Les leçons de travaux d’aiguilles, pendant un moment, c’est allé de pair avec l’éducation féminine. Suffisamment longtemps pour que les femmes de ma famille me racontent leurs souvenirs à l’école, leurs leçons de couture, les broderies qu’elles faisaient et…. Que ça me rende jalouse. Parce que moi, à l’école, j’avais pas de leçons de travaux d’aiguilles. Moi, j’avais des cours de techno. Et quand on adore les arts du fil avoir des cours de techno, c’est pas ouf. Disons-le, c’est même carrément ennuyeux.
Mais avec le recul, j’ai commencé à me poser des questions. Est-ce que ce serait si bien que ça d’avoir des leçons de travaux d’aiguilles ? Parce que si ce n’est réservé qu’aux femmes dans une société sexiste, c’est probablement qu’il y a une douille. Et si ces mêmes leçons ont fini par disparaitre au profit des cours de techno, c’est sûrement qu’il y a une bonne raison.
En effet, vouloir éduquer les femmes avec les travaux d’aiguilles, c’est bien. Les prendre au sérieux via cette même éducation, c’est mieux. Le problème… C’est que ce n’est pas arrivé. Et ce n’est pas faute d’avoir essayé ! Malgré l’ouverture aux études supérieures pour les jeunes filles, elles n’ont pas été prises au sérieux. Malgré le désir de certaines d’entre elles d’entrer dans les milieux scientifiques via les travaux manuels, elles n’ont pas été prises au sérieux. Pourquoi ? Parce que leur éducation n’avait pas la même teneur que leurs homologues masculins.
Et le truc avec les leçons de couture, c’est que c’est aussi un apprentissage de la féminité (on l’a vu dans l’épisode précédent). Sauf que la féminité, elle ne disparait pas quand on sort de l’école pour filles : elle continue à la maison. Heureusement, les petites filles pourront avoir accès dès le début du XXe siècle à un type de littérature bien particulier pour poursuivre leur apprentissage. Ce truc, ce sont les magazines pour fillettes type Bernadette ou La Semaine de Suzette.
Ces magazines se font le relais de l’école à la maison et proposent tout plein de travaux manuels pour que les petites progressent en couture. Mais le hic, c’est que les années 1960 arrivent à grand pas et avec elles, c’est un raz-de-marée d’innovations et de changements qui vont arriver en France. L’un des changements qui nous intéresse, c’est la mixité scolaire. L’autre, c’est le consumérisme.
Et à votre avis, il arrive quoi aux leçons de travaux d’aiguilles quand on introduit des garçons dans les classes ?
Encore une fois, à travers les magazines pour fillettes, on verra le changement qui s’est opéré dans ce qu’on demande aux futures femmes. L’arrivée de garçons dans un espace autrefois féminin a modifié ce qu’on attendait niveau comportement de genre. L’arrivée du consumérisme a modifié ce qu’on demandait aux futures jeunes femmes. Là où avant, elles devaient savoir repriser et tricoter, elles devront désormais savoir acheter et se comporter correctement dans un espace autrefois non mixte.
L’Endroit et l’Envers, c’est un podcast féministe avant d’être un podcast d’histoire. C’est donc avec un angle féministe que je vous propose cette analyse historique de l’histoire des femmes.
Inllustration : Maudame
Montage : Antho
Merci à eux de rendre ce podcast vivant !
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