durée : 00:04:25 - Dans une langue magnifique, Mariette raconte la passion de Madame pour son amant, au détriment du mari et subalterne, avec un sens aigu de l’observation. Elle devine et pressent, apporte sa propre sensibilité. Belle du Seigneur, côté domestique, est à la fois touchant, **drôle et très fin.**
Anne Danais entretient une relation passionnée avec Belle du Seigneur depuis une vingtaine d’années : ce coup de foudre pour l’oeuvre entière provoqua une quasi paralysie, une incapacité à lire autre chose pendant des mois. « **C’est une histoire d’amour douce et qui dure**. Mariette m’a séduite dès la première phrase. J’ai une affection et un intérêt tout particuliers pour les domestiques que j’ai côtoyé(e)s en incarnant Célestine du Journal d’une femme de chambre, Mademoiselle Julie, en dirigeant Les bonnes, en lisant Swift… Mais Mariette, c’est la cerise sur le gâteau. »
Sortis du livre, intacts, ses passages ont pris vie avec l’accent des Deux\-Sèvres de ses grands\-parents. Anne a pris possession de Mariette, et inversement. Jusqu’à monter sur scène et conquérir le public avec ce texte drôle et essentiel, écrit pour être dit. De sa place de bonne qui voit et qui sait tout, Mariette cultive une relation affective avec celle qui va devenir Belle du Seigneur, Ariane, qu’elle a connue bébé et dont elle a remplacé la mère. Tout à son service, elle observe et analyse, à la fois profonde et drôle, sur un ton imagé et cocasse. Ses réflexions quotidiennes nourrissent ses pensées philosophiques et populaires, pour parler juste. Abordé par ce prisme amical et domestique, on ne ressent que mieux le romantisme fracassé par ce grand classique \- **non pas roman d’amour, mais livre de l’amour, comme le disait son auteur** \- et le malheur d’aimer.
**L’adéquation entre le texte et la comédienne est telle que le personnage de Mariette touche d’emblée le public**. La mise en scène d’Anne Quesemand s’applique, plutôt que de lui faire tourner des pages, à lui faire tenir un chiffon, briller l’argenterie, préparer un café, recoudre un ourlet. Au fil de l’évolution des tâches, on voit vieillir Mariette, seule à “théoriser” le monologue intérieur cher à Albert Cohen qui publia ce « pavé » à contre\-courant, en 1968.
**Mariette ressasse et soliloque, chante et boit beaucoup de café, lit un roman d’amour, livre ses réflexions sur la politique, la guerre, la société… Mais la grande affaire de sa vie reste les amours d’Ariane**. Se faire la Belle (du Seigneur) avec la bonne de la maison, **servie par l’exquise performance d’Anne Danais**, est un délicieux privilège.
Les soliloques de Mariette à [l'Odyssée de Périgueux](http://www.odyssee-perigueux.fr/) mercredi 8 et jeudi 9 mars.