La Lettre de Galilée

La Lettre de Galilée

By La Lettre de GaliléeNewsPolitics
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La Lettre de Galilée episodes

  • Le guerrier, le coriace, le zélé et les pieds nickelés
    Éditorial de la 495ème
    L'affaire hydroxychloroquine n'est pas terminée. Deux des plus grandes revues médicales, The Lancet et le New England Journal of Medicine (NEJM), ont retiré leurs publications concernant les études menées sur les traitements à l'hydroxychloroquine de la Covid-19. Leurs conclusions, en défaveur du remède miracle plébiscité par le Pr.Didier Raoult, avait été aveuglément et très rapidement suivies par l'OMS qui avait décidé de suspendre son essai clinique international baptisé Discovery et, en France, par l'ANSM, suspendant également 16 essais cliniques testant l'hydroxychloroquine. Le Ministre de la Santé, Olivier Veran,  suivant l'avis défavorable rendu par le Haut Conseil de santé publique, avait même supprimé les dérogations qui autorisaient l'utilisation de la molécule à l'hôpital. Quand la science commence à vouloir faire le buzz, l'arnaque est juteuse.

    Lire : Faut-il lyncher le professeur Raoult ?
    Le scientifique prouve, le médecin soigne, le politique, lui, communique. Emmanuel Macron s'exprimera entre le 28 juin et le 14 juillet pour "dessiner l'après-Covid", selon BFMTV. On dirait le créneau que vous envoie Chronopost quand vous attendez un colis... Dans un article d'Adam Nossiter paru vendredi dernier, le New York Times encense le Président français : "Le gouvernement du président Emmanuel Macron a repoussé le coronavirus, empêché les licenciements massifs, soutenu les salaires des chômeurs, évité les longues files d'attente dans les magasins et atteint un taux de mortalité inférieur à celui de ses voisins, à l'exception de l'Allemagne". Mais les Français, selon le thuriféraire américain, sont ingrats face à ce bilan : "Ne le dites tout simplement pas aux Français qui en veulent plus que jamais à Macron. Les Français attendent beaucoup de leurs dirigeants mais sont toujours prompts à leur reprocher quelque chose. M. Macron ne fait pas exception. En fait, plus les résultats sont bons, moins les Français semblent disposés à applaudir leur président." Les Français en prennent pour leur grade. Puis plus loin, "à certains égards, M. Macron est son pire ennemi, avec un style qui peut sembler impérieux"...

    Lire : Masques : les dessous d’un scandale d’État à venir
    Au passage, le journal balaie d'un revers de plume le scandale de la pénurie des masques : "L'affaire [des masques] a agité les médias français pendant plusieurs semaines, mais a depuis largement disparu. Dans la rue, certains portent des masques, mais beaucoup n'en portent pas." Much ado about nothing... Les Français aiment râler pour rien et en plus ils mangent des grenouilles. Un cliché américain de plus qui passe sous silence la plainte portée par un collectif de 600 médecins contre les autorités sanitaires...

    Lire : L’État a-t-il sciemment organisé une pénurie de masques ?
    De son côté, Édouard Philippe fait la une de L'Obs qui titre : "Le coriace". Les sondages le portent plus favorablement qu'Emmanuel Macron. Un Premier Ministre qui parvient à "séduire tant de Gaulois récalcitrants", (...) ces Français qui aiment la castagne et qui ont fini par remarquer l’incroyable solidité de celui qui n’en finit pas de se cantonner au second rôle avec une application de bon élève de la Macronie". À croire que la gestion calamiteuse de la pandémie les aura grandit...

    Lire : Prorogation de l’état d’urgence sanitaire : flicage ou enfumage ?
    Olivier Veran, notre zélé Ministre de la Santé, quant à lui a écrit une lettre au Lancet pour lui demander des comptes et certainement tenter de se crédibiliser après ce camouflet. Que s'est-il passé au juste ?
    Dès après la publication le 22 mai dernier de l'article dans la revue The Lancet, de nombreuses voix se sont élevées pour contester la validité de l'étude. Parmi lesquelles celle du Pr. Raoult qui, quelques jours plus tard, sur Twitter, pointe du doigt des données "trop homogènes" : "il n'est pas possible qu...
    14 min
  • Faut-il lyncher le professeur Raoult ?
    Éditorial de la 494ème
    Avec ses cheveux longs et ses propos anticonformistes, le Pr. Didier Raoult a tout de la figure christique. Aujourd'hui, ce sont les grands-prêtres parisiens qui condamnent ce prophète ; hier, c'était Emmanuel Macron, en Ponce Pilate, qui était venu se laver les mains alors que le sanhédrin de la santé venait juste d'interdire à la médecine de ville la prescription d'hydroxychrloroquine pour la réserver à un usage strictement hospitalier. Demain, ce sera la foule électrisée qui criera : "qu'on le crucifie ! qu'on le crucifie !" Ce mercredi, c'est un décret qui interdit toute vente d'hydroxychloroquine. Alors Raoult est-il un prophète incompris de ses pairs ? un gourou ? ou tout simplement un menteur ? 



