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Philishave : quand se raser devient un art


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Ingénieur belgo-néerlandais, né en 1904 à Anvers, mort en 1982 en Suisse. - Famille réfugiée aux Pays-Bas en 1914, installé à Amsterdam. - Études de génie électrique à l’université de technologie de Delft, diplômé en 1927. - Entre chez Philips en 1929 comme ingénieur / développeur de produits. - Inventeur prolifique : 136 brevets sur ~50 ans, dans de nombreux domaines (machines agricoles, industrie pétrolière, etc.). - Professeur de design de produits et d’ingénierie de production à l’Université technique d’Eindhoven (1958–1974). - Contexte d’entreprise et origine du projet - Philips, fondée en 1891, est surtout connue pour les lampes et radios au début du XXe siècle. - Forte baisse de ventes dans les années 1930 (Grande Dépression). - La direction cherche de nouveaux produits : un dirigeant est envoyé aux États‑Unis pour repérer des idées rentables. - Il revient avec une valise de rasoirs électriques américains (Schick, Remington, etc.), à système à lame vibrante (mouvement de va‑et‑vient). - L’intérêt pour le rasoir est faible dans la direction, sauf chez Horowitz, qui voit le potentiel d’un nouveau principe technique. - Inspirations techniques - Les rasoirs américains de référence fonctionnent avec des lames à mouvement réciproque (type Schick, Remington). - Dans la “valise” d’Horowitz, se trouvent : - Un rasoir Zéphyr à système rotatif, proche du principe de la tondeuse à gazon (cylindre qui tourne). - Un autre rasoir rotatif avec tamis et deux petites lames en rotation. - Horowitz s’inspire de : - Ces systèmes rotatifs préexistants (Zéphyr, etc.). - Le principe rotatif des dynamos de vélo Philips (mentionné dans plusieurs sources). - Il transpose et réinvente ces principes pour un rasoir compact à têtes rotatives multiples. - Innovation de design et de mécanique (principe Philishave) - En collaboration avec le constructeur Lex van Dam, Horowitz conçoit un nouveau système de coupe : - Trois “coupeurs” (ciseaux) rotatifs montés sur un disque. - Ces coupeurs tournent sous une grille fine fendue (tamis perforé). - Les poils pénètrent dans la grille et sont sectionnés par rotation, et non par va‑et‑vient. - Avantages annoncés : - Rasage plus doux et plus proche. - Meilleure compatibilité avec les peaux sensibles. - Moins de vibrations et de bruit qu’avec les systèmes réciproques. - Conception de la tête décrite comme “statically determined” (géométrie permettant un assemblage précis et répétable). - Premier disque de coupe en bronze (matériau tendre, s’émousse vite) puis passage rapide à l’acier pour la durabilité. - Le premier modèle : Philishave Type 7730 (“Cigar”) - Date : premier exemplaire fabriqué le 9 mars 1939 à Eindhoven. - Forme cylindrique, surnom : “Cigar”. - Corps en bakélite brun sombre. - Tête : trois couteaux en bronze sur un disque rotatif sous une grille fendue. - Prototype testé par la direction : Frans Otten se rase une joue avec le prototype Philishave et l’autre avec un rasoir concurrent ; essai concluant → feu vert. - Six exemplaires réalisés en cinq jours pour la présentation. - Présentation publique : Foire de printemps d’Utrecht (Voorjaarsbeurs), mars 1939 (5 jours après la première fabrication). - Lancement commercial à l’automne 1939. - Évolutions techniques et formelles (avant 1960) - 1940 : - Remplacement des couteaux en bronze par un disque de coupe en acier à 3 couteaux. - 1941 : - Modèle Type 7736, dit “Philishave 6” : - Disque de coupe avec 6 couteaux en acier. - Ajout d’un anneau vertical autour de la tête de rasage : - Améliore la glisse sur la peau. - Meilleurs résultats de rasage, moins d’irritations. - 1946 : - Reprise de la production après la Seconde Guerre mondiale. - Nouveau modèle : Philishave “Staalbaard” / “Steelbeard” SC 7733 : - Tête de rasage plus grosse. - Toujours une seule tête rotative. - Succès commercial, soutenu par un marketing intensif et des démonstrations publiques. - Changement de langage formel / matériaux après-guerre : - La bakélite brune sombre devient moins attractive. - Apparition de plastiques clairs, ivoire, plus “modernes” et “hygiéniques”. - Le format “bâton / cigare” est jugé daté. - 1947–1948 : - Entrée sur le marché américain sous la marque Norelco. - Modèle “la Souris” (Netherlands) avec moteur synchrone, mais problèmes de moteur → vite remplacé. - 1948 : modèle SC 7735, surnommé “The Egg” / “L’Œuf” : - Forme ovoïde ergonomique. - Design d’industrial designer Raymond Loewy (USA) pour Philips. - Introduit mondialement : Norelco aux USA, Philips ailleurs. - 1950 : - En Europe, choix entre prise “poire” classique et nouvelle “prise dévolteuse” (ajustement tension). - 1951–1953 : - Introduction du modèle à double tête (deux têtes rotatives) : - 1951 : double-tête lancé aux États‑Unis (Norelco). - 1953 : double-tête introduit en France. - Amélioration majeure du temps de rasage → argument clé face à Schick et