La Lettre de Galilée

La Lettre de Galilée

By La Lettre de GaliléeNewsPolitics
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La Lettre de Galilée episodes

  • Communication : l’arme utile du politique
    Éditorial de la 506ème
    Quand la politique cafouille, le politique bidouille. En pleine crise sanitaire, le Gouvernement investit les réseaux sociaux depuis quelques mois pour capter l'attention des jeunes notamment au travers des influenceurs connus sur Youtube ou Twitch. Des plateformes vidéo qui draînent des millions d'internautes. Si l'idée est bonne, la frontière entre information gouvernementale et propagande politique est bien ténue...



    Les youtubeurs à la rescousse du Gouvernement
    Mi-février, Emmanuel Macron envoyait une vidéo à McFly et Carlito, des youtubeurs plébiscités auprès des jeunes avec plus de 6 millions d'abonnés, où il les mettait au défi de réaliser une vidéo promouvant les gestes barrières. À la clé, si la vidéo dépasse les 10 millions de vues, il les invite à l'Élysée et se prête en retour à leur défi...
    En décembre dernier déjà, l'influenceuse Justezoé avait posté un live sur Instagram où elle rencontrait le porte-parole du Gouvernement, Gabriel Attal, parce que "ce serait cool de discuter de cette période bizarre"...
    Peu avant, en novembre, c'était Marie Lopez (EnjoyPhoenix sur Youtube avec 3,7 millions d'abonnés) qui était reçue à l'Élysée par Gabriel Attal, pour passer une journée dans un hôpital parisien et réaliser une vidéo pour découvrir le quotidien des soignants. Cette youtubeuse qui partage ses recettes et ses conseils beauté avait déjà réalisé une vidéo où elle passait une journée en février 2020 "dans la peau d'une ministre", en l'occurrence, Brune Poirson, Secrétaire d'État auprès de la ministre de la Transition écologique et solidaire.
    En septembre c'était au tour du youtubeur Ludovic B. (256 000 abonnés) de passer une journée aux côtés de Gabriel Attal.
    On peut citer aussi Tibo InShape, réputé à ses débuts pour donner des conseils de musculation sur Youtube, Sundy Jules ou encore Enzo, tais-toi ! qui ont assuré la promotion, au travers de clip rémunéré ainsi que des vidéos, du service national universel lors de son lancement en juillet 2019. Une vidéo de promotion du SNU, par exemple, a été monnayée auprès de TiboInshape plus de 20 000€ par le Gouvernement.

    Un boulevard pour la propagande politique
    Le politique s'intéresse à ces influenceurs pour toucher cette "génération sacrifiée" qui obnubile le Président de la République. Une génération d'autant plus stratégique qu'elle sera devant les urnes l'année prochaine...
    Parler à des jeunes qui savent parler aux jeunes... C'est quand même assez consternant de voir Gabriel Attal, porte-parole du Gouvernement, se retrouver à défendre sa politique sur un live d'Instagram le 17 janvier dernier auprès de Swan et Néo, qui ont certes 5,4 millions d'abonnés mais, respectivement 16 ans et 9 ans... Quand on ne sait plus répondre aux journalistes, on cible les Komsomols. Au moins on est sûr qu'ils ne comprennent rien. Staline avait tout compris.
    Parce qu'on peut se douter que ces "influenceurs" n'ont pas la même ardeur qu'Élise Lucet quand ils posent les questions de leurs followers à Gabriel Attal. Par exemple, EnjoyPhoenix, au cours d'un de ces live, qui demande pourquoi le Gouvernement a fermé des lits d'hôpitaux et que Gabriel Attal répond que ce n'est pas vrai. Elle est passée à une autre question. Que voulez-vous qu'elle dise ? Et Néo 9 ans ?
    Les politiques ont un boulevard pour encenser leurs actions sans restriction, sans contestation. C'est de la pure propagande.
    Le Gouvernement met le paquet
    C'est sûr, McFly et Carlito ou TiboInshape, ça coûte moins cher que McKinsey. Dans une discussion parlementaire (p.23) en octobre dernier à propos du projet de loi de finances pour 2021, Marie-Christine Dalloz, rapporteure spéciale de la commission des finances, s'interrogeait toutefois sur les dérapages du budget du Service d'information du gouvernement (SIG) : 26,2M€ déjà consommés en 2020 pour une dotation initiale de 14,
    9 min
  • Pourquoi la France n’a-t-elle pas trouvé son vaccin contre la Covid-19 ?
    Alors que Sanofi, leader mondial de la vaccination contre la grippe, a finalement modifié son calendrier pour ne proposer ses vaccins que "fin 2021" et que l'Institut Pasteur a annoncé lundi dernier vouloir abandonner son projet de vaccin en phase I des essais cliniques, ce sont les jeunes entreprises de biotechnologies, ces nouvelles start-ups spécialisées dans les nouvelles technologies, qui remportent les premières autorisations de mises sur le marché. La France, bredouille dans ce match pour l'innovation, serait-elle complètement en retard ?


