Robert Antony, Jessica Brandler-Weinreb et Xavier Ridon (photo Baptiste Giraud)
Durant le confinement, Idriss a construit une "Ville Covid" sous son lit. Elle est faite en Playmobil dont les personnages sont masqués. Comme durant cette période, les femmes y sont particulièrement mis à l'épreuve par le nombre de travaux qu'elles ont à faire. L'hôpital Playmobil se retrouvait "très saturé" raconte sa grande-sœur Maty. Et puis, il y avait le président Playmobil qui, installé sur un meuble en hauteur, "surveille tout ce qui se passe". Ce récit de vie chez des enfants de 7 et 10 ans montre comment le Covid et le confinement ont transformé nos imaginaires et nos perceptions intimes. Ils sont aussi la preuve d'une politisation forte de nos existences.
Le projet de recherche participative en sociologie (SCIVIQ) permet d'apporter des éléments de réponse sur les bouleversements connus dans l'intime des habitant.es et travailleur.es des quartiers populaires. Les chercheuses Jessica Brandler-Weinreb et Anne-Laure Legendre ont croisé les regards, vécus et analyses d'habitants et de fonctionnaires de quartiers populaires de Lormont en Gironde et de La Rochelle en Charente-Maritime. L'ouvrage "Quartiers Confinés, vécus, ressources, territoires" (Editions Le Bord de L'Eau) s'ouvre sur deux parties : une étude classique et une étude par la photographie, réalisée avec Joël Peyrou, qui tente de donner une image de ces nouvelles frontières, de ces objets devenus essentiels, ces croyances qui ont permis de tenir, ces liens sociaux qui se sont noués ou dénoués.
Comme le dit la maitresse de conférence Alice Mazeaud dans la postface de l'ouvrage : "Faire avec les habitants et les habitantes des quartiers populaires a été l'une des promesses déçues de la politique de la ville... Mais c'est l'un des paris réussis du projet SCIVIQ, et du travail de Jessica Brandler-Weinreb et Anne-Laure Legendre". Dans cette étude, les hommes et femmes ne sont "ni la masse délinquants refusant d'appliquer les règles du confinement, ni la foule de héros du quotidien [mais] juste, comme partout, des individus qui se sont arrangés avec les règles et ont construit des micro-solidarités de voisinage pour maintenir malgré tout un semblant de vie normale" ajoute Alice Mazeaud.
Dans cette émission, on revient sur cette étude et notamment le volet important de témoignages directs (trop rarement documentés et médiatisés) mais aussi le travail photographique. On s'interrogera aussi sur le monde d'après qui n'a pas eu lieu. Robert, 83 ans, conclue ainsi notre émission : "un certain nombre ont changé, notamment dans les relations. Il y a eut une évolution. Ce qui me préoccupe c'est que sur le terrain, l'évolution a été plus vite que chez les responsables de notre pays. Petit à petit, le glissement de cette inquiétude par rapport aux covid vers la nature et l'environnement. Et j'ai aujourd'hui, le sentiment que sur le terrain nous avons pris de l'avance et que ça ne suit pas bien derrière."
Invités :
- Jessica Brandler-Weinreb, chercheuse associée au Centre Emile Durkheim/Sciences po Bordeaux
- Robert Antony, habitant d'un HLM de Lormont, 83 ans
- Annie Antony, habitante d'un HLM de Lormont, 74 ans
- Odile Lambert, fonctionnaire en charge de la Politique de la Ville du quartier Génicard de Lormont durant la crise covid et désormais au CCAS
Réalisation : Baptiste Giraud
Continuez l'écoute avec - sur le même thème - l'émission Cap Médias, réalisée par Cendrine Brouard à O2 Radio