En mars 1993, le magazine Wired choisit un intellectuel canadien mort douze ans plus tôt comme saint patron de la révolution numérique. Marshall McLuhan n'avait jamais vu un ordinateur personnel, et pourtant il avait tout décrit : le village global, l'abolition des distances, la reconfiguration du cerveau humain par les médias. Il avait juste trente ans d'avance.
Sa formule — "le message, c'est le médium" — est l'une des phrases les plus citées et les moins comprises du XXe siècle. Elle ne dit pas que le contenu est sans importance. Elle dit quelque chose de bien plus radical : c'est la forme du médium qui nous façonne, pas ce qu'on y diffuse. La télévision ne vous abêtit pas par ses programmes, mais par la structure même de la télévision. Et Internet ne change pas les esprits parce qu'on y lit des sottises — il les change parce qu'il est ce qu'il est.
Cet épisode remonte aux sources : qui était McLuhan, pourquoi personne ne l'a pris au sérieux de son vivant, et pourquoi il nous donne aujourd'hui la grille la plus efficace pour comprendre ce que les plateformes, les LLM et les interfaces conversationnelles sont en train de faire à nos façons de penser. Troisième épisode d'une série commencée avec La Boétie et Tocqueville : les gens qui ont vu juste trop tôt.
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