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Or


Interview de Dr. Yves Ekoué AMAÏZO
Directeur Afrocentricity Think Tank
Diffusion 14 avril 2025
————————
Nom du Journaliste: Mme Samantha Ramsamy (SR), Journaliste indépendante
Média : MULTIPOLAIRE sur Global Africa Telesud
Emission Débat sur l’Afrique : Or : Les Africains bientôt riches et souverains ?
Vendredi 8 avril 2025 diffusée le 14 avril 2025.
Nom des invités à l’émission :
Ecouter le débat sur :
Durée de l’émission : 29 mn 37 secondes.
Lien direct Vidéo : Multipolaire sur Global Africa Telesud
Mise en ligne Afrocentricity Think Tank, 14 avril 2025.
Objet / Résumé : Avec ses invités, Samantha Ramsamy, dans son émission Multipolaire, analyse les conséquences économiques de la montée du prix de l’or en Afrique, non seulement du point de vue des gains potentiels pour les Etats africains, mais aussi des risques sous-jacents et la réalité du ruissellement réel ou imaginaire vers les populations. Mais, dans le cadre des objectifs de souveraineté, il n’est pas possible de ne pas faire une analyse sur le rôle des entreprises multinationales exploitant l’or en Afrique, souvent à des conditions d’inégalités et de servitude des dirigeants africains.
Est-ce que les entreprises multinationales disent la vérité sur la quantité de l’or qu’elles exploitent ? Qui décide du partage ? Pourquoi les Etats africains exportent leur or au lieu de le conserver dans leurs banques centrales et créer leur propre monnaie ? Comment tout cela peut évoluer ? Est-ce que tout ceci peut apparaître comme un frein à la souveraineté économique de quelques pays africains ? Quels sont finalement les véritables perdants ? Des nombreuses autres questions trouvent des pistes de réponses dans l’interview et dans le débat sur le sujet. Mais la question reste ouverte : Pourquoi les Africains ne profitent pas de l’or qui est extrait de leur territoire ?
Questionnaire proposé à Dr. Yves Ekoué AMAÏZO (YEA) par Samantha Ramsamy (SR)
Dr Yves Ekoué AMAÏZO, Directeur Afrocentricity Think Tank
1. SR. Comment analysez-vous cette flambée des prix de l’or ? Et surtout à votre avis, est-ce que cette augmentation va perdurer ?
YEA. Je souhaite rappeler l’évolution du prix de l’or, prix qui a évolué de manière significative au cours des deux dernières décennies. J’ai choisi trois dates : le 8 avril pour les années 2005, 2015 et 2025.
Le 8 avril 2005 : Le prix de l’or était bas, autour de 10 500 Euros par kilogramme (kg), soit environ 12 000 dollars américains ($EU) par kg.
Le 8 avril 2015 : Le prix de l’or était estimé à environ 36 000 euros par kg. En dollars, cela correspondait à environ 39 000 $EU par kg.
Le prix actuel de l’or au 8 avril 2025 est estimé à environ 90 740,08 Euros par kilogramme en Europe. En dollars américains, il est évalué à 3 120,03 dollars par once, ce qui correspond à environ 100 311 dollars par kg.
On est donc passé en 20 ans de 10 500 Euro par kg en 2005 à 90 740 Euro par kg en 2025. Autrement dit, si l’Afrique avait gardé son or, son taux d’épargne aurait été multiplié par 9, et si cet or avait servi à obtenir des crédits, cela aurait démultiplié les possibilités en termes d’effets de levier. Les dirigeants auraient plus de marge de manœuvre pour investir dans les infrastructures venant en appui au bien-être et au développement, les populations auraient vu un mieux-être.
L’or reste une valeur refuge du fait de la confiance, la liquidité et sa capacité à demeurer ce qui fonde la monnaie à savoir un équivalent général. Mais son prix peut fluctuer en fonction des conditions du marché. La flambée de l’or peut être analysée à travers plusieurs facteurs économiques et géopolitiques. Voici au moins trois points clés :
Avec la nouvelle approche de Donald Trump fondée sur la promotion de la volatilité et de l’imprévisibilité dans les échanges mondiaux, la hausse du prix de l’or va perdurer. Mais il faut au moins trois conditions :
2. SR. Quels impacts sur les différences d’interprétation sur le partage des recettes de l’or au Mali entre l’entreprise multinationale canadienne Barrick Gold et le Gouvernement malien ? Est-ce que ce conflit ouvert peut trouver une solution ?