    Dans une note du Conseil d'Analyse Économique, Margaret Kyle et Anne Perrot évoquent le retard français en matière d'innovation pharmaceutique. L'écosystème de l'innovation a évolué : tout à la fois l'émergence des biotechnologies et de la génomique qui rend la recherche plus complexe et coûteuse, mais également la compétitivité de petites entreprises aux côtés des géants pharmaceutiques traditionnels, comme certaines start-ups ou spin-offs universitaires. "La France accuse un retard important, notamment du fait de l’insuffisance des finan­cements publics alloués à la recherche et à l’écosystème d’innovations." préviennent en préambule les auteurs de la note.
    Les États-Unis, dès le 15 mai, ont annoncé un partenariat inédit, l'opération Warp Speed, pour développer un vaccin contre la Covid-19 avant la fin de l'année : ils ont injecté près de 11 Md$ pour pré-commander des doses vaccinales, ce qui permet de partager le risque financier. Mais également pour soutenir la recherche et le développement. Ce que n'a pas fait l'Union européenne qui, quant à elle, s'est contentée de pré-commander des doses à hauteur de 2 Md€
    Tous les laboratoires en lice ont reçu un financement dans le cadre de l'opération Warp Speed : Johnson & Johnson dès le mois de mars 2020 avait reçu des Etats-Unis plus de 450 Md$, puis 1Md$, contre 100 millions de doses de vaccin. Pfizer/BioNtech, 2 Md$ pour 100 millions de doses. Novavax 1,6 Md$ pour 100 millions de doses. AstraZeneca et l'université d'Oxford, 1,2 Md$ pour 300 millions de doses. Sanofi/GSK, 2 Md$ pour  pour 100 millions de doses. Et Moderna, 2,5 Md$ pour financer ses essais cliniques et produire 100 millions de doses.
    On peut vraiment dire que cette dernière entreprise, Moderna, est symptomatique de l'opération Warp Speed : de l'innovation, beaucoup d'argent, des militaires, une dose de marketing. Et une start-up inconnue qui arrive à produire au nez et à la barbe des Big Pharma un vaccin plus vite qu'eux ! Elle est symptomatique également du retard français puisque son patron, Stéphane Bancel, est... français.
    En vrai, la France a trouvé un vaccin : celui développé par les start-up basées à Nantes, Valvena et Ose Immunotherapeutics. Sauf que c'est le Royaume-Uni qui a commandé 60 millions de doses à Valvena pour 2,4Md€. Pas la France. Ose Immunotherapeutics a reçu 5 M€ de BPI France; mais son vaccin ne pourra être commercialisé qu'à partir de 2022...

    Un changement de paradigme dans la recherche pharmaceutique
    L'environnement de la recherche pharmaceutique a profondément évolué; la sélection traditionnelle de molécules chimiques a laissé la place à l'investigation des biotechnologies pour produire des médicaments plus difficiles à réaliser et dont le coût est sans commune mesure par rapport aux budgets habituels des pouvoirs publics. "Une conséquence majeure d’un tel changement est le passage de médicaments à large public (blockbusters) à des médicaments complexes, technologiques, et destinés à des marchés réduits (niche-busters)." (p.2) En particulier, ceux des maladies orphelines.
    Parallèlement, l'organisation et le financement de l'innovation se sont transformés : l'innovation repose grandement sur la recherche universitaire et les fameux spin-offs qui gravitent autour. Un spin-off universitaire, à la base, c'est une entreprise créée via une université pour commercialiser ...
    15 min
  • Vaccination : comment expliquer ces retards ?
    Éditorial de la 505ème
    Ça y est ! La campagne de vaccination bat son plein en France : on enregistre 1 615 088 vaccinations soit 2.41% de la population totale. Le nombre de doses que les États-Unis avaient administré au 24 décembre dernier. Ou la Turquie au 28 janvier. Aujourd'hui, les États-Unis dépassent les 32 millions de doses administrées, le Royaume-Uni près de 9 millions, Israël près de 5 millions. La France est-elle encore dans les choux ?



    En réalité, de personnes vraiment vaccinées, c'est-à-dire ayant reçu les 2 doses nécessaires, on dépasse à peine les 100 000 personnes. L'équivalent de la population d'Argenteuil.

    Lire : Vaccins : l’imbroglio européen
    Pour être vraiment vacciné (à 95%), il faut deux doses. Avec seulement 1 seule dose, comme le reconnaissent eux-mêmes les laboratoires pharmaceutiques, l'efficacité n'est que de 52%. En réalité donc, en France, 0,1% de la population est vaccinée. Là où Israël, leader de la vaccination Covid-19 dans le monde, est à 21,43% de sa population totale réellement vaccinée.

    Gros retards à l'allumage
    La question que tout le monde se pose c'est : pourquoi ce retard ?

