« Celles qui portent l’Afrique » est un podcast de la Fondation de l’innovation pour la démocratie qui donne à entendre des récits de vie de féministes africaines. Au micro : Achille Mbembe et Sarah Marniesse, avec l’appui de Martin Serralta. Musique de Blick Bassy.
Tenir debout, pour soi et pour les autres — Annick Adopo Akoffi
Annick Adopo Akoffi est maître assistant en droit public à l’université Félix Houphouët-Boigny. Elle est mère de trois enfants, deux garçons et une fille. Elle aime lire. Beaucoup. Les bouquineries sont pour elle des refuges. Le droit, bien sûr, mais aussi les romans, les bandes dessinées. La lecture comme respiration. Comme exutoire.
Sa vie est marquée par trois moments fondateurs.
Le premier, c’est la naissance de son fils aîné, en décembre 2006. Pendant la grossesse, on lui annonce un risque élevé de trisomie. Les examens inquiètent. Elle est seule aux consultations. Pas encore mariée légalement. Son père désapprouve la grossesse. La pression est immense. Le jour de l’accouchement, elle n’a même pas préparé de valise. Une seule question l’obsède : “Est-ce qu’il est normal ?”
Quand le médecin lui dit que l’enfant est en parfaite santé, elle parle d’un soulagement presque irréel. Ce fils devient celui qui l’a “rendue maman”. Une relation particulière, née dans la peur et la délivrance.
Le deuxième moment, c’est la soutenance de thèse, en juin 2012. Là encore, la solitude. Elle pense à sa fille de trois mois laissée à Abidjan pendant plus de deux ans, à son compagnon, à sa mère qui l’appelait chaque soir, à son père avec qui les relations étaient tendues. Lorsque le jury annonce la fin, elle pleure. Pas seulement de joie. De libération. Quatre années de sacrifices prennent fin.
Le troisième moment, c’est la mort de son père. Une disparition brutale, avant la réconciliation. Et soudain, la responsabilité. Elle devient le pilier. S’occuper des frères, préserver l’image et l’unité de la famille. Être forte, même quand on vacille.
Elle dit une chose essentielle : ce n’est pas le combat en lui-même qui forge, mais la capacité à trouver des ressources pour le traverser. Rien n’a été simple. Tout a demandé des efforts. Mais elle n’aime pas dramatiser. Elle avance.
À l’université, sa sensibilité la pousse vers les étudiants les plus vulnérables. Elle a vu l’évolution des conditions de vie. Des étudiants dorment aujourd’hui dans les salles de classe, devant les bureaux. Deux attitudes sont possibles : ignorer ou s’arrêter. Elle choisit de s’arrêter. Dire bonjour. Demander pourquoi ils dorment là. S’assurer qu’ils vont bien. Pour elle, ce sont de “petits détails”. Pour eux, c’est une reconnaissance.
Deux combats lui tiennent particulièrement à cœur.
L’alphabétisation, d’abord. Notamment celle des jeunes femmes employées comme aides domestiques, souvent incapables de lire une ordonnance ou de reconnaître l’heure d’un médicament. Elle a dû inventer des stratagèmes pour que la nounou de ses enfants asthmatiques puisse administrer les traitements correctement. Pour elle, savoir lire et écrire est la base de toute dignité.
Ensuite, l’identification civile. Trop de jeunes femmes arrivent en ville sans acte de naissance, sans papiers. Invisibles administrativement. Elle accompagne, conseille, oriente. Parce qu’exister juridiquement, c’est exister socialement.
Annick ne se définit pas par un féminisme revendiqué comme slogan. Elle parle d’humanité. D’attention à l’autre. De responsabilité. Elle avance avec cette conviction simple : on ne choisit pas toujours les épreuves, mais on peut choisir la manière de les traverser et la manière d’aider ceux qui marchent à côté.
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