YEA. Cette affaire au Mali reflète les tensions entre le Gouvernement malien et l’entreprise Barrick Gold, un géant canadien de l’exploitation minière. Voici au moins quatre principaux impacts et enjeux :
Oui, tous les conflits ouverts peuvent trouver une solution. Le problème dépend de qui profite de la solution et si cette solution repose sur un minimum d’équité et de respect mutuel.
3. SR. A qui profite la hausse du prix de l’or ?
Le conflit entre le Gouvernement malien et la société Barrick Gold semble avoir été résolu. Un accord a été conclu le 21 février 2025 après près de deux ans de tensions. Cet accord prévoit que Barrick Gold verse 275 milliards de FCFA (environ 438 millions de dollars) au Gouvernement malien. En échange, les autorités maliennes se sont engagées à libérer les employés détenus, à restituer l’or saisi et à permettre la reprise des activités minières au complexe de Loulo-Gounkoto.
La hausse du prix de l’or peut bénéficier à la fois au Gouvernement malien et à Barrick Gold, mais de manière différente :
4. SR. Quels sont les objectifs de la transition du Mali dans cette affaire : se débarrasser et remplacer BARRICK Gold ?
Les principaux pays producteurs sont le Ghana, premier producteur d’or en Afrique, suivi par l’Afrique du Sud, le Mali, la Guinée et le Burkina Faso. Ces pays disposent de vastes réserves aurifères et exploitent des mines à grande échelle.
Les acteurs majeurs sont des entreprises multinationales comme Barrick Gold, AngloGold Ashanti, Gold Fields, et B2Gold, tous dominant le secteur, au point d’arriver, par le passé, à dicter au Gouvernement une partie de la politique étatique concernant ce secteur. Il convient aussi de mentionner des investisseurs chinois privés, canadiens et australiens qui sont également très actifs dans la région.
Pour ce qui est du contrôle et les enjeux qui en découlent, il importe de rappeler que les gouvernements locaux jouent un rôle clé dans la régulation et la taxation de l’industrie aurifère. Par exemple, le Ghana a mis en place une structure appelée Gold Board pour superviser le commerce de l’or.
Cependant, des défis tels que la contrebande et les conflits politiques peuvent compliquer la gestion des ressources aurifères. Les groupes terroristes ou les armées et milices étrangères en Afrique s’en prennent assez régulièrement aux mines d’or comme à la frontière entre l’Algérie et le Mali. Ce qui peut occasionner des conflits et des brouilles diplomatiques que seule la transparence dans les informations peut aider à trouver des solutions…
L’industrie aurifère africaine demeure un moteur économique important en Afrique, sauf que les dirigeants africains n’arrivent pas à mettre en commun cet or pour servir de réserve pour la création d’une banque centrale africaine.
6. SR. Quels sont les principaux producteurs d’or africains, et quelles sont les principales destinations de l’or africain ?
YEA. On peut identifier au moins dix (10) principaux producteurs d’or en Afrique avec les tonnages officiellement enregistrés. A ce titre, il est possible que ces chiffres sur le tonnage puissent changer rapidement si les pays de l’AES arrivent à obtenir une meilleure estimation de leur propre réserve, suite à des contrôles accrus sur les sociétés exploitant l’or dans le pays :
Les principales destination se font en dehors du continent. L’or africain est principalement exporté vers les pays suivants :
7. SR. Quel est le plus important projet d’or en Afrique ? Et où est-ce que l’on peut le situer ?
YEA. L’un des projets aurifères les plus importants en Afrique actuellement à ma connaissance est le projet Kibali, situé en République démocratique du Congo (RDC). Ce projet est exploité par Barrick Gold et AngloGold Ashanti, en partenariat avec la Société Minière de Kilo-Moto (SOKIMO), une entreprise publique congolaise (RDC).
