Buenos Aires**, Argentine - Contexte et influences - Influence directe des **mouvements modernes** et de l’approche fonctionnaliste de **Le Corbusier**. - Volonté de créer un siège : simple, léger, moderne, propice à la relaxation. - Transformation d’un objet militaire/utilitaire en **icône de design**. - Référence historique / modèle d’inspiration - Inspiré de la **Tripolina Chair**, siège militaire pliant du XIXᵉ siècle : - Utilisée par les officiers britanniques. - Adoptée par l’armée italienne en Afrique du Nord (d’où son surnom « Tripolina »). - L’apport des architectes : moderniser la Tripolina en remplaçant le bois par du **tube métallique** et en simplifiant la structure. - Caractéristiques formelles et techniques - **Structure** : - Deux tiges / tubes d’acier courbés formant un châssis léger. - Assemblage pliant ou démontable selon les versions. - **Assise** : - Une seule pièce de **cuir**, de **toile**, de tissu ou de **filet** suspendue comme un **hamac**. - **Esthétique** : - Silhouette évoquant des **ailes de papillon**, très reconnaissable. - Lignes aériennes, minimalistes, structure apparente. - **Fonction** : - Confort proche d’un hamac, assise englobante. - Fauteuil léger, facile à déplacer, adapté à l’intérieur comme à l’extérieur. - **Innovation industrielle** : - Passage du bois aux **tuyaux métalliques** = meilleure résistance + facilité de production de masse. - Brevet et désignation - Un brevet est déposé à l’origine, mais - Il ne protège réellement que le nom de **Ferrari‑Hardoy**, d’où l’appellation de « chaise Hardoy ». - La protection juridique du **design** lui‑même est faible / insuffisante. - Cela ouvrira la voie à des **reproductions massives** et souvent non autorisées. - Reconnaissance critique et institutionnelle - **1940** : - Prix de la **Commission Nationale de la Culture** (Argentine). - Premier Prix de la **Commission Nationale des Beaux‑Arts**. - **1943** : - Premier prix au **Salon des Décorateurs**. - **1944** : - Entrée dans la **collection permanente du MoMA** (Museum of Modern Art, New York). - Qualifié comme « **meilleur effort du design moderne dans le domaine de la chaise** » (formulation reprise dans la littérature). - Rôle clé de **Edgar Kaufmann** (architecte / curateur associé au MoMA), qui achète des exemplaires pour la maison « Fallingwater » de **Frank Lloyd Wright**. - Le fauteuil devient ainsi un symbole du **design moderne international**. - Parcours commercial (éditeurs et droits) - **Artek‑Pascoe** (société d’ameublement finlandaise) - L’un des premiers fabricants à éditer le modèle. - **Knoll International** (États‑Unis) - Obtient les droits de production dans les **années 1940**. - Commercialise la chaise sous le nom de **« Butterfly Chair »** à partir de 1947. - Arrête la production en **1951** notamment en raison d’une **pénurie d’acier** et de la concurrence des copies. - **Airborne** (France) - Reprend les droits en **1951**. - Renomme le fauteuil **« AA »**, en hommage à la revue *Architecture d’Aujourd’hui*. - Fait du fauteuil une icône du design européen de l’après‑guerre. - Succès commercial et phénomène de masse - Estimations : **plus de 5 millions d’exemplaires** vendus dans le monde. - Années 1950 : environ **3 000 unités par semaine** produites à Los Angeles uniquement (chiffre indicatif). - Le fauteuil envahit : - Les **salons modernistes** et intérieurs d’avant‑garde. - Les intérieurs « bohèmes », créatifs, alternatifs. - Les magazines de décoration et le cinéma (culture populaire). - Problèmes de plagiat et fin de la première grande phase industrielle - Faible solidité du brevet ➜ **reproductions massives** : - Modèles vendus sous des noms variés : « Chaise africaine », « Chaise Hardoy », « Flutterby », « Butterfly chair », etc. - Imitations de qualité très variable, parfois médiocre. - Le fauteuil devient « **l’un des sièges les plus copiés au monde** ». - Face à ces copies et aux difficultés de contrôle des droits, **Knoll cesse la production en 1951**. - Pendant des décennies, la production est morcelée entre multiples fabricants, sans contrôle strict. - Dimension économique pour les créateurs - Une lettre de **Jorge Ferrari‑Hardoy** à **Edgar Kaufmann** révèle que : - Les trois créateurs n’auraient perçu qu’environ **11,37 dollars de redevances**. - Montant dérisoire comparé aux **millions d’exemplaires** vendus dans le monde. - Exemple emblématique de **dissociation entre succès commercial et rémunération des auteurs**. - Renaissance contemporaine et marques actuelles - **Années 2010** : - Relance du fauteuil en France via la reprise du fonds de commerce et des marques de **la société Airborne** par deux jeunes entrepreneures. - Objectif : **revenir au modèle original** (structure + proportions) face à la prolifération de copies déformées. - **Marque AA[nd]** (France) : - Se positionne comme continuatrice de la tradition Airborne. - Met en avant : - Fabrication **française**. - **Durabilité**, engagement éthique, artisans qualifiés. - Respect du dessin originel, tout en multipliant les finitions (cuir, toile, lin, etc.). - Matériaux et variantes contemporaines - **Structure** : - Acier plié, soudé, laqué ou traité anticorrosion. - **Housses / assises** : - **Cuir pleine fleur** (version historique et « haut de gamme »). - Toiles résistantes (coton, canvas, textiles techniques). - Lin, laine, tissus d’éditeurs, matières upcyclées (jeans recyclés, bâches publicitaires, cuir marin, etc.). - Housses souvent **amovibles** et **interchangeables**, parfois recto‑verso. - Utilisation : - Intérieur : salon, chambre, bureau, coin lecture. - Extérieur : terrasse, jardin, patios, selon les matières. - Valeur symbolique et culturelle - Icône du **design moderniste** du XXᵉ siècle. - Associé à : - La **contre‑culture**, les intérieurs créatifs, lofts arty, studios minimalistes. - Un style à la fois **décontracté** et **élégant**. - Apprécié des **collectionneurs‑chineurs** : les pièces vintage signées (Artek, Knoll, Airborne) sont recherchées. - Représente un **manifeste de liberté et de style** : - Forme ultra simple, production industrielle, confort réel. - Capacité à traverser les époques, à se réinterpréter sans perdre son identité. - Caractéristiques d’usage (décoration et confort) - **Confort** : - Assise enveloppante, position semi‑allongée, proche d’un hamac. - Dossier incurvé qui épouse le dos. - **Intégration déco** : - Se marie avec un intérieur **vintage** (bois, cuir) comme contemporain/minimaliste. - Fonctionne en pièce forte isolée (coin lecture, angle de salon) ou en paire. - **Polyvalence** : - Change fortement de caractère selon la housse (sobre/chic, colorée, bohème, luxe, outdoor, etc.). - Statut actuel - Environ **90 ans** après sa création, toujours : - **Produit** et réédité par différents éditeurs (dont AA[nd] / Airborne). - Objet de **copies** dans la grande distribution (Maisons du Monde, La Redoute Intérieurs, Lafuma, etc.). - Icône enseignée en **histoire du design** comme exemple de : - Forme simple et intelligente. - Industrialisation du mobilier moderne. - Problèmes de propriété intellectuelle dans le design.