    Lire : Vaccination contre la Covid-19 : quand les « procureurs » sont au ban
    Lorsque l'on sait que plusieurs vaccins à l'étude pourront être distribués fin 2020, on se tourne vers le Haute Autorité de Santé (HAS) afin qu'elle fixe un calendrier de vaccination en fonction des profils populationnels.
    Après des recommandations préliminaires en juillet, la HAS précise donc dans une nouvelle publication le 30 novembre la stratégie vaccinale à adopter. « Dans l’objectif d’une vaccination visant à réduire le plus grand nombre d’hospitalisations et de décès attribuables à la Covid-19, les principaux facteurs à considérer dans une perspective de priorisation des populations à vacciner au cours des premières étapes de la campagne sont l’âge élevé, certaines comorbidités et leur association éventuelle. »

    Lire : Vaccination contre la Covid-19 : des incertitudes encore nombreuses
    En fonction des décès observés, elle fixe donc une typologie populationnelle afin d’établir sa stratégie de priorisation. Selon les estimations de l’INSEE, on comptabilise au 1er janvier 13,75 millions de personnes de 65 ans et plus dont 6,3 millions ont plus de 75 ans. En croisant ces données avec celles du SNDS, on compte 9,8 millions de plus de 65 ans ayant un critère de vulnérabilité (ALD, traitement médicamenteux, hospitalisation). Les premiers cobayes pour le vaccin seront donc les résidents des EHPAD, qui ont concentré 1/3 des décès rapportés en France depuis le début de l’épidémie.
    Mais, courant décembre, l'Union européenne, sous la pression de l'Allemagne, décide d'accélérer son calendrier : l'Agence européenne des médicaments (EMA) donne avec une semaine d'avance, le 21 décembre, son feu vert pour le vaccin Pfizer / BioNTech. Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, annonce que les premières injections pourront avoir lieu dès le 27 décembre.
    Pour la France, qui s'apprêtait à vacciner ses EHPAD à partir de mi-janvier, le temps de recueillir tranquillement les consentements des futurs vaccinés, c'est un peu trop tôt. D'ailleurs, le protocole de vaccination dans les Ehpad n'a été publié que le 22 décembre, juste après l'avis, tant attendu, du Comité consultatif national d'éthique (CCNE) qui insistait justement sur le temps nécessaire au recueil du consentement des personnes vulnérables.
    Voilà d'ailleurs ce que propose le CCNE en pages 7-8 de sa réponse : "Il n’est pas inutile de rappeler quelles conditions doivent présider à l’effectivité d’un consentement libre. Trois phases doivent se suivre :


    une information loyale et compréhensible des bénéfices et des risques de la vaccination et surtout une réelle écoute de la personne,
    9 min
  • Vaccins : l’imbroglio européen
    Éditorial de la 504ème
    "On ne touchera pas au délai" préconisé par les fabricants de vaccins a martelé Olivier Veran, notre Ministre de la Santé, à propos de la possibilité de décaler l'injection de la deuxième dose de vaccin. Nous avions évoqué la semaine dernière les risques possibles du non respect du délai préconisé par les laboratoires pharmaceutiques entre l'injection des deux doses vaccinales.



    Lire : Vaccination contre la Covid-19 : quand les « procureurs » sont au ban
    L’ANSM et l’OMS ont élargi jusqu’à six semaines le rappel de vaccination au lieu d’attendre les 21 jours recommandés par les fabricants de vaccins. Cela permet de primo-vacciner plus de monde, même si l’on sait que la protection immunitaire n’est que partielle après la première dose.
    Les laboratoires Pfizer/BioNTech le rappellent eux-mêmes : si le taux d’efficacité du vaccin est de 52% après la première dose et s’élève à 95% lorsque la deuxième dose a été administrée à 21 jours, ce taux d’efficacité ne peut être garanti si la seconde injection est différée au-delà.
    L’Académie de Médecine s'en était d'ailleurs alerté dans un communiqué en préconisant de se conformer autant que possible au calendrier des fabricants.  On ne connaît pas la durée et le niveau de protection avec une deuxième injection au-delà des 21 jours prescrits par les fabricants.
    Oliver Veran, qui caracolait sur TF1 jeudi 21 janvier en assurant que 45 millions de Français seraient vaccinés fin juin voire carrément 70 millions (c'est-à-dire plus que le pays ne compte d'habitants) d'ici la fin de l’été, a finalement préféré dire "non", en jouant la carte de la sécurité, quitte à renoncer aux ambitions du calendrier vaccinal initialement fixé.
    Car, pour respecter ce délai de 21 jours auprès des personnes déjà vaccinées, tout en composant avec les retards annoncés dans les livraisons de vaccins, il faut arrêter de primo-vacciner pour ne réserver les doses qu'aux deuxièmes injections. C'est ce qu'ont déjà annoncé les ARS de Bourgogne Franche-Comté, d'Ile-de-France et des Hauts de France "compte tenu de la situation extrêmement tendue sur les doses de vaccins, et la nécessité de garantir la deuxième injection pour les personnes déjà vaccinées".
    Trois régions donc où, à partir du 2 février, tous les rendez-vous pour une première injection seront reportés pour prioriser les deuxièmes injections. 

    Les délais de livraisons des fameuses doses de vaccin.
    Tous les laboratoires accusent un retard dans le flux des livraisons. Il manquerait 5 à 10 millions de doses hebdomadaires au minimum pour l’Europe qui digère mal ces annonces en dépit des 2,4 Md€ que l'Union Européenne avait débloqué en juin dernier pour soutenir la R&D pharmaceutique...

