Ce jeudi s’est ouvert à Paris le procès de Heetch, une application de transport nocturne entre particuliers. Les plateformes collaboratives sont de plus en plus remises en cause par des procès et l'action des pouvoirs publics.
Ces plateformes sympathiques sont très appréciées des utilisateurs, mais à un prix souvent élevé pour les activités traditionnelles qu'elles court-circuitent, estiment les pouvoirs publics. Dans le cas de Heetch, les taxis parisiens s'estiment lésés. Dans le cas de Airbnb, l'hôtellerie est mise à l'épreuve, et dans certaines villes le marché immobilier est dangereusement déstabilisé par sa présence insistante. C'était le cas à Berlin où la ville faisait des efforts pour élargir l'offre de logement. Elle en a construit 12 000 l'an dernier et elle considère qu'au même moment l'application de partage d'appartement en retirait 10 000 du marché. D'où une série de mesures coercitives : dans la capitale allemande, il est maintenant interdit de louer un logement entier moins de un mois, et au-delà d'un niveau de revenu, il faut demander une autorisation spéciale. New York est sur la même ligne, Barcelone aussi, qui a même imposé une amende de 600 000 euros au site de partage
En France, les sites devront à l'avenir communiquer au fisc les revenus des utilisateurs
Un amendement au projet de loi de finances a été adopté lundi pour que cette règle entre en vigueur en 2017. Un autre texte très polémique impose le paiement des charges sociales sur la location entre particulier de matériel ou de service à partir d'un certain seuil de revenu. Ces mesures vont-elles remplir les caisses du trésor public ? Les sites de l'économie collaborative en doutent : en moyenne un conducteur louant sa voiture via Ouicar gagne 1000 euros par an, il en dépense environ 5 000 pour l'entretien et l'assurance de son véhicule. Dans le cas de Heetch, le gain moyen est de 1700 euros, seuls 10% des conducteurs dépassent les 6000 euros annuels. L'économie collaborative générait en France un revenu de l'ordre de 300 millions d'euros en 2014. Cela fait un revenu moyen de 800 euros, ce type d'activité demeure très modeste.
Face à cette vague de sanctions et de réactions Airbnb a choisi de coopérer
A Paris, où le site de partage d'appartements a l'offre la plus importante au monde, il collecte déjà la taxe de séjour, à l'instar des hôteliers. Il le fait dans 200 autres villes à travers le monde et il devrait passer à 700 dès l'an prochain. A New York où il est désormais interdit de louer un appartement entier pour moins de trente jours, Airbnb vient de renoncer à contre attaquer en justice. On va voir s'il va acquitter l'amende de 600 000 euros infligée par Barcelone.
Attaquée de toute part, y compris à San Francisco où elle a son siège, la société américaine a les moyens de s'offrir des lobbystes et des avocats et de trouver un arrangement partout où elle s'installe. C'est moins vrai pour les nouveaux venus. La start-up Heetch créée en 2013 par deux Français attend avec angoisse l'issue du procès qui l'empêche de lever des fonds pour son développement à l'étranger. Ses fondateurs savent qu'ils risquent de disparaitre comme Uberpop, condamné sur décision de la justice.