    Avant février, à part au Scrabble, personne ne connaissait l'hydroxychloroquine. Les historiens peut-être. Puisque dès le règne du pape Urbain VIII, on découvre grâce à un jésuite Agostino Salumbrino, les vertus contre la fièvre de l’écorce rouge du quinquina. Il faudra attendre 1820 pour que deux  chimistes français, Joseph Pelletier et Joseph Caventou, en extraient le principe actif  : la quinine. Et la quinine et ses dérivés ont toujours au fil des années suscité les plus grands espoirs.
    Dans une étude Epi-Phare de pharmaco-épidémiologie conjointe ANSM/CNAM qui reprend sur les 5 semaines de confinement la dispensation de médicaments remboursés sur ordonnance en pharmacie d’officine, on apprend que "la délivrance de chloroquine était marquée par un pic autour du 25 au 28 février en passant de moins de 50 personnes par jour à plus de 450. (...) Nous estimons à environ 41 000 le nombre de personnes supplémentaires ayant acquis sur ordonnance un traitement d‘hydroxychloroquine (ou plus rarement de chloroquine)" (voir page 50) pendant le confinement.
    Quel est le profil de ces personnes ?  relativement jeunes, 62% de moins de 60 ans avec 57% de femmes et globalement plus favorisées socialement avec plus de 30% des personnes résidant dans les 20% des communes les plus favorisées. Il existait de fortes disparités géographiques ; c’est à La Réunion que la chloroquine était la plus prescrite (en instauration 46,0 pour 100 000) par habitant (vs 9,4 en Provence-Alpes-Côte d'Azur et 7,3 pour l’Île- de-France).
    Comment expliquer ce pic du 27 février dans les données de remboursement de l'hydroxychloroquine ? Une vidéo publiée le 25 février (740 000 vues aujourd'hui, ce n'est pas vraiment un buzz) par l'Institut Hospitalo-Universitaire Méditerranée Infection où le professeur Raoult annonce un "scoop de dernière minute" : une étude chinoise qui révèle l'efficacité de la "chloroquine" sur le coronavirus. "C'est une excellente nouvelle. C'est probablement l'infection respiratoire la plus facile à traiter" suscitant l'hilarité de l'auditoire. Et de conclure "faites attention, il n'y aura bientôt plus de chloroquine dans les pharmacies".
     Faire approuver une nouvelle molécule ou un vaccin prend trop de temp en pleine pandémie. Le pari, c'est de trouver et réutiliser des molécules dont on connaît déjà la toxicité.  En cas d’urgence sanitaire, la chloroquine, malgré les effets indésirables connus (maux de tête, nausées, troubles cardiovasculaires), coche toutes les cases  : facile à produire, bon marché et utilisée depuis soixante-dix ans.
    Hasard malencontreux des calendriers, l'hydroxychloroquine avait été classée par un arrêté du  13 janvier par Agnès Buzyn "sur la liste II des substances vénéneuses". Cette décision repose sur une recommandation de l'Anses qui justifiait son choix déjà en novembre 2019 : "la chloroquine substance de la même famille [que l'hydroxychloroquine] présente un potentiel génotoxique qui pourrait être similaire pour la substance hydroxychloroquine. Des études ont été demandées aux titulaires des AMM des médicaments concernés afin d’évaluer le risque sur la santé humaine. Il est proposé de classer la substance sur la liste I...
    18 min
  • Covid-19 : quand la santé obéit aux lois du marché
    Sans surprise, il sera question dans notre revue de presse de ce vendredi de la pandémie de COVID-19. Deux études tout d'abord qui vont électriser l'actualité autour de l'hydroxychloroquine. Et l'annonce du directeur général de Sanofi, Paul Hudson, sur un hypothétique vaccin, qui enflamme la classe politique. 