    Lire : Le vaccin, en priorité pour les américains !
    Les laboratoires Pfizer / BioNTech qui commercialisent l'un des deux seuls vaccins en Europe ont annoncé qu'ils prévoyaient un retard de livraison de trois à quatre semaines par rapport aux engagements initiaux. Ils expliquent ce délai par le souhait de moderniser leur usine de fabrication belge à Puurs qui leur permettrait de produire davantage de doses vaccinales. De quoi entamer l'humeur des 27, obligés de réviser les engagements de leur calendrier vaccinal. Face à la bronca générale, les laboratoires ont tout de même annoncé entamer un plan pour réduire au plus vite ce retard.
    L'Union européenne avait initialement misé sur les chevaux européens, Sanofi et AstraZeneca. Elle n'a passé ses commandes auprès de Pfizer / BioNTech qu'en novembre dernier seulement...
    Sanofi, embourbé dans ses retards pour livrer un hypothétique vaccin, va finalement "aider" Pfizer dans le conditionnement de son vaccin...

    Un imbroglio post-Brexit ?
    AstraZeneca quant à lui vient d'annoncer à la France qu'il ne pourrait livrer que 4,6 millions des 17,
    8 min
  • Vaccination contre la Covid-19 : quand les « procureurs » sont au ban
    Éditorial de la 503ème
    "Nous sommes devenus une nation de 66 millions de procureurs". C'est en ces termes qu'Emmanuel Macron, en visite à l'université de Paris Saclay pour y présenter son plan d'investissement national pour les technologies quantiques, a tancé ces Français à la critique facile. Le Président a l'art de l'apophtegme, en gageant certainement qu'on retienne davantage ses formules cinglantes que les errances de sa gestion de la crise sanitaire.



    Avec un possible troisième confinement qui leur pend au nez, cette nouvelle petite phrase assassine ne risque vraiment pas de réconcilier ces indécrottables Français avec leur éternelle défiance.

    Lire : Ces dysfonctionnements à l’hôpital que l’on découvre avec la crise sanitaire de la Covid
    Et quitte à passer pour un "Gaulois réfractaire" ou un "procureur", on peut légitimement s'interroger sur les retards français : après "où sont les masques ?", puis "où sont les tests ?", la série continue avec "où sont les vaccins ?". Les mêmes erreurs à chaque étape.
    L'Europe a commencé a vacciner à partir du 27 décembre dernier. À côté de nos voisins, on ne peut pas vraiment dire que le démarrage ait été très rapide.
    Selon certains, c'est la faute à la complexité des consentements éclairés qu'il faut recueillir avant toute injection. Quand on veut bien faire, cela prend du temps. D'ailleurs, "il ne faut pas confondre vitesse et précipitation" nous rappelle tout benoîtement Jean Castex.
    Pour d'autres, c'est la faute à cet État-obèse qui est devenu incapable de mettre rapidement en place une stratégie concrète, même en payant grassement des cabinets de conseil privés. Dans tous les cas, les chiffres sont là et la France est encore aujourd'hui à la traîne.

    Lire : Vaccination contre la Covid-19 : des incertitudes encore nombreuses
    Selon le dernier communiqué du Ministère de la Santé, au 20 janvier 2021, près de 693 000 personnes ont été vaccinées en France. Le Royaume-Uni recense actuellement plus de 4,5 millions de personnes vaccinées (soit 7 % de sa population totale). L'Italie et l'Allemagne, quant à elles, ont dépassé le cap du million de doses administrées la semaine dernière.

    Comme d'habitude, face aux critiques, le Gouvernement a ouvert les vannes : il a donné la possibilité de vacciner les plus de 75 ans en ville au 18 janvier, c'est-à-dire avant la date initialement proposée par la Haute Autorité de Santé... Du coup, dans cet élan d'optimisme, les centres de vaccination sont en situation de "surbooking", d'autres ferment fautes de doses suffisantes... On a connu la même situation pour les centres de dépistage PCR.
    Autre astuce, décaler la date de la deuxième injection. Au lieu d'attendre les 21 jours recommandés par les laboratoires pharmaceutiques, les autorités sanitaires ont autorisé jusqu'à six semaines de délai. Une solution validée par l'ANSM et l'OMS qui permet d'augmenter la population primo-vaccinée. Même si l'on sait que la protection immunitaire n’est que partielle après la première dose.
    C'est d'ailleurs ce que souligne l'Académie de Médecine dans un communiqué en date du 11 janvier dernier : "dans le contexte actuel de recrudescence épidémique, c’est la persistance d’un taux d’immunité faible, voire insuffisant, pendant les semaines supplémentaires précédant la seconde injection qui doit être prise en considération". Elle préconise donc de se conformer autant que possible au calendrier des fabricants.
    Car, comme les laboratoires Pfizer/BioNTech le rappellent, si le taux d’efficacité du vaccin est de 52% après la première dose et s’élève à 95% lorsque la deuxième dose a été administrée à 21 jours, les fabricants ne garantissent absolument pas un taux d’efficacité aussi élevé si la seconde injection est différée au-delà. Problème : on ne connaît donc pas la durée et le niveau de protection avec une deuxième injection au-delà des ...
    8 min
  • Vaccination contre la Covid-19 : des incertitudes encore nombreuses
    Éditorial de la 502ème
    La deuxième vague devait arriver. On l'attendait. Elle devait être "plus forte" que la première (voir notre éditorial n°500). Mais on a assisté dès la deuxième quinzaine d'octobre à un ralentissement des signaux d'alerte, bien avant les effets escomptés du confinement ou des couvre-feux locaux. Aujourd'hui, finalement, c'est la troisième vague que les experts redoutent, après les regroupements familiaux, principaux vecteurs de propagation du virus, que favorisent la période de Noël. Un pas de plus vers une vaccination massive dès le printemps ?