Remington. - Aux USA, renommé plus tard “Norelco Speedshaver”. - Prototype antérieur : double-tête 7734 conçu par Horowitz dès 1941 (non commercialisé alors). - 1952 : - Transfert de la production des rasoirs d’Eindhoven à une nouvelle usine à Drachten (Pays-Bas), pour augmenter la capacité. - 1954 : - Modification interne de la prise dévolteuse : un condensateur remplace une self (détail utile pour identifier les séries). - 1956 : - Prototype / test marketing d’un modèle à trois têtes (triple-head) en Australie et Nouvelle-Zélande. - Philips continue cependant à exploiter principalement le double-tête dans le reste du monde, considéré non encore “arrivé à maturité commerciale”. - Évolutions clés ultérieures (repères pour l’histoire de l’objet) - 1966 : - Lancement mondial du triple-tête iconique (par ex. modèle SC 8130). - Design interne Philips (Knut Yran et équipe design corporate impliqués). - Cette configuration à trois têtes deviendra la “signature” visuelle de Philips. - 1977 : - Les trois têtes sont enregistrées comme marque (trade dress) → icône graphique de Philips. - 1980 : - Innovation “Lift & Cut” par l’ingénieur Eduard W. Tietjens : - Petits “lifters” qui tirent très légèrement le poil avant la coupe. - Rasage annoncé plus de près sans irriter. - Modèle “Rota 80” avec fonction Double Action. - 2004 : - Modèle “Cool Skin” : rasage avec diffusion de lotion Nivea pour apaiser la peau (intégration soin + rasage). - 2006 : - Abandon officiel de la marque “Philishave” au profit de “Philips” (et “Philips Norelco” aux États‑Unis). - 2019 : - Édition “Heritage” pour les 80 ans du rasoir Philips : - Reprise du langage formel rétro (triple-tête iconique, couleurs héritage). - Intérieur modernisé (tech actuelle). - Positionné comme hommage à l’innovation historique de Horowitz (commentaires de Georgia Dass, marketing Philips UK). - Industrialisation et stratégie de production - Brevet du principe de rasage rotatif Horowitz : - Dépôt vers 1939, accordé en 1944 (guerre oblige). - Verrouille le principe de la tête rotative Philips face aux concurrents réciproques. - Production initiale limitée : - 12 000 unités produites en 1940 seulement. - Occupation de l’usine d’Eindhoven par l’armée allemande en 1940 → fortes contraintes. - Après-guerre : - Intensification rapide de la production. - Mise en place d’un réseau dense de concessionnaires formés spécifiquement à la vente de rasoirs électriques. - Démos de rasage dans tout le pays pour évangéliser ce nouveau type de produit. - Drachten devient, dès 1952, le grand centre mondial de production de rasoirs Philips. - Plus tard, un second centre de production est ouvert à Zhuhai (Chine). - Marketing, diffusion et succès commercial - Slogans publicitaires précoces (1939–1940) : - “Fini le savon, les couteaux et les pinceaux !” - Positionnement : modernité, propreté, rapidité, abandon du rasoir à lame. - Croissance forte après-guerre : - Modèle Steelbeard puis modèles “Œuf” et double-tête. - Double-tête (à partir de 1951) = point d’inflexion majeur dans les ventes globales. - Dans certains pays (France, 1954), jusqu’à 75 % des rasoirs électriques vendus sont des Philishave. - États‑Unis : - Nom “Philishave” inutilisable pour raisons de marque → adoption de “Norelco”. - Norelco devance progressivement Schick et Remington en part de marché. - Marque “Philishave” utilisée de 1939 à 2006, puis remplacée par “Philips” (co‑branding “Philips Norelco” aux USA en cours de transition). - Aspect “design de produit” / identité formelle - Passage du “cigare” bakélite sombre à des formes et couleurs plus conviviales : - L’Œuf (Loewy) : forme biomorphique, tenue en main plus naturelle. - Double-tête et triple-tête : langage formel centré sur la surface de contact (têtes circulaires) plus que sur le manche. - Triple-tête : - Devient un signe de reconnaissance immédiat de la marque (enregistré comme marque en 1977). - Symbole graphique récurrent dans la communication Philips. - Collaborations de design : - Raymond Loewy pour le modèle œuf (1948). - Knut Yran et autres designers pour la mise en place d’un style corporate Philips dans les années 1950–60. - Aujourd’hui, le design rotatif (têtes circulaires multiples) reste l’élément identitaire le plus fort du rasoir Philips. - L’objet aujourd’hui (héritage et collection) - Philishave comme cas d’école en design industriel : - Innovation de principe (coupe rotative). - Évolution formelle continue (cigare → œuf → double-tête → triple-tête). - Fort ancrage dans l’imaginaire de la toilette masculine moderne. - Arrêt de la marque “Philishave” en 2006, mais : - Rappel “heritage” via modèles spéciaux (S3552, S3561…) à l’occasion des 80 ans. - Ces modèles reprennent la triple-tête et un look rétro, avec technologies contemporaines (batteries, têtes Lift & Cut, wet & dry, etc.). - Le principe rotatif inventé par Horowitz demeure la base de tous les rasoirs électriques Philips actuels.
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CulteBy Journal de la maison