Le "danger" que représente la criminalité organisée, dont le narcotrafic, pour la France est "au moins aussi important" que le terrorisme, met en garde dans un entretien à l'AFP Eric Serfass, procureur adjoint chargé de la Juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée (Junalco) à Paris. Question: Avez-vous été surpris par la violence de l'attaque perpétrée, à Incarville (Eure) le 14 mai, par un commando lourdement armé pour faire évader un détenu impliqué dans des trafics de stupéfiants, en tuant deux agents ? Réponse: Je ne fais aucun commentaire sur ce dossier, dont l'enquête est en cours. Mais s'il y a toujours eu des groupes criminels qui menaçaient ou intimidaient, on peut aujourd'hui constater le recours banalisé au meurtre dans plusieurs villes de France. Les personnes qui commettent ces violences n'attachent manifestement aucune valeur à la vie. Q: Quel est le profil des tueurs ? R: Les groupes criminels s'organisent avec une division de travail, où chacun a un rôle, y compris pour les violences et l'élimination de personnes. On voit des individus, parfois très jeunes, engagés pour ces missions, sans qu'ils n'aient forcément conscience de la totalité du trafic dans lesquels ils sont impliqués. Ces non-professionnels ne savent pas bien manier les armes à feu. Ils blessent, voire tuent, des personnes qui n'étaient pas leurs cibles initiales. Q: Vous avez reçu vos homologues mexicains il y a quelques jours. Quel a été leur message? R: Très direct. A leurs yeux, si la France et les nations européennes ne prennent pas les mesures suffisantes pour lutter, nous risquons de connaître dans dix ans la même situation qu'au Mexique, c'est-à-dire des centaines de milliers de morts sur quelques années à cause du narcotrafic et un Etat de droit en grave danger. Q: Avons-nous été dans le déni face à la progression de la criminalité organisée en France ? Ces dernières années, beaucoup de moyens ont été alloués à la lutte contre le terrorisme, par exemple. R: Ce n'est pas du déni, mais il est peut-être plus difficile de défendre les mêmes moyens pour la criminalité organisée, qui se voit moins. A l'opposé du terrorisme, qui veut qu'on parle de lui, la criminalité organisée agit cachée, de l'importation de drogue au blanchiment. Mais si elle se fait discrète, le risque et le danger que cette criminalité cause à nos sociétés européennes est au moins aussi important que le terrorisme. Il nous faut plus d'effectifs, de moyens techniques et des évolutions normatives pour garantir l'efficacité des enquêtes.
Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.