Éditorial de la 492ème
Les masques, épisode 2, le retour. Ils arrivent. Lors de notre revue de presse vendredi dernier, nous évoquions les annonces de la grande distribution qui prévoient de vendre des millions de masques dès le 4 mai. La polémique sur de supposés stocks cachés par la grande distribution n'a pas désenflé du week-end. Olivier Véran lui-même a du monter au créneau samedi pour rassurer des professionnels de santé chauffés à blanc : "La grande distribution a annoncé non pas des stocks de masques, mais des commandes"...
Jusqu'à maintenant, les masques étaient réservés aux seuls professionnels de santé, en tous cas pour ceux qui pouvaient s'en procurer en pharmacie. Édouard Philippe a présenté mardi dernier devant l’Assemblée nationale son plan de déconfinement qui sera mis en oeuvre après le 11 mai. Le lendemain, chaque grande marque de la grande distribution redoublait de tours de manche pour annoncer à qui mieux mieux en vendrait le 4 mai. Au final, près de 500 millions.
Comment est-ce possible en si peu de temps alors que les pharmacies d'officine n'ont pas réussi à tenir leur stock auprès de leurs fournisseurs ? Certains y voient un scandale d'État et réclament des comptes à la grande distribution.
La grande distribution se justifie
Olivier Véran dans son point presse se veut rassurant : en réalité, ce ne sont que "5 voire 10 millions" de masques que la grande distribution pouvait commercialiser ce lundi. Assez loin des 500 millions relayés dans la presse.
Et les enseignes de la grande distribution se justifient. Carrefour : "Jusqu’au 21 mars 2020, les masques jetables avaient été placés sous un régime de réquisition (...). Carrefour a remis l’intégralité de son stock de masques afin qu’il soit orienté vers les personnels de santé. Le 21 mars 2020, l’importation de masques a été libéralisée. À compter de cette date, Carrefour a commandé des masques (...). 30 millions de masques jetables ont ainsi été commandés en un mois. Le 24 avril 2020, le Gouvernement a demandé à l’ensemble des circuits de distribution d’être en mesure de participer à l’équipement de la population française à compter du 4 mai. Carrefour s’est alors mobilisé pour commander massivement des masques. 40 millions de masques supplémentaires à destination de nos collaborateurs ont été également été commandés." Déjà Olivier Véran a tout faux sur ses chiffres... Et il nous ment car les grandes surfaces ont fait des stocks dès le 21 mars.
Mais le message est clair : toutes les commandes ont été passées après le 21 mars. Pourquoi cette date ? C'est celle du décret publié au Journal Officiel quelques jours plus tard qui prévoit... la réquisition de tous les masques !
La question est simple : comment la grande distribution peut-elle constituer des stocks quand l'État est sensé réquisitionner tous les masques ?
Face aux interrogations légitimes sur ce sujet, le groupement Système U souhaite faire la transparence sur ses commandes de masques chirurgicaux à usage unique. Il n'y avait pas de stock caché. @ULesCommercants pic.twitter.com/qM8EPC5UIF
— Dominique Schelcher (@schelcher) May 3, 2020
Le paradoxe français
La constitution des stocks de la grande distribution repose sur une lecture a contrario d'un décret sensé réquisitionner les masques : les dispositions sur la réquisition des stocks de masques ne concernent que les stocks présents sur le sol français à la date d’entrée en vigueur du décret, soit le 21 mars. La réquisition ne s’applique pas aux stocks qui seraient constitués après la date du 21 mars pour des masques produits à l’étranger répondant aux normes CE.
Et mieux encore, non seulement ils ne peuvent être réquisitionnés mais en plus rien n'empêche leur commercialisation. Comme le souligne Me Maisonneuve dans un article détaillé en date du 24 avril : "Rien ne prohibe,