Celles qui portent l'Afrique

“Le système étouffe la voix des femmes”


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« Celles qui portent l’Afrique » est un podcast de la Fondation de l’innovation pour la démocratie qui donne à entendre des récits de vie de féministes africaines. Au micro : Achille Mbembe et Sarah Marniesse, avec l’appui de Martin Serralta. Musique de Blick Bassy.


Résilience, engagement et égalité — Marie-Micheline Enam Assam


Marie-Micheline Enam Assam est enseignante à l’université au Cameroun, maman de trois garçons. Sportive accomplie, ceinture noire, triple championne d’Afrique, elle incarne une discipline et une force qui ne sont pas que physiques.


Son engagement ne naît pas d’un slogan, mais d’une épreuve intime. Mariée très jeune alors qu’elle était encore étudiante, elle traverse un mariage difficile. Là où beaucoup s’effondrent, elle puise une énergie inattendue. C’est dans cette période qu’elle rédige sa thèse, soutient son doctorat et consolide sa carrière. Elle parle d’une bravoure née de l’épreuve, d’une capacité à transformer les combats intérieurs en moteur d’élévation.


Elle évoque aussi le silence de sa génération. Les violences psychologiques ou physiques étaient souvent tues, minimisées, intériorisées. On culpabilisait. On espérait que “ça irait mieux”. Aujourd’hui, elle observe que la parole se libère davantage chez les jeunes, que les sujets autrefois tabous peuvent être nommés. Et elle insiste sur un message clair aux jeunes filles : la violence n’est pas un accident qui disparaîtra par magie.


Son indignation ne s’arrête pas à la sphère privée. Un moment la marque particulièrement. Invitée au Parlement pour la Journée de la démocratie, elle découvre une assemblée presque exclusivement masculine. Ce choc l’amène à interroger les disparités dans la représentation politique et à en faire un objet de réflexion académique. Elle a vu, à travers sa propre mère engagée en politique, comment des femmes compétentes sont mises à l’écart ou marginalisées dans des espaces dominés par les hommes.


Pour elle, la question n’est pas seulement le nombre de femmes dans les institutions, mais leur capacité réelle d’agir sans être instrumentalisées. Une présence symbolique ne suffit pas. Si les femmes sont libres d’exercer leurs compétences, leur impact peut être déterminant, notamment dans les domaines de gestion et de gouvernance.


Son engagement passe par la formation. Elle croit profondément que le changement durable commence par l’éducation. À l’université, elle déconstruit avec ses étudiants les stéréotypes et les normes construites. Elle encourage les jeunes filles à se projeter dans le leadership et les jeunes garçons à repenser leurs privilèges. Elle insiste sur l’importance d’une culture politique inclusive, où chacun et chacune comprend ses droits et ses responsabilités.


Elle agit aussi concrètement. Chaque année, elle fête son anniversaire dans un orphelinat. Elle partage le repas, organise une célébration, offre un moment de joie. Pour elle, la solidarité n’est pas un discours, c’est un geste répété.


Son rêve est clair. Une société véritablement égalitaire, sans discriminations, où les femmes ne sont ni tolérées ni instrumentalisées, mais reconnues à hauteur de leurs compétences. Une société où les clivages s’effacent et où l’équité devient une réalité.


Elle cite enfin une figure qui l’inspire profondément, sa directrice de thèse, le professeur Nadine Machikou, une femme qu’elle décrit comme “la force tranquille”. Une présence calme, percutante, bienveillante. Un modèle d’autorité sereine.

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Celles qui portent l'AfriqueBy Fondation de l'innovation pour la démocratie