Le projet Kibali est important de fait de sa taille, les technologies modernes utilisées et surtout les possibilité d’effets et d’impacts économiques :
8. SR. Pourquoi les Africains n’en profitent pas ?
YEA. Je pense qu’il y a au moins quatre (4) raisons principales à mentionner pour expliquer le manque à gagner pour les populations africaines :
La réalité est qu’il faut distinguer entre les populations et les dirigeants africains lorsqu’il s’agit de clarifier qui profite des recettes tirées de l’exploitation de l’or et qui n’en profite pas. L’or africain est une richesse infinie, mais son potentiel est souvent entravé par des problèmes structurels et géopolitiques accompagnés d’une mauvaise volonté collective des dirigeants d’organiser le secteur sur une base sectorielle et régionale.
9. SR. À priori , la hausse de l’or donne l’opportunité d’augmenter les réserves d’or … Quelles réalités pour les pays africains ?
YEA. La hausse du prix de l’or offre effectivement une opportunité pour les pays africains d’augmenter leurs réserves d’or, mais cette réalité est nuancée en fonction des avantages et des défis.
Pour les avantages potentiels, on peut citer trois points :
Pour ce qui est des défis et limites, il convient de mentionner au moins trois :
En résumé, bien que la hausse des prix de l’or soit une opportunité, elle nécessite une gestion stratégique pour maximiser les bénéfices tout en minimisant les risques
10. SR. Avec cette flambée du métal précieux, quelles sont les conséquences pour les pays qui dépendent de l’extraction de l’or ?
YEA. La flambée des prix de l’or a des conséquences variées pour les pays africains dépendant du coût de son extraction et des effets négatifs sur l’environnement et les populations vivant dans la zone d’exploitation. Voici les principaux impacts positifs et négatifs :
Pour ce qui est des risques et impacts négatifs, on peut rappeler au moins trois points :
Ces impacts montrent que la gestion stratégique et institutionnalisée de ce secteur, ce collectivement entre pays producteurs de cette richesse, est essentielle pour maximiser les avantages tout en minimisant les risques.
11. SR. À contrario, quels sont les risques engendrés par la hausse du prix de l’or pour ces pays ?
YEA. La hausse du prix de l’or, bien qu’avantageuse à plusieurs égards, peut engendrer certains risques pour les pays africains dépendant de l’extraction de ce métal précieux. Voici au moins six (6) défis majeurs :
A/ Deux risques économiques :
B/ Deux risques sociaux
C/ Deux risques environnementaux
Ces risques soulignent la nécessité pour les pays de mettre en place des politiques inclusives et respectueuses de l’environnement et de la biodiversité pour tirer parti de la hausse des prix de l’or tout en protégeant leurs économies, leurs populations et leurs environnements.
12. SR. Il est impossible de dissocier la hausse de l’or et la dédollarisation prônée par les pays du sud global notamment la Chine et cela se traduit par des achats massif d’or par les banques centrales de la Chine, l’Inde, la Turquie notamment. Cela risque-t-il de s’accentuer ?
YEA. Plutôt que le terme « dédollarisation », je préfère le terme de diversification et alternatives sans menaces de sanctions unilatérales des pays du G7 (Etats-Unis, Union européenne, etc.). La dédollarisation, portée par des pays comme la Chine, l’Inde et la Turquie, est étroitement liée à la hausse des prix de l’or. Ces nations cherchent à réduire leur dépendance au dollar américain en accumulant massivement de l’or, considéré comme une valeur refuge et un moyen de diversifier leurs réserves. Voici quelques éléments pour comprendre si cette tendance risque de s’accentuer :
Trois facteurs favorisant l’intensification des achats d’or résident dans l’arbitraire et l’imprévisibilité des décisions unilatérales des dirigeants du G7.
Pour ce qui est des perspectives d’avenir, la tendance actuelle montre que les achats massifs d’or par les banques centrales pourraient se poursuivre, voire s’intensifier, en raison des tensions géopolitiques persistantes et des efforts croissants pour établir un système financier multipolaire. La Chine, par exemple, continue d’accroître ses réserves d’or pour soutenir le yuan comme alternative au dollar américain.
