Le nouvel album de la musicienne et chanteuse Léonie Pernet s'intitule Poèmes pulvérisés, référence à un recueil de poèmes du résistant français René Char. Elle navigue entre poésie et politique dans cet opus profondément influencé par le Niger et sa récente rencontre avec sa famille paternelle.
René Char écrivait : « J'ai pris ma tête comme on saisit une motte de sel, et je l'ai littéralement pulvérisée ». Cette phrase bouleverse Léonie Pernet qui voit en ce geste radical d'écriture une source d'inspiration profonde. À son tour, la musicienne pulvérise formes, identités et langues, pour faire voler en éclats toutes les frontières. Pour elle, nos identités sont fragmentées, mais partagent également des points communs. Reste à s'interroger : que faire de ces fragments épars pour se construire et faire société ?
« L’idée de Poèmes pulvérisés était de penser la question du fragment » explique la musicienne. « À l’intérieur même des morceaux, et dans leur essence. Il s’agit aussi de pulvérisations intimes. Dans l’album, certains titres sont des fragments d'expériences passées : un morceau écrit pour une pièce de théâtre, un autre pour la série H24, autant de morceaux qui racontent les trois dernières années qui se sont écoulées ».
Le résultat est un album de onze titres riches et variés, mêlant musique électronique et de pop française. Léonie Pernet y fusionne instruments classiques, percussions traditionnelles africaines, influences arabes, avec une orchestration hypnotique où dominent les synthétiseurs, violons et percussions.
Un album-monde, entre la France et le Niger
Poèmes pulvérisés est le récit d'une quête intime, marquée notamment par un voyage au Niger il y a trois ans, lors duquel Léonie Pernet a rencontré sa famille paternelle. Cette rencontre avec celles et ceux qui la précèdent, véritable séisme personnel, inscrit désormais son œuvre à la croisée des continents : entre la Marne de son enfance et les déserts du Niger, pays omniprésent dans l'album. Dans le titre « Nymphéas » elle intègre des extraits des voix de sa tante et de sa grand-mère nigériennes. L'hymne entêtant « Touareg » célèbre la joie d'avoir retrouvé ses racines, son attachement profond aux couleurs et aux sons du Niger.
Cet album, écrit avec un pied au Niger, s'inscrit aussi dans une démarche politique. Léonie Pernet y évoque l'accueil des migrants et la justice sociale. Fidèle à son engagement, elle appelle inlassablement à la paix et à un sursaut collectif dans un monde en crise, comme elle le faisait déjà dans son précédent opus, Le Cirque de consolation.
L'art au service de la réparation
Regard tourné vers l'avenir, la musicienne ne perd pas foi en l'humain et se place du côté de l'espérance, notamment dans le titre « Réparer le monde ». Elle raconte : « J'ai composé ce morceau alors que les images de Gaza défilaient sans cesse sur nos téléphones. Il y avait énormément d’agitation sur les réseaux sociaux. Tout le monde se déchirait, et moi, je ne disais rien. J’étais sidérée, étouffée, prise à la gorge. Quand je sens trop d’injonctions, j’ai besoin de faire un pas de côté, de savoir ce que je ressens, ce que je pense, bref, de réfléchir. Ce morceau a été composé dans cette grande tristesse, et en même temps, c'était un élan de consolation, un élan vital. »
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Poèmes pulvérisés est une ode à nos identités plurielles et fragmentées, une invitation à la réconciliation collective et à la réparation du monde où la poésie s'affirme comme une force politique. Le récit d'une quête intime qui, paradoxalement, touche chacun d'entre nous.