    Vers une troisième vague ?
    À l'annonce du confinement, le 28 octobre dernier, Emmanuel Macron nous prédisait "quoi que nous fassions" un pic d'admission en réanimation de "9000 personnes à la mi-novembre". Or, les chiffres aujourd'hui sont bien en-dessous des projections les plus optimistes : le 15 novembre, 3 880 personnes avaient été admises en réanimation. Quand les projections optimistes de l'Institut Pasteur tablaient sur un pic de 5 500 hospitalisations en réanimation le 12 novembre.
    Les dernières projections présentées par l'Institut Pasteur, en début de semaine dernière, prévoient "entre 1.600 et 2.600 lits le 15 décembre". De quoi légitimement lever le confinement comme prévu par l'exécutif pour les fêtes de Noël...
    Au 8 décembre selon les derniers chiffres publiés par Santé Publique France, on comptabilisait 56 352 décès dont 30 000 lors de la première vague.
    Question subsidiaire : si la pire des projections évoquaient 9000 personnes en réanimation pour la mi-novembre, pourquoi le chef de l'État a-t-il retenu ce scénario catastrophe ? Ou plutôt, pourquoi l'a-t-il asséné publiquement comme une menace anxiogène ? 

    Lire : Dépistage Covid-19 : la stratégie du Gouvernement dans le flou
    Interrogé sur BFMTV, Olivier Veran, le Ministre de la Santé, s'est défendu de toute exagération : "Notre objectif, c'est de faire mentir ces courbes. En l'occurrence, la charge sanitaire est extrêmement élevée dans notre pays, il y a plus de malades à l'hôpital pour Covid que lors de la première vague, il y a un peu moins de réanimation, parce que nous avons transformé les prises en charge, transformé le fonctionnement hospitalier, nous nous appuyons davantage sur la médecine de ville". Ce qui est vrai.

    Le plan de vaccination prévu par le Gouvernement
    Dans son adresse du 24 novembre dernier, Emmanuel Macron a développé sa "stratégie" qui repose sur "plusieurs vaccins" dont des doses massives ont déjà été commandées. "Les premiers vaccins, sous réserve des résultats des essais cliniques, pourront être administrés dès la validation des autorités sanitaires compétentes. (...) Nous allons organiser une campagne de vaccination rapide et massive au plus près des personnes."
    Le 28 juillet dernier, la HAS avait publié des recommandations préliminaires sur la stratégie vaccinale à adopter contre la Covid-19. Elle proposait entre autre une "priorisation des populations" à vacciner. Le 30 novembre dernier, dans une nouvelle publication, elle a précisé la stratégie vaccinale à développer. "Dans l’objectif d’une vaccination visant à réduire le plus grand nombre d’hospitalisations et de décès attribuables à la Covid-19, les principaux facteurs à considérer dans une perspective de priorisation des populations à vacciner au cours des premières étapes de la campagne sont l’âge élevé, certaines comorbidités et leur association éventuelle."
    La note de la HAS revient ainsi sur le profil des décès observés pendant la pandémie afin d'établir sa stratégie de priorisation.
    Reprenant les derniers chiffres connus, l'étude recense du 1er mars au 18 novembre 2020, 208 367 patients ayant été hospitalisés. Leur âge médian est de 72 ans. Moins de 5% avaient moins de 44 ans.

    La typologie des risques établie par la HAS
    11 min
  • Gestion de l’épidémie de Covid-19 par l’État : un rapport parlementaire à charge
    Ce mardi 8 décembre, la mission parlementaire sur la gestion de la Covid-19 a rendu son deuxième rapport où elle épingle, au travers de 350 pages denses, quasiment l'ensemble des réponses menées par le Gouvernement pour faire face à la pandémie. De longs mois de "tâtonnements" et de "retards", de "décisions prises au pied du mur", préjudiciables pour la santé des Français. Décryptage.



