Éditorial de la 490ème
Dans un point presse hier soir, Olivier Veran, Ministre de la santé, et Édouard Philippe, Premier Ministre, ont rappelé leur souhait de proposer aux Français volontaires une application de traçage quotidien lors du déconfinement. Cette application baptisée StopCovid permettrait de détecter plus rapidement et plus efficacement les personnes infectées. Du moins en théorie. Car les obstacles sont encore nombreux. Les Français sont assez réticents à confier leur intimité aux agences de santé et les choix stratégiques nationaux pour le développement technique de cette application restent trop technocrates.
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La semaine dernière, Google et Apple ont fait une annonce fracassante : les deux concurrents, ces géants du numérique qui couvrent quasiment la totalité du marché des téléphones portables, souhaitent, dès les mois de mai prochain, "lancer une solution complète comprenant des interfaces de programmation d'application (API) et une technologie appliquée au système d'exploitation pour rendre possible le traçage des chaînes de transmission". Grosso modo, ces API permettront une interopérabilité mondiale entre les appareils Androïd et iOS pour les apps de traçage provenant des autorités de santé que les utilisateurs auront téléchargées sur la base du volontariat.
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Le communiqué se conclut en ces termes : "Grâce à une coopération et une collaboration étroites avec les développeurs, les gouvernements et les acteurs du domaine de la santé, nous espérons exploiter la puissance de la technologie pour aider les pays du monde entier à ralentir la propagation du COVID-19 et à accélérer le retour à une vie normale."
Une API de contact tracing
C'est une première dans le numérique qui permettra de fédérer l'ensemble des initiatives internationales. Le poids de ces mastodontes, Google et Apple, érige en norme de référence leur API. Cela aura l'avantage de standardiser autour de leur API l'hétérogénéité de tous les nombreux projets dans le monde. Le Massachusetts Institute of Technology (MIT) a lancé un système de "contact tracing" baptisé Private Automated Contact Tracing (PACT). Les universités de Standford et Waterloo travaillent sur CovidWatch. Un projet européen appelé Pan-European Privacy-Preserving Proximity Tracing a vu le jour. À Singapour, c'est le projet TraceTogether. En France, tout comme en Angleterre où la NHS planche sur le sujet, c'est l'institut national de recherche pour les sciences et technologies du numérique (INRIA) qui réfléchit à une application gouvernementale nommée StopCovid, suite à l'annonce le 8 avril dernier dans Le Monde par Olivier Veran, le Ministre de la Santé, et Cédric O, le secrétaire d’État au numérique. Le patron de l'INRIA, Bruno Sportisse, expose le projet au travers d'une longue note technique.
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Comment fonctionne l'API ?
Comme le rappelle la note d'explication de Google et Apple que nous explique avec clarté Guillaume Poggiaspalla sur le Podcast TechCafé de Guillaume Vendé, les systèmes de "contact tracing" n'utilisent pas le GPS des téléphones car ils sont trop intrusifs et permettent de localiser précisément les individus. Ils utilisent ainsi la technologie de "Bluetooth Low Energy" (BLE) : l'app utilise le Bluetooth du téléphone en tache de fond. Autrement dit, avec notre téléphone en poche, l'app envoie un identifiant anonymisé aux téléphones alentour grâce au réseau local du bluetooth. L’avantage de ce procédé est qu’il ne repose sur aucune donnée de localisation. Lorsque vous êtes malade, votre identifiant est envoyé sur un serveur auquel tous les téléphones ont accès : sur ce serveur, ils téléchargent et mettent à jour la liste des personnes malades et pe...