13. SR. La nouvelle monnaie ZIG du Zimbabwe. Est-ce que cela fonctionne ? Dans ce contexte de flambée de l’once, peut-on imaginer se passer du dollar ou c’est un leurre?
La monnaie ZiG (Zimbabwe Gold), introduite en avril 2024, est adossée à l’or pour tenter de stabiliser l’économie zimbabwéenne et réduire la dépendance au dollar américain. Cependant, son efficacité reste limitée pour plusieurs raisons :
Le fonctionnement de la monnaie ZiG est résumée comme suit :
Alors, peut-on se passer du dollar au Zimbabwe ? La réponse demeure négative pour le moment. Les raisons sont au moins au nombre de trois :
En résumé, bien que la ZiG soit une tentative audacieuse pour stopper l’hyperinflation, elle n’avait pas pour objet de « dédollariser » l’économie zimbabwéenne. Par contre, la flambée de l’or peut offrir un soutien temporaire. Donc, se passer du dollar reste un objectif ambitieux et difficile à atteindre si la mauvaise gestion économique du pays continue. Après tout, la valeur et la confiance dans une monnaie ne sont que les signes extérieurs d’une bonne santé des finances publiques.
14. Avec la flambée de l’or : les Africains, seront-ils bientôt riches et souverains ?
YEA. Vraisemblablement, non. Mais cela dépend de quel Africain ou Africaine dont l’on parle. Certains dirigeants africains peut-être ? Les populations africaines ? Il faudra le démontrer par l’inclusivité des recettes, la création d’emplois, la distribution du pouvoir d’achat, la séparation des pouvoirs et surtout la liberté d’expression. On en est encore loin…
La souveraineté ne peut servir d’alibi pour gommer la bonne gouvernance économique des finances publiques et surtout les « droits acquis » en Afrique !
04 mars 2025. Mise en ligne le 14 avril 2025.
Dr. Yves Ekoué AMAÏZO, interviewé par Samantha Ramsamy, Journaliste.
© Afrocentricity Think Tank
Publié par Yves Ekoué Amaïzo sur amaizo.info - Le savoir au service de l'interdépendance
By Interview de Dr. Yves Ekoué AMAÏZO
Directeur Afrocentricity Think Tank
Diffusion 14 avril 2025
————————
Nom du Journaliste: Mme Samantha Ramsamy (SR), Journaliste indépendante
Média : MULTIPOLAIRE sur Global Africa Telesud
Emission Débat sur l’Afrique : Or : Les Africains bientôt riches et souverains ?
Vendredi 8 avril 2025 diffusée le 14 avril 2025.
Nom des invités à l’émission :
Ecouter le débat sur :
Durée de l’émission : 29 mn 37 secondes.
Lien direct Vidéo : Multipolaire sur Global Africa Telesud
Mise en ligne Afrocentricity Think Tank, 14 avril 2025.
Objet / Résumé : Avec ses invités, Samantha Ramsamy, dans son émission Multipolaire, analyse les conséquences économiques de la montée du prix de l’or en Afrique, non seulement du point de vue des gains potentiels pour les Etats africains, mais aussi des risques sous-jacents et la réalité du ruissellement réel ou imaginaire vers les populations. Mais, dans le cadre des objectifs de souveraineté, il n’est pas possible de ne pas faire une analyse sur le rôle des entreprises multinationales exploitant l’or en Afrique, souvent à des conditions d’inégalités et de servitude des dirigeants africains.
Est-ce que les entreprises multinationales disent la vérité sur la quantité de l’or qu’elles exploitent ? Qui décide du partage ? Pourquoi les Etats africains exportent leur or au lieu de le conserver dans leurs banques centrales et créer leur propre monnaie ? Comment tout cela peut évoluer ? Est-ce que tout ceci peut apparaître comme un frein à la souveraineté économique de quelques pays africains ? Quels sont finalement les véritables perdants ? Des nombreuses autres questions trouvent des pistes de réponses dans l’interview et dans le débat sur le sujet. Mais la question reste ouverte : Pourquoi les Africains ne profitent pas de l’or qui est extrait de leur territoire ?
