Les investissements en IA atteignent des niveaux records. Pourtant, personne ne parle vraiment de bulle. Ce n'est pas une coïncidence : les excès sont toujours mieux visibles rétrospectivement qu'au moment où ils se forment.
Pour comprendre ce qui se passe aujourd'hui, il faut revenir à la mécanique même des cycles d'investissement technologique.
1.Toute bulle repose sur une histoire réelle. L'IA génère des perspectives de productivité concrètes, qui justifient un besoin massif de capital aujourd'hui pour capter une demande future encore incertaine. Les hyperscalers n'ont pas le choix : ne pas investir est presque plus risqué qu'investir, c'est une question de survie concurrentielle. Ce mécanisme, en lui-même, est relativement classique.
2.Ce qui change davantage, c'est le degré d'incertitude propre aux nouvelles technologies. Contrairement à l'immobilier, qui a des paramètres de demande plus balisés, l'IA ne dispose d'aucun plafond naturel. Cette incertitude ne pousse pas à la prudence : elle pousse à l'excès.
3.Le levier financier commence à se superposer à cette dynamique. Les valorisations intègrent des scénarios très optimistes, les flux se concentrent massivement sur le thème IA au détriment du reste de l'économie, et les niveaux de levier sur les marchés rappellent ceux observés à la fin des années Internet.
Bulle ou pas bulle n’est pas vraiment la question. On constatera à la fin l’ampleur des excès potentiels. La question qui se pose aujourd’hui est la suivante : si la demande réelle tarde à rejoindre les capacités créées, quelles seront les conséquences d’une inversion des effets de richesse accumulés jusqu’ici ?
Retrouvez l’analyse de Philippine Watteaux et Loïc Cadiou dans le dernier épisode de Macro In Motion.
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