Le parc naturel marin de Mayotte créé au moment de la départementalisation de l’île avait pour objectif de protéger l’environnement marin en même temps que de développer le territoire. Qu’en est-il près de 15 ans plus tard ? LSD apporte quelques éléments de réponse.
Abdallah ne construit plus qu’un laka (“pirogue traditionnelle à balancier” en langue shimaoré) de temps en temps. Il est le dernier fundi (maître) à maîtriser le savoir-faire qu’il a hérité de son père, lui-même fundi. Abdallah espère qu’un jeune prendra le relais pour perpétuer la tradition, sans trop d’espoir : “les jeunes d’aujourd’hui ne sont pas très intéressés par ce genre de travail”.
Le laka dont le lagon était rempli il y a encore quelques années est désormais considéré comme un engin de plage et ne peut plus naviguer à plus de trois cents mètres du rivage.
La départementalisation de l’île en 2011 et les normes qui l’ont accompagnée ont considérablement réduit le nombre de pêcheurs sur le lagon. La répression par l’État de l’immigration dite clandestine a également touché la communauté des pêcheurs, majoritairement composée de ressortissants étrangers illégalisés. Tandis qu’au large, les thoniers senneurs venus d’Espagne, de France et des Seychelles ont tout le loisir de prélever la ressource halieutique que les Mahorais consomment sous forme de boîtes de conserves importées. Mayotte, entourée d’un océan poissonneux, n’a quasiment pas d’industrie de la pêche.
Estimée à 320 000 par l’INSEE, beaucoup plus selon des observateurs locaux dans un espace réduit, la population de Mayotte fait peser une menace sur l’environnement de l’île, sur son lagon en particulier. Face à l’envasement du lagon, sa pollution, la menace qui pèse sur certaines espèces comme le dugong, ce mammifère marin herbivore ou encore les tortues notamment à la saison des pontes comme a pu le documenter LSD, des associations environnementales locales tentent de limiter les dégâts à travers des programmes de conservation et de sensibilisation. François Beudard, président de l’association des naturalistes de Mayotte explique : “On est sur l’île tropicale sur laquelle il y a une pression démographique considérable, on parle parfois d’une densité de population de type parisienne, donc vous imaginez les pressions sur les milieux et les ressources naturelles. Et la biodiversité est parfois le dernier volet dont on se préoccupe parce qu’on pense aux humains”. Une équation difficile dans une île où les trois quarts de la population vit sous le seuil de pauvreté.
Avec :
Abdallah Saindou Bacha, menuisier, charpentier de marine
Abou Chihabi, artiste comorien
Auriane Serval, biologiste marin
David Lorieux, coordinateur scientifique au sein de l'association Ceta'Maore
Ankou Boua Nidé, habitante du village de Kanibé
Chaga, président de l'association Jardin océanique de Mayotte
François Beudard, président de l’association des naturalistes de Mayotte
Georgetta Stoica, anthropologue
Jean-Eudes Beuret, économiste
Ahmed Oumadi Mortada, pêcheur
Noémie, Eugénie, Emma, sages femmes au Centre hospitalier de Mayotte (CHM)
Michel Charpentier, président de l’association des naturalistes de Mayotte
Musiques originales : Abou Chihabi, Totem et Natcho,