Questionnaire proposé à Dr. Yves Ekoué AMAÏZO (YEA) par Samantha Ramsamy (SR)
Dr Yves Ekoué AMAÏZO, Directeur Afrocentricity Think Tank
1. SR. Comment analysez-vous cette flambée des prix de l’or ? Et surtout à votre avis, est-ce que cette augmentation va perdurer ?
YEA. Je souhaite rappeler l’évolution du prix de l’or, prix qui a évolué de manière significative au cours des deux dernières décennies. J’ai choisi trois dates : le 8 avril pour les années 2005, 2015 et 2025.
Le 8 avril 2005 : Le prix de l’or était bas, autour de 10 500 Euros par kilogramme (kg), soit environ 12 000 dollars américains ($EU) par kg.
Le 8 avril 2015 : Le prix de l’or était estimé à environ 36 000 euros par kg. En dollars, cela correspondait à environ 39 000 $EU par kg.
Le prix actuel de l’or au 8 avril 2025 est estimé à environ 90 740,08 Euros par kilogramme en Europe. En dollars américains, il est évalué à 3 120,03 dollars par once, ce qui correspond à environ 100 311 dollars par kg.
On est donc passé en 20 ans de 10 500 Euro par kg en 2005 à 90 740 Euro par kg en 2025. Autrement dit, si l’Afrique avait gardé son or, son taux d’épargne aurait été multiplié par 9, et si cet or avait servi à obtenir des crédits, cela aurait démultiplié les possibilités en termes d’effets de levier. Les dirigeants auraient plus de marge de manœuvre pour investir dans les infrastructures venant en appui au bien-être et au développement, les populations auraient vu un mieux-être.
L’or reste une valeur refuge du fait de la confiance, la liquidité et sa capacité à demeurer ce qui fonde la monnaie à savoir un équivalent général. Mais son prix peut fluctuer en fonction des conditions du marché. La flambée de l’or peut être analysée à travers plusieurs facteurs économiques et géopolitiques. Voici au moins trois points clés :
Avec la nouvelle approche de Donald Trump fondée sur la promotion de la volatilité et de l’imprévisibilité dans les échanges mondiaux, la hausse du prix de l’or va perdurer. Mais il faut au moins trois conditions :
2. SR. Quels impacts sur les différences d’interprétation sur le partage des recettes de l’or au Mali entre l’entreprise multinationale canadienne Barrick Gold et le Gouvernement malien ? Est-ce que ce conflit ouvert peut trouver une solution ?
YEA. Cette affaire au Mali reflète les tensions entre le Gouvernement malien et l’entreprise Barrick Gold, un géant canadien de l’exploitation minière. Voici au moins quatre principaux impacts et enjeux :
Oui, tous les conflits ouverts peuvent trouver une solution. Le problème dépend de qui profite de la solution et si cette solution repose sur un minimum d’équité et de respect mutuel.
3. SR. A qui profite la hausse du prix de l’or ?
Le conflit entre le Gouvernement malien et la société Barrick Gold semble avoir été résolu. Un accord a été conclu le 21 février 2025 après près de deux ans de tensions. Cet accord prévoit que Barrick Gold verse 275 milliards de FCFA (environ 438 millions de dollars) au Gouvernement malien. En échange, les autorités maliennes se sont engagées à libérer les employés détenus, à restituer l’or saisi et à permettre la reprise des activités minières au complexe de Loulo-Gounkoto.
La hausse du prix de l’or peut bénéficier à la fois au Gouvernement malien et à Barrick Gold, mais de manière différente :
4. SR. Quels sont les objectifs de la transition du Mali dans cette affaire : se débarrasser et remplacer BARRICK Gold ?
Les principaux pays producteurs sont le Ghana, premier producteur d’or en Afrique, suivi par l’Afrique du Sud, le Mali, la Guinée et le Burkina Faso. Ces pays disposent de vastes réserves aurifères et exploitent des mines à grande échelle.
Les acteurs majeurs sont des entreprises multinationales comme Barrick Gold, AngloGold Ashanti, Gold Fields, et B2Gold, tous dominant le secteur, au point d’arriver, par le passé, à dicter au Gouvernement une partie de la politique étatique concernant ce secteur. Il convient aussi de mentionner des investisseurs chinois privés, canadiens et australiens qui sont également très actifs dans la région.
