Bon. Il faut que je vous parle de Boards of Canada. Parce que ces deux-là, c’est un peu les fantômes de la musique électronique : ils sortent un disque, et puis ils disparaissent dix ans, le temps qu’on se demande s’ils ont vraiment existé. Vous voyez le type qui répond à un message une fois par décennie ? Eux, c’est pareil, mais avec un label prestigieux.
Et là, surprise : Inferno. Dix-huit titres. Le revoilà, le signal.
Et le morceau qui m’arrête, c’est le deuxième : Prophecy At 1420 MHz. Alors j’ai fait le malin, j’ai vérifié — parce qu’un titre pareil, soit c’est de la poudre aux yeux, soit c’est un piège à premier de la classe. Eh bien c’est pas de la poudre aux yeux. 1420 mégahertz, c’est la fréquence de l’hydrogène, celle que les radiotélescopes pointent vers le ciel depuis des décennies en se disant : si quelqu’un nous parle, c’est là qu’on l’entendra. La fréquence où l’univers est censé décrocher son téléphone.
Donc Boards of Canada appelle son morceau La prophétie à la fréquence où parlent les extraterrestres. C’est pas un titre, c’est une déclaration d’intention. À côté, mes playlists « Concentration lo-fi » ont l’air de ce qu’elles sont : des playlists.
Et le génie, c’est que la musique tient la promesse. C’est exactement ça : un truc qui grésille comme une vieille cassette retrouvée dans un grenier, des nappes qui montent doucement, et cette impression bizarre que le morceau sait quelque chose que vous ne savez pas encore. C’est pas une chanson, c’est une transmission. C’est pas Verlaine — c’est carrément un message codé.
Et voilà pourquoi je suis là, deux heures du matin, casque sur les oreilles, légèrement bouleversé, à guetter une révélation cosmique dans mon salon. Pendant que, soyons honnêtes, la seule entité qui m’a envoyé un signal cette nuit, c’est mon frigo qui s’est remis à ronronner.
Mais qu’importe. Si l’univers doit me parler un jour, j’espère sincèrement qu’il aura la délicatesse de le faire sur du Boards of Canada. Au moins ce sera bien produit.
Sur l’échelle officielle des Notes De Ma Vie, je lui mets quatre transmissions cryptiques sur cinq. La cinquième, je l’ai pas comprise — mais c’est sûrement de ma faute.
Et voilà une note de plus à ma vie. Prenez soin des vôtres.
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