    Cafouillage sur les masques
    Le rapport revient sur le scandale des masques. Le souvenir de la grippe H5N1 en 2005 s'est progressivement estompé et avec lui les stocks de masques de protection. Après la gestion en 2009 de la grippe H1N1, finalement "il y avait moins de risque pour un politique à en faire moins qu’à en faire trop"...
    On s'interroge à l'époque déjà sur le dimensionnement du stock d'État. Depuis 2005, l'État s'engageait à garantir des masques pour tout le monde. Mais, à partir de 2013, un rapport du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) cantonne l'État à fournir des masques uniquement pour les personnes malades et à leurs contacts. Libres aux employeurs (c'est-à-dire aux établissements hospitaliers, publics comme privés, mais également aux professionnels de santé libéraux et aux établissements médico-sociaux, ainsi qu’aux officines de pharmacie ou aux laboratoires de biologie, qui sont des employeurs), de constituer des stocks de masques – FFP2 et chirurgicaux – pour le cas d’une crise sanitaire... "Aussi, alors que les stocks stratégiques de l’État comportaient, jusqu’en 2014, plus de 300 millions d’unités de masques FFP2, destinés essentiellement à la protection des soignants, plusieurs millions de ces masques arrivés à péremption ont été détruits et non renouvelés après cette date, portant le stock à un niveau nul à la veille de la crise sanitaire." (p.32)

    Lire : L’État a-t-il sciemment organisé une pénurie de masques ?
    De fait, en ayant prévu un stock minimal déjà sous-dimensionné, faute d’avoir anticipé l’hypothèse d’une rupture d’approvisionnement généralisée, faute également d’avoir assuré la disponibilité des capacités de production françaises par des commandes régulières (avec la fermeture en 2018 notamment des usines de Bacou-Dalloz (devenue Sperian Protection) de et de Plaintel dans les Côtes d’Armor, le stock stratégique de masques chirurgicaux, particulièrement faible au début de la crise, n’a même pas pu jouer son rôle de " tampon" en attendant les livraisons des commandes complémentaires (passées d'ailleurs au prix fort avec la Chine).

    Lire : Masques : les dessous d’un scandale d’État à venir
    Des décisions trop tardives
    Sur la gestion en elle-même de la crise sanitaire, le rapport parlementaire pointe du doigt le retard à l'allumage des décisions, initialement centralisées par le Ministère de la Santé : si les alertes sont déclenchées rapidement fin janvier, les décisions sont prises très tardivement, échelonnées au long du mois de février, la gestion interministérielle de la crise activée trop tardivement. "Du retard a été pris, qui a joué sur la cinétique de propagation de l’épidémie." (p.90).
    Au final, le confinement est décidé bien trop tard. "Pourtant, les autorités françaises avaient sous les yeux la situation italienne. Alors que le pays connaît une vague épidémique qui précède celle de la France de 10 à 12 jours, les premières mesures de confinement y sont instaurées dans une dizaine de villes dès le 21 février, quand la France ne sera confinée que le 17 mars, soit 24 jours plus tard." Alors que l'Italie est confinée, la France maintient son traditionnel Salon de l’Agriculture drainant jusqu’au 1er mars près de 500 000 visiteurs et exposants !

    Absence d'anticipation et de réaction
    Retard d'allumage également dans la stratégie décidée de test-PCR : "La transition nécessaire entre la mise au point du test par l’Institut Pasteur et le déploiement des techni...
    12 min
  • Ces dysfonctionnements à l’hôpital que l’on découvre avec la crise sanitaire de la Covid
    Éditorial de la 501ème
    Ça y est, nous le redoutions, nous voilà de nouveau confinés. Même si le confinement est beaucoup moins strict, l'ambiance a changé. Au premier confinement, on attendait l'été et les copains en faisant des apéros sur Zoom. Maintenant, il fait trop froid pour ouvrir la fenêtre à 20 heures. La grisaille est là. On râle. On crie à l'injustice.



    Lire : La bureaucratie aura-t-elle tué la Covid-19 ?
    Selon les derniers chiffres publiés par Santé Publique France, le pays a enregistré 39 865 décès liés à la Covid-19 depuis le 1er mars, dont 405 dans les dernières 24 heures à l'hôpital. Soit à peu près l'étiage que nous avions connu fin mars peu après avoir été confinés une première fois. Autant dire que le couvre-feu instauré mi-octobre n'a pas servi à grand-chose pour enrayer l'emballement épidémique.

    Lire : Dépistage Covid-19 : la stratégie du Gouvernement dans le flou
    Dans son adresse au Français du 28 octobre dernier, Emmanuel Macron, pour annoncer le nouveau confinement évoque une "deuxième vague qui (...) sera, sans doute, plus dure et plus meurtrière que la première". En avril dernier, pourtant, au plus fort de la première vague, la France avait enregistré plusieurs pics journaliers à plus de 1400 décès. Nous en sommes encore loin aujourd'hui, même si les projections épidémiologiques sont assez préoccupantes. Au-delà de ces modélisations qui ont parfois été trop alarmistes ou surestimées, comme celles Neil Ferguson de l'Imperial College de Londres, ce qui affole les décideurs actuellement, c'est le taux d'occupation des lits de réanimation qui frôle la saturation.

