Au Pays-Bas, le parti populiste de Geert Wilders pourrait arriver deuxième, voire en tête, des élections législatives de mercredi 15 mars. La percée de l'extrême droite anti-immigrée et anti-européenne peut surprendre chez ce bon élève de la zone euro.
Le parti libéral au pouvoir a plutôt un excellent bilan économique : la croissance a dépassé les 2% l'an dernier et ça va continuer au même rythme cette année. Les Pays-Bas sont donc bien au-dessus de la moyenne européenne. Le déficit public a été éliminé en 2016 et la dette ramenée juste en dessous du seuil des 60% fixé par le traité de Maastricht.
Enfin le chômage au plus bas, de l'ordre de 5%, alors qu'il avait augmenté avec la crise de 2008. Ce tableau économique est très flatteur, mais il ne nous renseigne absolument pas sur le mécontentement bien réel d'une partie de la population tentée aujourd'hui par le vote en faveur de Geert Wilders et de son Parti des libertés.
Comment les Pays-Bas ont-ils renoué avec la croissance ?
La Hollande est une grande nation commerçante. Sa balance commerciale est d'ailleurs largement positive. Le port de Rotterdam a été longtemps numéro un mondial. Il demeure le premier en Europe, celui par où transitent les marchandises livrées à des centaines de millions d'Européens. Et c'est donc en partie le rebond du commerce international qui a tiré la croissance.
Et puis les Néerlandais, en libéraux décomplexés qu'ils sont, se sont adaptés pour rester compétitifs. En robotisant au maximum par exemple. Dans le port, il y a de plus en plus de travail pour les jeunes assez éduqués pour téléguider les grues depuis un bureau, mais de moins en moins pour les manutentionnaires. Ceux-là vivent assez mal cette révolution technologique.
Le marché de l'emploi est devenu plus flexible
Ce n’est pas très rassurant pour les salariés. Un emploi sur trois est précaire, c'est un sur six en France. Le travail à temps partiel a explosé. Il concerne un actif sur quatre, deux fois plus que la moyenne de l'OCDE. Un effet collatéral de cette précarisation, c'est l'appauvrissement des ménages.
Depuis 2008, le nombre de personnes susceptibles de tomber dans la grande pauvreté a beaucoup plus augmenté aux Pays-Bas qu'en France, un pays pourtant quatre fois plus peuplé. Le discours violemment anti-immigré de Geert Wilders parle aux électeurs en difficulté économique, qui ont le sentiment d'avoir été abandonné.
Pour séduire cet électorat, Geert Wilders prône le retour des frontières nationales et la sortie de l'Union européenne, une hypothèse crédible ?
Comme la plupart des citoyens européens, les Néerlandais sont fatigués de la bureaucratie européenne, mais la tentation du Nexit, le « Nederland Exit », ne fait pas recette d'après les derniers sondages. On voit au contraire que les Néerlandais sont très attachés à l'euro, l'un des symboles les plus concrets de l'intégration européenne. Cette éventualité paraît donc assez improbable.
D'ailleurs les marchés qui redoutent le vote en faveur du Front national en France sont pour le moment complètement indifférents au sort des Pays-Bas. Sans doute parce que même s'il arrive en tête, le parti de la liberté de Geert Wilders n'aura pas de majorité pour gouverner.