Les chiffres du Produit Intérieur Brut sont-ils fiables ? La question se pose aussi bien pour la Chine que pour le Japon.
Contester la validité du PIB chinois est devenu un automatisme parmi les experts chargés de scruter cette économie. C'est pourquoi, une fois encore, ils émettent des réserves sur les 6,7% de croissance annoncés cette semaine à Pékin pour le troisième trimestre.
Le chiffre a sans doute été gonflé par les autorités. Car dans l'empire du Milieu, on a la religion du chiffre., la principale mission du parti communiste chinois étant de réaliser les objectifs de croissance adoptés en comité central. Ce maquillage sert le récit national. Jusqu'en 2002, pendant les années de surchauffe, le pouvoir chinois a eu tendance à sous-estimer la croissance et l'inflation. Depuis, c'est plutôt l'inverse qui prévaut à Pékin.
Au Japon, c'est le gouvernement qui doute maintenant de ses propres statistiques.
C’est beaucoup plus inquiétant parce que ce n’est pas délibéré. Le gouvernement a réalisé cet automne qu’il a basé sa politique récente sur des données peut-être erronées. Il a donc décidé de revoir complètement ses méthodes de calcul après la publication, en septembre, d'une étude très sérieuse de la banque centrale. Etude contredisant complètement les statistiques officielles pour la période 2014-2015.
On pensait que l'archipel était alors tombé en récession, à cause de la forte hausse de la TVA, l’une des mesures phares des Abenomics. Or, en s'appuyant sur les données fiscales de la TVA réellement perçue, deux économistes de la banque du Japon concluent que leur pays a connu en fait une croissance robuste de +2,4%. Si l'étude dit vrai, c'est fâcheux parce que la récession déclarée a conduit les entreprises à revoir à la baisse leurs investissements tout comme les éventuelles hausses de salaire.
Comment expliquer un tel écart ?
Les estimations officielles sont basées entre autres sur des enquêtes effectuées auprès d'un panel de 9 000 ménages. Mais l'échantillon n'est visiblement pas suffisamment renouvelé. Faute de candidats, les enquêteurs doivent se contenter des réponses des volontaires, des personnes âgées ou des femmes au foyer, des consommateurs prudents qui ont tendance à limiter leurs dépenses.
Deuxième biais : ces sondages font l'impasse sur le commerce en ligne. Par ailleurs, l'administration nippone chargée des statistiques a perdu 20% de ses effectifs ces dix dernières années, cela explique aussi les faiblesses de l'appareil statistique.
Le Produit Intérieur Brut demeure un outil pertinent ?
Les gouvernants ont absolument besoin de connaitre le niveau de richesse d'un pays pour scruter l'évolution de l'économie et ils font des efforts permanents pour adapter l'outil. En Europe, par exemple, le PIB intègre maintenant les revenus de la drogue, de la prostitution, du commerce des armes, mais son évolution ne rend toujours pas compte du numérique.
Le PIB peut très bien reculer alors que la vie des gens s'améliore grâce à de nouveaux services fournis sur internet, a conclu un chercheur sollicité sur la question par le gouvernement britannique. Les composantes du PIB définies par les Nations unies ne reflètent plus l'économie du 21ème siècle. Enfin, même si le PIB est de plus en plus contesté, il continue à être pris pour argent comptant par les investisseurs. Hier, les marchés n'ont absolument pas tenu compte des réserves des analystes sur la crédibilité des données chinoises et ils ont grimpé après l'annonce des bons chiffres chinois du troisième trimestre.