Ce mois-ci, l’équipe de Semillas Latinas consacre son épisode à un enjeu central et urgent : décoloniser et indigéniser la lutte pour l’environnement. Alors que les catastrophes climatiques s’intensifient et que la transition énergétique dite « verte » révèle ses contradictions, l’émission met en lumière les voix, les savoirs et les résistances des peuples autochtones d’Abya Yala, au cœur des luttes territoriales.
L’épisode s’ouvre sur une réflexion sur la nécessité d’aborder l’écologie à partir de perspectives décoloniales et indigènes. Combien les récits dominants sur l’environnement restent ancrés dans une vision occidentale qui considère la nature comme une ressource exploitable, occultant les enjeux de racisme environnemental et les héritages coloniaux encore à l’œuvre. Dans de nombreuses régions rurales de la région, les communautés autochtones mènent une lutte quotidienne contre l’extractivisme qui couvre différents domaines : la déforestation, l’exploitation minière et pétrolière, les mégaprojets éoliens, entre autres. La transition énergétique annoncée par les pays du Nord, pour sortir des énergies fossiles, renforce le modèle extractiviste tout en créant de nouvelles formes de domination coloniale. L'urgence climatique et les grands projets d'énergie verte finissent donc par nuire aux peuples autochtones historiquement marginalisés et victimes de racisme.
Pour ouvrir cet épisode, Manon Méziat, Paloma Petrich et Astrée Toupiol nous parlent d’un sujet au cœur de l’actualité internationale : la COP30, qui s’est déroulée à Belém, en Amazonie brésilienne, du 10 au 21 novembre 2025. Pour cette édition, 1 770 lobbyistes des énergies fossiles ont été accrédités et sans surprise, la COP30 s’est clôturée sans accord sur la sortie des énergies fossiles, signal d’un backlash écologique à l’échelle internationale. L’équipe de Semillas Latinas a eu l’honneur d’interviewer Livia Kalil de Jesus, doctorante en sciences politiques à l'Université Sorbonne Nouvelle et à l'Université de São Paulo, et présente à cette COP, elle travaille sur l’influence que le multilatéralisme climatique a sur les politiques agricoles brésiliennes.
Manon Méziat et Paloma Petrich reviennent ensuite sur l’événement Decolonize, organisé à la Parole Errante à Montreuil, les 11 et 12 octobre 2025, où se sont rencontré·e·s des représentant·e·s de luttes décoloniales et environnementales. Le 12 octobre, date marquant le début du génocide colonial, est ici réinvesti par des espaces d’échange, de solidarité et de résistance.
Côté chroniques, l’épisode se poursuit avec Sylvie Argibay, qui nous plonge au cœur du territoire mapuche en présentant Terricide. Sagesse ancestrale pour un monde alternatif, ouvrage de l’activiste Moira Millán. Elle revient également sur sa rencontre avec sa fille, Lianka Millán, pour évoquer la lutte de sa mère pour la récupération des territoires appartenant aux peuples autochtones et son combat contre les violences de genre, dans les territoires occupés par l’État argentin.
Astrée Toupiol propose ensuite une chronique sonore, retraçant l’histoire de l’invisibilisation des peuples autochtones d’Abya Yala et l’intensité de leurs résistances à travers des archives sonores.
Enfin, Manon Méziat nous raconte les chroniques d’une lutte gagnée contre le mythe colonial de l’El Dorado en Guyane. Le mythe de l’El Dorado correspond à l’un des principes coloniaux fondateurs des puissances occidentales : la doctrine de la Terra nullius, la « terre qui n’appartient à personne », qui a justifié la prise de possession de territoires habités par des peuples autochtones par des Européens.
Tout au long de l’épisode, la musique accompagne ces récits de lutte : « Amazonia » du duo péruvien de musique électronique Dengue Dengue Dengue, et « Xangô » de Magalhães e sua Guitarra, un hommage à l’orixá afro-brésilien du tonnerre et de la justice.
L’épisode se termine sur des recommandations : l’exposition « Amazonia. Créations et futurs autochtones » au Musée du Quai Branly, et des lectures d’activistes écoféministes d’Abya Yala comme Terricide de Moira Millán ou Despojos racistas de Josefa Sánchez Contreras.
Equipe de production :
Présentation : Pauline Rossano et Sylvie Argibay
Reportages : Paloma Petrich, Manon Méziat et Astrée Toupiol
Chroniques : Astrée Toupiol, Manon Méziat et Sylvie Argibay
Réalisation : Mickaël Adarve