    Joyeux Noël pic.twitter.com/D8rjUKtfBh
    — Maureen Laroche
    10 min
  • Prorogation de l’état d’urgence sanitaire : flicage ou enfumage ?
    Éditorial de la 493ème
    La loi pour la prorogation de l'état d'urgence sanitaire a définitivement été votée ce week-end. Déjà, vendredi dernier, l'Assemblée nationale avait adopté en première lecture le projet de loi. 367 députés ont voté "pour", 176 "contre". 30 s'étant abstenus. Le lendemain, à l'issue du travail mené par la Commission mixte paritaire, elle adoptait définitivement le texte.
    Lundi, bon pied bon oeil, le Conseil Constitutionnel rendait sa copie, en retoquant plusieurs dispositions concernant le régime des mesures de quarantaine et d'isolement ainsi que celles concernant les traitements de données des fichiers de "traçage". Ce fameux article 6 qui prévoit la mise en place d'un système d’information sur les malades du Covid-19. Très controversé, il a finalement été jugé constitutionnel  car il vise à protéger la santé des Français. Constitutionnel mais assorti de quelques modifications.
    [PowerPress]
    L'objectif du Gouvernement avec ce système d'information est de tracer et remonter les chaînes de contamination. Autrement dit, de réaliser un véritable travail d'identification de tous les contacts qu'aurait pu rencontrer une personne malade du COVID-19. Une enquête de fourmis mené par des "brigades sanitaires", près de 4000 personnels de l'Assurance maladie seraient mobilisés, et les professionnels de santé, bien entendu, dont les médecins généralistes en première ligne.

    Lire : Contact Covid : le fichier de traçage des patients qui inquiète les médecins
    En son article 11 (article 6 en première lecture), la loi prévoit le traitement et le partage, dans le cadre d'un système d'information ad hoc, de "données à caractère personnel" des personnes atteintes du Covid-19 et aux personnes ayant été en contact avec elles "sans le consentement des personnes intéressées". De plus, cette utilisation sera possible "par dérogation à l'article L. 1110-4 du code de la santé publique [NDLR : il s'agit ni plus ni moins du secret médical], "aux seules fins de lutter contre la propagation de l'épidémie de covid-19" et "pour la durée strictement nécessaire à cet objectif ou, au plus, pour une durée de 6 mois à compter de la fin de l'état d'urgence sanitaire". Bigre.
    Également, "le ministre chargé de la santé ainsi que l'Agence nationale de santé publique, un organisme d'assurance maladie et les agences régionales de santé peuvent en outre, aux mêmes fins et pour la même durée, être autorisés par décret en Conseil d'Etat à adapter les systèmes d'information existants et à prévoir le partage des mêmes données dans les mêmes conditions. Autrement dit, ces organismes peuvent croiser les autres bases de données auxquelles elles ont accès (SNIIRAM, PMSI, MDPH, BCMD). Et donc celles du Data Hub Santé dont on a donné par arrêté les pleins pouvoirs il y a quelques jours...

    Concrètement, comment fonctionne le mammouth ?
    Deux bases de fichier seront créées : le premier, le Service intégré de dépistage et de prévention (Sidep), qui aura pour objectif d'identifier les personnes atteintes par le Covid-19 grâce aux informations que remonteront les laboratoires de biologie médicale. Le second, "Contact Covid", aux mains de l’Assurance maladie permettra de recenser les cas-contacts, c'est-à-dire l'ensemble des personnes qui ont pu ou peuvent avoir été en contact avec la personne infectée. Plusieurs niveaux ont été prévus pour alimenter cette base  :


    Le tracing de niveau 1 sera opéré par les médecins. Dans les Echos, Nicolas Revel explique : « Si le patient est testé positif, le médecin devra inscrire son identité et renseigner le maximum de noms de personnes qui sont entrées en contact avec lui, en remontant jusqu’à quarante-huit heures avant l’apparition des symptômes. »
    Le tracing de niveau 2 sera fait par l’Assurance maladie et ses fameuses brigades sanitaires : Ce travail d’enquête visera "à enrichir la liste des contacts potentiels a...
    12 min
  • L’État a-t-il sciemment organisé une pénurie de masques ?
    Éditorial de la 492ème
    Les masques, épisode 2, le retour. Ils arrivent. Lors de notre revue de presse vendredi dernier, nous évoquions les annonces de la grande distribution qui prévoient de vendre des millions de masques dès le 4 mai.  La polémique sur de supposés stocks cachés par la grande distribution n'a pas désenflé du week-end. Olivier Véran lui-même a du monter au créneau samedi pour rassurer des professionnels de santé chauffés à blanc : "La grande distribution a annoncé non pas des stocks de masques, mais des commandes"...


