Le 30 septembre 1913 au matin, la cabine de Rudolf Diesel est vide : le lit n'a pas servi, la chemise de nuit est étendue dessus, et son chapeau et son pardessus sont posés sous la rambarde du pont arrière. Onze jours plus tard, un bateau-pilote néerlandais repêche un corps au banc des Phoques, dépouillé de ses effets puis rendu à la mer — l'inventeur du moteur qui porte son nom n'aura ni autopsie ni tombe, et quatre objets suffiront à l'identifier. Suicide, accident, assassinat par les Allemands ou par les trusts pétroliers : un siècle de récits est venu occuper la place que les preuves ont laissée vide, sans qu'un seul document ne tranche. Reste l'ironie de ses propres chiffres, soixante-treize pour cent de rendement promis en 1893, vingt-six virgule deux mesurés par Schröter, et un siècle d'attente avant que les plus gros moteurs marins ne franchissent les cinquante pour cent.
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