Pour ce qui est du contrôle et les enjeux qui en découlent, il importe de rappeler que les gouvernements locaux jouent un rôle clé dans la régulation et la taxation de l’industrie aurifère. Par exemple, le Ghana a mis en place une structure appelée Gold Board pour superviser le commerce de l’or.
Cependant, des défis tels que la contrebande et les conflits politiques peuvent compliquer la gestion des ressources aurifères. Les groupes terroristes ou les armées et milices étrangères en Afrique s’en prennent assez régulièrement aux mines d’or comme à la frontière entre l’Algérie et le Mali. Ce qui peut occasionner des conflits et des brouilles diplomatiques que seule la transparence dans les informations peut aider à trouver des solutions…
L’industrie aurifère africaine demeure un moteur économique important en Afrique, sauf que les dirigeants africains n’arrivent pas à mettre en commun cet or pour servir de réserve pour la création d’une banque centrale africaine.
6. SR. Quels sont les principaux producteurs d’or africains, et quelles sont les principales destinations de l’or africain ?
YEA. On peut identifier au moins dix (10) principaux producteurs d’or en Afrique avec les tonnages officiellement enregistrés. A ce titre, il est possible que ces chiffres sur le tonnage puissent changer rapidement si les pays de l’AES arrivent à obtenir une meilleure estimation de leur propre réserve, suite à des contrôles accrus sur les sociétés exploitant l’or dans le pays :
Les principales destination se font en dehors du continent. L’or africain est principalement exporté vers les pays suivants :
7. SR. Quel est le plus important projet d’or en Afrique ? Et où est-ce que l’on peut le situer ?
YEA. L’un des projets aurifères les plus importants en Afrique actuellement à ma connaissance est le projet Kibali, situé en République démocratique du Congo (RDC). Ce projet est exploité par Barrick Gold et AngloGold Ashanti, en partenariat avec la Société Minière de Kilo-Moto (SOKIMO), une entreprise publique congolaise (RDC).
Le projet Kibali est important de fait de sa taille, les technologies modernes utilisées et surtout les possibilité d’effets et d’impacts économiques :
8. SR. Pourquoi les Africains n’en profitent pas ?
YEA. Je pense qu’il y a au moins quatre (4) raisons principales à mentionner pour expliquer le manque à gagner pour les populations africaines :
La réalité est qu’il faut distinguer entre les populations et les dirigeants africains lorsqu’il s’agit de clarifier qui profite des recettes tirées de l’exploitation de l’or et qui n’en profite pas. L’or africain est une richesse infinie, mais son potentiel est souvent entravé par des problèmes structurels et géopolitiques accompagnés d’une mauvaise volonté collective des dirigeants d’organiser le secteur sur une base sectorielle et régionale.
9. SR. À priori , la hausse de l’or donne l’opportunité d’augmenter les réserves d’or … Quelles réalités pour les pays africains ?
YEA. La hausse du prix de l’or offre effectivement une opportunité pour les pays africains d’augmenter leurs réserves d’or, mais cette réalité est nuancée en fonction des avantages et des défis.
Pour les avantages potentiels, on peut citer trois points :
Pour ce qui est des défis et limites, il convient de mentionner au moins trois :
En résumé, bien que la hausse des prix de l’or soit une opportunité, elle nécessite une gestion stratégique pour maximiser les bénéfices tout en minimisant les risques
10. SR. Avec cette flambée du métal précieux, quelles sont les conséquences pour les pays qui dépendent de l’extraction de l’or ?
YEA. La flambée des prix de l’or a des conséquences variées pour les pays africains dépendant du coût de son extraction et des effets négatifs sur l’environnement et les populations vivant dans la zone d’exploitation. Voici les principaux impacts positifs et négatifs :
Pour ce qui est des risques et impacts négatifs, on peut rappeler au moins trois points :
Ces impacts montrent que la gestion stratégique et institutionnalisée de ce secteur, ce collectivement entre pays producteurs de cette richesse, est essentielle pour maximiser les avantages tout en minimisant les risques.