    

    Jusqu'à maintenant, les masques étaient réservés aux seuls professionnels de santé, en tous cas pour ceux qui pouvaient s'en procurer en pharmacie. Édouard Philippe a présenté mardi dernier devant l’Assemblée nationale son plan de déconfinement qui sera mis en oeuvre après le 11 mai. Le lendemain, chaque grande marque de la grande distribution redoublait de tours de manche pour annoncer à qui mieux mieux en vendrait le 4 mai. Au final, près de 500 millions.
    Comment est-ce possible en si peu de temps alors que les pharmacies d'officine n'ont pas réussi à tenir leur stock auprès de leurs fournisseurs ? Certains y voient un scandale d'État et réclament des comptes à la grande distribution.

    La grande distribution se justifie
    Olivier Véran dans son point presse se veut rassurant : en réalité, ce ne sont que "5 voire 10 millions" de masques que la grande distribution pouvait commercialiser ce lundi. Assez loin des 500 millions relayés dans la presse.
    Et les enseignes de la grande distribution se justifient. Carrefour : "Jusqu’au 21 mars 2020, les masques jetables avaient été placés sous un régime de réquisition (...). Carrefour a remis l’intégralité de son stock de masques afin qu’il soit orienté vers les personnels de santé. Le 21 mars 2020, l’importation de masques a été libéralisée. À compter de cette date, Carrefour a commandé des masques (...). 30 millions de masques jetables ont ainsi été commandés en un mois. Le 24 avril 2020, le Gouvernement a demandé à l’ensemble des circuits de distribution d’être en mesure de participer à l’équipement de la population française à compter du 4 mai. Carrefour s’est alors mobilisé pour commander massivement des masques. 40 millions de masques supplémentaires à destination de nos collaborateurs ont été également été commandés." Déjà Olivier Véran a tout faux sur ses chiffres... Et il nous ment car les grandes surfaces ont fait des stocks dès le 21 mars.
    Mais le message est clair : toutes les commandes ont été passées après le 21 mars. Pourquoi cette date ? C'est celle du décret publié au Journal Officiel quelques jours plus tard qui prévoit... la réquisition de tous les masques !
    La question est simple : comment la grande distribution peut-elle constituer des stocks quand l'État est sensé réquisitionner tous les masques ?


    Face aux interrogations légitimes sur ce sujet, le groupement Système U souhaite faire la transparence sur ses commandes de masques chirurgicaux à usage unique. Il n'y avait pas de stock caché. @ULesCommercants pic.twitter.com/qM8EPC5UIF
    — Dominique Schelcher (@schelcher) May 3, 2020


    Le paradoxe français
    La constitution des stocks de la grande distribution repose sur une lecture a contrario d'un décret sensé réquisitionner les masques : les dispositions sur la réquisition des stocks de masques ne concernent que les stocks présents sur le sol français à la date d’entrée en vigueur du décret, soit le 21 mars. La réquisition ne s’applique pas aux stocks qui seraient constitués après la date du 21 mars pour des masques produits à l’étranger répondant aux normes CE.
    Et mieux encore, non seulement ils ne peuvent être réquisitionnés mais en plus rien n'empêche leur commercialisation. Comme le souligne Me Maisonneuve dans un article détaillé en date du 24 avril : "Rien ne prohibe,
    14 min
  • Masques : les dessous d’un scandale d’État à venir
    Au coeur de cette tragique pandémie, particulièrement pour les médecins généralistes, le Gouvernement nous aura habitués aux revirements les plus loufoques et à toutes les bouffonneries. Une mascarade (le jeu de mots est facile) que ne manqueront certainement pas de questionner les futures commissions d'enquête.

    La stratégie de déconfinement enfin dévoilée
    Le Premier ministre Édouard Philippe a présenté mardi dernier à l’Assemblée nationale le plan de déconfinement qui sera mis en oeuvre après le 11 mai. Il a souhaité "revenir précisément sur [le] sujet [des masques]."
    On est passé du déni ("il y a suffisamment de masques") à l'aveu qu'il n'y en a plus depuis Bachelot, en passant par la pénurie masquée... Édouard Philippe fait dans le comique de répétition en en remettant une couche. "Masques : un fiasco et des mensonges" titrent Pauline Moullot et Ismaël Halissat dans un article au vitriol paru le 27 avril dans Libé.

