Après des années passées dans l'ombre de chanteurs et de rappeurs, le batteur Veeko s’émancipe et dévoile son premier album solo, House of birds. Un disque centré sur la batterie peut intriguer, mais c’est précisément ce que recherche l’artiste.
Ce musicien français d'origine congolaise entend placer son instrument au cœur du discours musical : non plus simple accompagnateur de mélodies, mais véritable voix et leader à part entière, capable de porter seul l’expression artistique.
« J'essaye de servir la musique du mieux possible. Comme je le dis souvent, je joue avec mes émotions. J'essaye en tout cas de parler avec ma batterie : il y a un tapis de musique, et c'est la batterie qui s’exprime. On a souvent l'habitude qu’elle soit un soutien rythmique, le groove. Dans mon album, il y a aussi du groove, mais j'ai voulu travailler différemment : avec des couches de batterie, pas une seule ; avec de l’électronique et de l’acoustique. J’ai essayé de mélanger toutes mes influences et la musique actuelle, dans la façon de délivrer mon message avec une batterie » explique-t-il.
Ses influences, Veeko les puise aussi bien dans le hip hop et le jazz que dans les musiques africaines. Notamment dans le seben, cette section instrumentale aux rythmes dansants qui conclut souvent les morceaux de rumba congolaise et en constitue la partie la plus festive.
Porcaro, Questlove et les pulsations du club
À ses débuts, Veeko baignait surtout dans la pop, le rock et le hip hop. Mais à 15 ans, son entrée dans une école de musique l’ouvre au jazz et transforme son rapport à l’instrument. Il découvre une autre manière de toucher sa batterie, de la « caresser » même, loin du cliché d’un instrument brutal sur lequel on ne fait que taper.
Il s'inspire de Jeff Porcaro, batteur du groupe californien Toto aussi présent sur l'album Thriller de Michael Jackson, et de Questlove, batteur de D'Angelo. Le premier lui apprend à se placer dans la musique sans jamais trop en faire, et il prend chez le second un certain sens du groove, une manière de se placer devant ou derrière le rythme. Aujourd'hui, il s'est aussi rapproché des musiques électroniques, notamment de sonorités tribales entendues en club, très percussives et dansantes, qui collent bien à son instrument.
« J'avais envie d'emmener mon auditeur en voyage. Les sonorités tribales, un peu brutes, pour moi, c'est un voyage en Afrique. C'est même un voyage dans le temps, à une époque où la musique percussive était la star. Dans la musique tribale, il y a quelque chose de l'ordre de l'organique, du corps, une émotion qu'on n'a pas l'habitude de vivre. Se focaliser sur un rythme, un tempo, laisser une boucle rythmique se répéter pendant plusieurs minutes, ça vous emmène dans une transe différente. Et j'avais envie d'emmener mon auditeur là-dedans. » raconte-t-il.
La scène française émergente
S’il a déjà collaboré avec Georgio, Aloïse Sauvage ou encore Pharrell Williams, sur ce disque, Veeko s’est entouré d’amis : le saxophoniste Ferdi, le pianiste Sofiane Pamart, mais aussi le chanteur Lossapardo… Autant de jeunes artistes de la nouvelle scène française, qui repoussent les limites de leurs instruments et de leurs voix.
Ensemble, ils dessinent un voyage hybride, entre jazz et électro, des racines tribales jusqu'aux horizons futuristes.
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