11. SR. À contrario, quels sont les risques engendrés par la hausse du prix de l’or pour ces pays ?
YEA. La hausse du prix de l’or, bien qu’avantageuse à plusieurs égards, peut engendrer certains risques pour les pays africains dépendant de l’extraction de ce métal précieux. Voici au moins six (6) défis majeurs :
A/ Deux risques économiques :
B/ Deux risques sociaux
C/ Deux risques environnementaux
Ces risques soulignent la nécessité pour les pays de mettre en place des politiques inclusives et respectueuses de l’environnement et de la biodiversité pour tirer parti de la hausse des prix de l’or tout en protégeant leurs économies, leurs populations et leurs environnements.
12. SR. Il est impossible de dissocier la hausse de l’or et la dédollarisation prônée par les pays du sud global notamment la Chine et cela se traduit par des achats massif d’or par les banques centrales de la Chine, l’Inde, la Turquie notamment. Cela risque-t-il de s’accentuer ?
YEA. Plutôt que le terme « dédollarisation », je préfère le terme de diversification et alternatives sans menaces de sanctions unilatérales des pays du G7 (Etats-Unis, Union européenne, etc.). La dédollarisation, portée par des pays comme la Chine, l’Inde et la Turquie, est étroitement liée à la hausse des prix de l’or. Ces nations cherchent à réduire leur dépendance au dollar américain en accumulant massivement de l’or, considéré comme une valeur refuge et un moyen de diversifier leurs réserves. Voici quelques éléments pour comprendre si cette tendance risque de s’accentuer :
Trois facteurs favorisant l’intensification des achats d’or résident dans l’arbitraire et l’imprévisibilité des décisions unilatérales des dirigeants du G7.
Pour ce qui est des perspectives d’avenir, la tendance actuelle montre que les achats massifs d’or par les banques centrales pourraient se poursuivre, voire s’intensifier, en raison des tensions géopolitiques persistantes et des efforts croissants pour établir un système financier multipolaire. La Chine, par exemple, continue d’accroître ses réserves d’or pour soutenir le yuan comme alternative au dollar américain.
13. SR. La nouvelle monnaie ZIG du Zimbabwe. Est-ce que cela fonctionne ? Dans ce contexte de flambée de l’once, peut-on imaginer se passer du dollar ou c’est un leurre?
La monnaie ZiG (Zimbabwe Gold), introduite en avril 2024, est adossée à l’or pour tenter de stabiliser l’économie zimbabwéenne et réduire la dépendance au dollar américain. Cependant, son efficacité reste limitée pour plusieurs raisons :
Le fonctionnement de la monnaie ZiG est résumée comme suit :
Alors, peut-on se passer du dollar au Zimbabwe ? La réponse demeure négative pour le moment. Les raisons sont au moins au nombre de trois :
En résumé, bien que la ZiG soit une tentative audacieuse pour stopper l’hyperinflation, elle n’avait pas pour objet de « dédollariser » l’économie zimbabwéenne. Par contre, la flambée de l’or peut offrir un soutien temporaire. Donc, se passer du dollar reste un objectif ambitieux et difficile à atteindre si la mauvaise gestion économique du pays continue. Après tout, la valeur et la confiance dans une monnaie ne sont que les signes extérieurs d’une bonne santé des finances publiques.
14. Avec la flambée de l’or : les Africains, seront-ils bientôt riches et souverains ?
YEA. Vraisemblablement, non. Mais cela dépend de quel Africain ou Africaine dont l’on parle. Certains dirigeants africains peut-être ? Les populations africaines ? Il faudra le démontrer par l’inclusivité des recettes, la création d’emplois, la distribution du pouvoir d’achat, la séparation des pouvoirs et surtout la liberté d’expression. On en est encore loin…
La souveraineté ne peut servir d’alibi pour gommer la bonne gouvernance économique des finances publiques et surtout les « droits acquis » en Afrique !
04 mars 2025. Mise en ligne le 14 avril 2025.
Dr. Yves Ekoué AMAÏZO, interviewé par Samantha Ramsamy, Journaliste.
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