    Lire : Coronavirus : les masques vont tomber
    "Cette question des masques a suscité l’incompréhension et la colère de nombreux Français. Pourquoi n’y en avait-il pas pour tout le monde ? Fallait-il en porter ? Où les trouver ? Lorsque la crise a commencé, nous disposions d’un stock important de masques chirurgicaux. Important au sens où il permettait de répondre à plus de 20 semaines de consommation normale des services hospitaliers. La production nationale était inférieure à la consommation normale, mais complétée par des importations régulières." Nous avons pris la décision de "réserver le stock existant aux soignants hospitaliers. Pour garantir la fourniture de ces masques à ceux qui, en première ligne, auraient à soigner les malades. Il est arrivé que nous doutions de notre capacité à garantir cet approvisionnement dans la durée. Réserver les masques aux soignants, c’était mécaniquement refuser de les distribuer à d’autres. C’est un choix difficile, un choix contesté, un choix que j’ai estimé nécessaire." 
    "Les pharmacies et la grande distribution seront invitées à vendre, dans des conditions que nous définirons avec eux pour éviter les phénomènes de pénurie, des masques jetables ou lavables. Les particuliers sont bien sûr invités à se confectionner eux-mêmes des masques" a ajouté Édouard Philippe. Le conseil scientifique Covid-19 préconise le port systématique d’un masque dans les lieux recevant du public, dans son avis du 20 avril.
    Deux informations : la première, c'est que les masques ont été réservés aux soignants. À croire que les médecins généralistes ne sont pas des soignants; le Gouvernement ne jure que par l'hôpital. Deuxième information : les masques qui n'étaient pas disponibles (d'ailleurs ils n'étaient pas jugés utiles) vont devenir obligatoires dans certains endroits (comme les transports en commun). D'ailleurs, puisqu'ils sont obligatoires, ils deviennent disponibles. Ou vice-versa.
    Loin d’assumer un changement de doctrine politique, la majorité estime que c’est en fait un revirement scientifique. C’est ce qu’a expliqué le député LREM Sylvain Maillard mardi dernier sur BFMTV. “Je comprends qu’on puisse s’étonner d’un changement de doctrine, c’est le cas. Mais le changement n’est pas politique, il est scientifique, a indiqué l’élu. Les mêmes scientifiques qui ne parlaient pas ou disaient que le masque ne devaient servir qu’aux soignants sont en train de nous dire l’inverse”. Pour une fois, le changement c'est maintenant !

    Les masques vont être disponibles. Massivement disponibles. Tout d'un coup. Là où le pharmacien comptait à l'unité son maigre stock de masques, la grande distribution nous en vend des millions dans quelques jours. Zorro est arrivé... masqué !

    Les masques sortent du chapeau ... de la grande distribution !
    Dans un communiqué commun, les 7 ordres de professionnels de santé s'insurgent : "Comment s’expliquer que nos soignants n’aient pas pu être dotés de masques quand on ...
    11 min
  • La téléconsultation : opportunité ou enfumage ?
    Éditorial de la 491ème
    Il y a encore peu, la téléconsultation était encore un champ expérimental : certains n'y croyaient pas; d'autres ont investi massivement dans ce marché naissant. Avec le confinement et la pandémie, le Français fuient les salles d'attente des professionnels de santé pour préférer massivement la téléconsultation. S'agit-il d'un phénomène circonstanciel lié à la pandémie ? Ou les moeurs ont-elles vraiment changé avec l'épidémie de Covid-19 ?
    Devant la commission des affaires sociales du Sénat, mercredi dernier, Nicolas Revel, le patron de la CNAMTS, a rapporté le "développement spectaculaire" de la téléconsultation médicale : "le nombre de téléconsultations est passé de 40 000 en février à 1 million sur la semaine du 30 mars au 5 avril.. D’après la CNAMTS, les médecins libéraux sont 38 240 à avoir facturé au moins une téléconsultation sur la période. Au demeurant, précise-t-il, 85 % d'entre elles ont été réalisées par un médecin qui connaissait déjà le patient. Ce développement très important de la téléconsultation semble "respecter les règles de prise en charge qui ont été posées dans le cadre de l'avenant 6."

    Lire : [Télémédecine] Le site arretmaladie.fr est-il une arnaque ?
    En raison de la crise que traverse l'activité médicale libérale, certains aménagements ont été prévus pour "ouvrir la téléconsultation le plus largement possible" : les téléconsultations réalisées par des médecins hors parcours sont possibles, les "simples consultations par téléphone" sont assimilées à des téléconsultations,  les médecins spécialistes ont la possibilité de coter des consultations dites « complexes ». La télémédecine a été ouvertes à d'autres professions : sages-femmes, orthophonistes et infirmiers. Plus récemment, la téléconsultation a été ouverte aux masseurs-kinésithérapeutes. Les chirurgiens-dentistes pour l'instant sont exclus des dispositifs.