    Lire : Covid-19 : encore trop d’incertitudes pour mener des actions pertinentes

    Le taux d'occupation des lits en réa est-il pertinent ?
    Toutefois, cet indicateur pose problème pour deux raisons. On compte désormais 19 825 nouvelles hospitalisations sur les 7 derniers jours dont 2 948 en réanimation. Mais ces chiffres sont surestimés : d'une part, parce que, comme nous l'avons vu dans notre dernier édito, cet indicateur établit un taux d'occupation des services de réanimation théorique et que, d'autre part, la communication des chiffres officiels repose sur le rapport entre ce nombre de lits théorique (un peu plus de 5000) et tous les patients Covid-19 hospitalisés "en soins critiques", c'est-à-dire pas seulement les patients admis en réanimation (ce qui explique aujourd'hui pourquoi certains hôpitaux dépassent un taux d'occupation de 100%). Quand le Gouvernement évoque une saturation des lits en réanimation, les chiffres comptabilisent des patients qui ne sont pas en réa...

    Lire : Pourquoi on ne peut toujours pas dire combien de français ont été atteints par le COVID-19
    Tout indicateur a ses limites qui doivent clairement être identifiées dans la méthodologie. Le parcours d'un patient admis à l'hôpital n'est pas linéaire et sa prise en charge adaptée ne rentre pas dans les cases d'un fichier Excel.
    Le problème de saturation des lits de réanimation n'est pas inconnu; il est même récurrent à chaque épisode grippal aigu. Par définition, depuis la mise en place de la T2A (et ce n'est pas Jean Castex qui nous contredira), un hôpital doit fonctionner avec un taux d'occupation le plus proche de 100% pour être rentable. Un service de réanimation, en temps normal, dispose d'un taux d'occupation de ses lits de 90% voire plus.
    Dans un document de synthèse d'août 2017, la FHP-MCO dresse un état des lieux des services de réanimation. Logiquement, le taux d'occupation des lits de réanimation est plus élevé dans le secteur privé (99 %) que dans le secteur public (93 %). Grosso modo, la logique comptable de l'hôpital l'incite plus à fermer des lits qu'à  en créer, pour avoir une occupation optimale de ses ressources. Du coup, à chaque pic de grippe, c'est la saturation pour accueillir les patients.
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  • Quand l’urgence sanitaire autorise « à titre dérogatoire » quelques écarts sur la sécurité de nos données de santé
    Dans la revue de presse de cette semaine, nous allons revenir sur le pétage de plombs de notre Ministre de la santé, Olivier Veran, mais également sur des dossiers sensibles qui sont hélas un peu passés sous silence dans l'hystérie pandémique.



    #1 Coup de gueule d'Olivier Veran : ou comment le Ministre joue (un peu trop) sur la corde sensible
    Notre Ministre de la Santé a perdu son sang froid à l'Assemblée Nationale lors des débats sur la prolongation de l'état d'urgence sanitaire.
    Les élus LREM n'étant pas assez nombreux au moment du vote, les députés de l'opposition, en votant mardi 3 novembre un amendement LR, sont parvenus, contre l'avis du Gouvernement,  à réduire la prolongation de l'état d'urgence au 14 décembre, au lieu de mi-février comme l'escomptait le Gouvernement.
    Le Ministre explique devant l'Assemblée son absence en début des débats : il était avec Jean Castex, le Premier Ministre, en visite au Centre hospitalier Sud francilien de Corbeil-Essonne. "Je suis rentré dans deux chambres dans ce service de réanimation" nous explique-t-il. "Dans la première chambre, il y avait un jeune homme de 28 ans. De 28 ans. Dans le coma. Intubé et ventilé. Dans la deuxième chambre, il y avait un homme en surpoids âgé de 35 ans. C'est ça la réalité mesdames et messieurs les députés, si vous ne voulez pas l'entendre, sortez d'ici ! Elle est là la réalité des hôpitaux. Elle est là la réalité des hôpitaux (...) Vous êtes en train de débattre de sujets alors que nos soignants se battent pour sauver des vies" a-t-il martelé devant les huées des députés.
    "J'ai vu des députés, debout, applaudir, (...) J'ai demandé à mon cabinet 'Pourquoi applaudissent-ils ? Nous avons vaincu l'épidémie ? Pourquoi applaudissent-ils ? Pour rendre hommage aux soignants ?' On m'a expliqué que non, les députés de l'opposition étaient debout pour applaudir le fait qu'ils avaient voté la fin de l'état d'urgence sanitaire à la mi-décembre et la fin du confinement à la fin novembre quoi qu'il arrive. Le décalage était tellement total que j'ai décidé de venir dans cet hémicycle ce soir"
    Selon les chiffres publics de Santé Publique France sur Geodes, le nombre de personnes de moins de 30 ans actuellement en réanimation en Ile-de-France est de 14, sur un total tous âges de 1138. Soit à peu près 1,2% des personnes hospitalisées en réanimation pour Covid-19. Les plus de 70 ans, quant à eux, sont un peu plus nombreux : 463, soit plus de 40%.
    À l'échelle de la France, on recense 42 personnes de moins de 30 ans sur un total de 4884 personnes hospitalisées en réanimation, soit 0,86%. Les plus de 70 ans hospitalisés en réanimation représentent  45,6% des personnes en réanimation.
    Sans ignorer la gravité d'une hospitalisation de si jeunes personnes, insister avec tant de pathos sur un si faible pourcentage relève plus de l'art oratoire que de la solidarité nationale...