    Lire : Qui sont les suppôts de l’ubérisation du système de santé ?
    Les téléconsultations sont prises en charge à 100% par l'Assurance maladie depuis le 18 mars et ce, jusqu'au 30 avril. Mais, "ce qui est nécessaire dans le cadre de la crise actuelle ne le sera pas au-delà" prévient Nicolas Revel. Il ne s'agit pas de mettre durablement un signe égale entre une consultation en présentiel, une téléconsultation et un simple appel téléphonique. "Il faudra remettre les choses d'aplomb après la crise. Quoi qu'il en soit, la consultation téléphonique ne me semble pas appelée à être pérennisée." précise-t-il. Même s'il songe à inscrire, après la crise sanitaire et "dans un cadre plus pérenne", cette possibilité d'actes de télé-soins ouverte aux orthophonistes, aux sages-femmes et aux masseurs-kinésithérapeutes, avec l'évaluation préalable de la Haute Autorité de santé (HAS).

    Lire : Qare au gorille !
    Ce qui est exceptionnel aujourd'hui sera-t-il la norme demain ?
    "Certains médecins font des journées entières de téléconsultations et voient jusqu’à 40 patients par jour quand ils sont bien organisés", constate le Dr Jean Tafazzoli, dans un article d'Egora consacré au sujet. Il est le fondateur de MaQuestionMédicale, une plateforme entièrement financée par la communauté médicale lancée en mai 2019. Plus de 2 300 médecins utilisent désormais quotidiennement l’outil, alors qu'ils n'étaient que 250 en novembre. Et rien que sur le mois de mars, 2 millions de visiteurs ont été comptabilisés.

    Lire : PLFSS 2018 et expérimentations de la télésurveillance médicale : qu’en penserait Nostradamus ?
    Ces plateformes se frottent les mains : “Le Covid, c’est malheureux à dire, va faire un grand bien au monde de la santé numérique” assure le Dr Jean Tafazzoli.
    Doctolib, quant à elle, cette plateforme de prise de rendez-vous en ligne s’est adaptée en ajoutant un service de téléconsultation fin 2019 à son offre (en rachetant au passage son concurrent MonDocteur.fr).
    9 min
  • Le ras-le-bol des libéraux
    Cette semaine, l'actualité tourne encore et toujours autour de la pandémie de Coronavirus. On parle un peu de ceux qu'on n'entend pas mais on entend surtout ceux qui parlent un langage qu'on n'entend pas...
     


    L'exaspération des médecins libéraux
    Les professionnels de santé (médecins, infirmiers, aides soignants), en première ligne, ont payé un lourd tribu depuis le début de la pandémie de COVID-19. On dispose de peu de chiffres. Plusieurs cas de décès parmi les médecins ont été rapportés par la presse régionale. Une infirmière de 51 ans d’un Ehpad de Saint-Maur-des-Fossés dans le Val-de-Marne est morte le 3 avril. Selon l’Ordre des infirmiers, des "remontées de terrain" font état de plusieurs autres décès. Mais les données sont lacunaires. Au moins 4 aides soignantes d'Ehpad entre 50 et 60 ans. Parfois mères de famille. Même les agents hospitaliers ne sont pas épargnés : 2 décès rapportés par l'APHP.
    En ville, les médecins généralistes continuent leur travail, sans matériel. Selon les chiffres de la Caisse autonome de retraite des médecins de France (CARMF) que rapporte Daniel Rosenweg dans le Parisien, ce seraient 21 médecins libéraux qui seraient décédés. Parmi eux, on compte 9 médecins en activité, un médecin en cumul emploi retraite, et 11 retraités dont il est probable qu'une partie au moins a intégré la réserve sanitaire. 4000 arrêts de travail auraient également été transmis à la caisse de retraite.
    Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France, (FMF), déplore le silence des autorités : "Après la conférence de presse, dimanche, d'Édouard Philippe et d'Olivier Véran, nous sommes amers, explique-t-il. En deux heures et demie d'intervention pas un mot pour remercier les médecins libéraux et saluer ceux qui sont montés en première ligne avec des masques qui étaient des passoires, pas un mot pour les 4000 confrères contaminés et les 21 décédés."


    Un médecin libéral de plus décédé du #Covid_19 .
    Je le connaissais
    Trop tot pour donner son nom.
    Le chiffre de 23 médecins libéraux parait possible, nous ne savons pas si tous étaient en exercice, à dble activité, ds reserve sanitaire, retraités actifs
    Suis au delà de la haine
    — DrMartyUFML-S (@Drmartyufml) April 25, 2020



    Les dentistes organisent la reprise
    Depuis le 18 mars, les dentistes ont du cesser leur activité; ils organisent désormais leur reprise le 11 mai. Dans un article de France3 GrandEst, intitulé "pourquoi les dentistes ont le sentiment d'être les oubliés du système de soin", on apprend comment la permanences des soins s'est organisée autour de gardes d'urgence. Les chirurgiens-dentistes sont restés joignables par téléphone mais ne peuvent facturer une téléconsultation. Des négociations conventionnelles seraient en cours...  "Certains m’appellent à 19h le soir, maintenant aussi le samedi ou le dimanche." raconte une dentiste au journal. Et ces appels ne sont pas des consultations payantes, comme pour les médecins généralistes. Nous donnons des conseils d’hygiène bucco-dentaires, nous prescrivons des antibiotiques en cas d’infection ou des antalgiques, mais c’est tout ce que nous pouvons faire à distance (...) Au début, certaines choses été disponibles en pharmacie, des parents avaient un reste de cire utilisée pour les appareils dentaires. Et puis j’ai dû conseiller à des patients de boucher un trou dans une dent avec de la cire de Babybel, il n'y avait pas d'autre choix."
    Avec des charges très importantes, un cabinet coûte 100€ par heure, "j'ai besoin de recommencer à travailler, sinon je ne sais pas si je pourrai m'en sortir." confie le dentiste. Reste encore à trouver le matériel : purificateur d'air, surblouse et calot à changer entre chaque patient, machine pour laver sur place le linge médical plus nombreux, etc. Les dentistes sont nombreux à avoir donné leurs masques, leurs surblouses,
    16 min
  • StopCovid : l’app qui va faire flop
    Éditorial de la 490ème

    Dans un point presse hier soir, Olivier Veran, Ministre de la santé, et Édouard Philippe, Premier Ministre, ont rappelé leur souhait de proposer aux Français volontaires une application de traçage quotidien lors du déconfinement. Cette application baptisée StopCovid permettrait de détecter plus rapidement et plus efficacement les personnes infectées. Du moins en théorie. Car les obstacles sont encore nombreux. Les Français sont assez réticents à confier leur intimité aux agences de santé et les choix stratégiques nationaux pour le développement technique de cette application restent trop technocrates.

    Lire : Health Data Hub : faut-il craindre l’exploitation de nos données de santé ?
    La semaine dernière, Google et Apple ont fait une annonce fracassante : les deux concurrents, ces géants du numérique qui couvrent quasiment la totalité du marché des téléphones portables, souhaitent, dès les mois de mai prochain, "lancer une solution complète comprenant des interfaces de programmation d'application (API) et une technologie appliquée au système d'exploitation pour rendre possible le traçage des chaînes de transmission". Grosso modo, ces API permettront une interopérabilité mondiale entre les appareils Androïd et iOS pour les apps de traçage provenant des autorités de santé que les utilisateurs auront téléchargées sur la base du volontariat.

    Lire : Données personnelles de santé : un trésor envié et sous-exploité
    Le communiqué se conclut en ces termes : "Grâce à une coopération et une collaboration étroites avec les développeurs, les gouvernements et les acteurs du domaine de la santé, nous espérons exploiter la puissance de la technologie pour aider les pays du monde entier à ralentir la propagation du COVID-19 et à accélérer le retour à une vie normale."

    Une API de contact tracing
    C'est une première dans le numérique qui permettra de fédérer l'ensemble des initiatives internationales. Le poids de ces mastodontes, Google et Apple, érige en norme de référence leur API. Cela aura l'avantage de standardiser autour de leur API l'hétérogénéité de tous les nombreux projets dans le monde. Le Massachusetts Institute of Technology (MIT) a lancé un système de "contact tracing" baptisé Private Automated Contact Tracing (PACT). Les universités de Standford et Waterloo travaillent sur CovidWatch. Un projet européen appelé Pan-European Privacy-Preserving Proximity Tracing a vu le jour. À Singapour, c'est le projet TraceTogether. En France, tout comme en Angleterre où la NHS planche sur le sujet, c'est l'institut national de recherche pour les sciences et technologies du numérique (INRIA) qui réfléchit à une application gouvernementale nommée StopCovid, suite à l'annonce le 8 avril dernier dans Le Monde par Olivier Veran, le Ministre de la Santé, et Cédric O, le secrétaire d’État au numérique. Le patron de l'INRIA, Bruno Sportisse, expose le projet au travers d'une longue note technique.