    #2 La répartition des emplois publics sur le territoire
    Dans une de ses notes, toujours riche et complète, François Ecalle détaille l'adéquation des emplois publics sur le territoire français. Un indicateur assez simpliste mais éclairant sur les ressorts des inégalités territoriales constatées. Des inégalités qui expliquent, pour certains, les raisons de la grogne des gilets jaunes.

    Lire : Gilets jaunes : le plus dur est à venir
    Un travail à l'échelle des zones d'emploi avait été effectué également par Flore Deschard et Clément Dherbécourt pour France Stratégie : "le taux d’administration est globalement plus élevé dans les zones d’emploi les plus peuplées : il varie de 7 dans les zones rurales à près de 10 dans les grandes métropoles. A contrario, la part de l’emploi public dans l’emploi total ne varie que très peu avec la densité des territoires : la répartition de l’emploi public suit celle de l’emploi privé".

    Lire : Désertification,
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  • La bureaucratie aura-t-elle tué la Covid-19 ?
    Éditorial de la 500ème
    La deuxième vague est là. Le Premier Ministre, Jean Castex, a été clair lundi au micro de France Info en appelant les Français à ne pas se relâcher et à se mobiliser pour faire face à ce regain d'épidémie. "Nous sommes dans une deuxième vague forte" a-t-il asséné. Qu'en est-il vraiment ?

    À en lire les gros titres de la presse, les chiffres sont alarmants et les experts nombreux pour les commenter. Lorsque l'on veut décrypter ces annonces en analysant les chiffres dont nous disposons, il faut consulter les bases nationales qui recoupent plusieurs jeux de données. Et le casse-tête commence.
    Les données sont en libre-accès mais il faut s'armer de patience pour percer leurs secrets méthodologiques et comprendre leur signification. C'est le flou le plus complet... D'autant que les données doivent être consolidées quand la base n'est accidentellement plus alimentée au fil de l'eau. Pour le grand public, impossible de faire une courbe simple qui ait du sens.
    Car, en réalité, les données statistiques ne sont pas supposées fournir un constat en temps réel. La statistique classique ne peut souffrir l'immédiateté : habituellement, la donnée brute est agrégée au travers de différents cubes de données afin de la rendre lisible. C'est un travail fastidieux qui nécessite une réflexion méthodologique et un discernement humain. Une donnée brute ne veut rien dire en soi; c'est son agrégation à d'autres qui la rend signifiante. 
    Ce n'est que récemment qu'on inflige à la statistique publique la nécessité de rendre des comptes sur le champ. D'être à la fois exhaustive et immédiate. Et ce n'est pas avec les jeux de données habituels (Sniiram, Atih, etc.); il s'agit bien de la création de systèmes d'information ad hoc.
    Le Système d’information pour le suivi des victimes d’attentats et de situations sanitaires exceptionnelles (SI-VIC), mis en place peu après les attentats de 2015, entre en scène à partir du 14 mars, date à laquelle la France entre en stade 3 de l'épidémie. Il permet d'être la référence pour établir les décomptes quotidiens. Les autres indicateurs sont ajoutés pour affiner les bilans quotidiens.
    Peu après, à partir du 12 mai, le SI-DEP supplante le SI-VIC pour les données virologiques. Il s'agit d'un autre système d'information, provisoire, alimenté par les laboratoires de biologie en ville et les hôpitaux qui enregistrent uniquement les résultats des tests PCR.
    Ces deux indicateurs sont agrégés sur le site d'open data, data.gouv.fr, ou cartographiées sur le site Géodes, avec d'autres données, notamment celles relatives aux décès Covid-19, du Centre d'épidémiologie sur les causes médicales de Décès (CépiDc).
    Il s'agit des principales bases permettant de dresser des bilans quotidiens. Mais il en existe bien d'autres : la base OSCOUR pour les passages aux urgences, les informations transmises en routine par SOS Médecins, par le Réseau Sentinelle, les données de l'enquête CoviPrev qui recense les comportements et la santé mentale en population générale, etc. (voir à cet effet la note de Santé publique France). Bref, on ne sait plus où donner de la tête.
    Bien entendu, ces données ne sont pas parfaites. Une limite méthodologique de la base SI-DEP a été relevée par Nicolas Berrod pour Le Parisien : le vacancier infecté qui se fait dépister est comptabilisé sur son lieu de résidence principal et non sur le lieu de test... "les personnes en vacances hors de leur département et qui acquièrent l’infection dans leur lieu de vacances sont comptabilisées dans la base SI-DEP selon leur commune de résidence habituelle" précise Santé Publique France. Logique.
    Sur la base SI-VIC,  les décès survenus à l’hôpital sont décomptés, mais pas ceux survenus à domicile ou en maison de retraite. Ils sont ajoutés a posteriori.
    Autre point qui complique la modélisation de l'évolution de l'épidémie dans le temps : la méthodologie qui a évolué depu...
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