    Lire : Quel avenir pour nos données personnelles de santé ?
    Comment fonctionne l'API ?
    Comme le rappelle la note d'explication de Google et Apple que nous explique avec clarté Guillaume Poggiaspalla sur le Podcast TechCafé de Guillaume Vendé, les systèmes de "contact tracing" n'utilisent pas le GPS des téléphones car ils sont trop intrusifs et permettent de localiser précisément les individus. Ils utilisent ainsi la technologie de "Bluetooth Low Energy" (BLE) : l'app utilise le Bluetooth du téléphone en tache de fond. Autrement dit, avec notre téléphone en poche, l'app envoie un identifiant anonymisé aux téléphones alentour grâce au réseau local du bluetooth. L’avantage de ce procédé est qu’il ne repose sur aucune donnée de localisation. Lorsque vous êtes malade, votre identifiant est envoyé sur un serveur auquel tous les téléphones ont accès : sur ce serveur, ils téléchargent et mettent à jour la liste des personnes malades et pe...
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  • Grève dans les EHPAD : est ce vraiment à l’État de financer les maisons de retraite ?
    Les personnels des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) se sont largement mobilisés mardi dernier pour dénoncer la dégradation de leurs conditions de travail. À la suite de la mobilisation sur les réseaux sociaux avec le hashtag #BalanceTonHosto, certains avaient même lancé #BalanceTonEHPAD.  

    Lire : #Balancetonhosto, le hashtag qui dénonce les incohérences de l'hôpital
    Sortez votre chéquier Madame la Ministre !
    Le jour même, le médiatique député de France Insoumise, François Ruffin, a fait le buzz lors des questions au Gouvernement en interpelant la Ministre de la Santé sur les conditions dans les EHPAD en sortant son chéquier. "Nous vous le demandons : délaissez maintenant les belles paroles. Faites simplement un geste : sortez le carnet de chèques aux patients de ce pays".

    Pourtant, la semaine dernière, en visite au centre gérontologique de Chevreuse dans les Yvelines, la Ministre a annoncé une rallonge au PLFSS de 50M€ à destination des maisons de retraite.  Elle s'est justifiée en indiquant que "le budget des EHPAD est celui qui va le plus augmenter dans le budget de la sécurité sociale cette année". Un médiateur, Pierre Ricordeau, inspecteur général des affaires sociales. a même été nommé pour suivre les effets de la réforme tarifaire.

    Un marché pourtant bien juteux.
    Aujourd’hui, 1,5 millions de personnes ont plus de 85 ans en France et 600 000 vivent en Ehpad ; d’ici 2050, 5 millions de Français auront plus de 85 ans. 7 200 EHPAD assurent l’accueil des personnes âgées et emploient environ 400 000 salariés.
    L’État a doublé ses financements à ces établissements en 10 ans : entre 2006 et 2017 ils sont passés de 5 à 10 Md€. Les établissements et services médicosociaux (ESMS) ont bénéficié, depuis 2006, de 1,97 Md€ d’aides à l’investissement de la CNSA, ce qui a permis de financer 12Md€ de travaux.
    En France, les deux acteurs majeurs du secteur, côtés en Bourse, sont Korian, avec 2,9Md€ de chiffre d'affaire en 2016 et une croissance de 5%, selon son communiqué, et Orpéa avec 2,8Md€ en 2016 et un objectif déjà sécurisé de 3,1Md€ en 2017, selon le communiqué du groupe. Des groupes en forte croissance. "Nous allons nous focaliser sur la croissance interne en Europe, grâce un réseau de première qualité qui nous offre un excellent potentiel de croissance" expliquait Sophie Boissard, la directrice générale du groupe lors de la présentation des résultats annuels. Des propos qui tranchent avec les conditions que déplorent les soignants.

    Les fonds d'investissements à la manœuvre
    Edepuis les années 1990, la privatisation des EHPAD en France a suscité la convoitise de nombreux investisseurs financiers étrangers qui se livrent une lutte sans merci. Korian et Orpéa en ont d'ailleurs fait les frais, nous rappelle Anatole Lizee sur son blog, en subissant les offensives financières de deux fonds de pensions canadiens, Canada Pension Plan Investment Board et PSP Investments.
    Ces fonds de pensions canadiens pèsent plus de mille milliards de dollars et sont parmi les fonds d'investissements les plus actifs en Europe. Ainsi en 2013, CPPIB est rentré au capital d’Orpéa à hauteur de 15%, au cours d’une opération représentant un peu plus de 320M€. En 2015, c'est Korian qui avait fait l’objet d’une offensive de PSP Investments en acquérant 14% du capital du groupe.
    La SilverEconomy est un marché extrêmement lucratif. Si la majorité des EHPAD (43 %) relèvent du secteur public ou du secteur privé à but non lucratif (31 %), le secteur privé commercial représente 26% des EHPAD. Mais, entre 1990 et 2014, 39,1 % des places d’hébergement sont créées dans des EHPAD privés à caractère commercial, selon un rapport de France Alzheimer. Un chiffre qui témoigne de la part de plus en plus importante que prend actuellement ce profil de gestionnaire dans le paysage global des EHPAD.

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