En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Je m’en vais maintenant auprès de Celui qui m’a envoyé, et aucun de vous ne me demande : “Où vas-tu ?” Mais, parce que je vous dis cela, la tristesse remplit votre cœur. Pourtant, je vous dis la vérité : il vaut mieux pour vous que je m’en aille, car, si je ne m’en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai. Quand il viendra, il établira la culpabilité du monde en matière de péché, de justice et de jugement. En matière de péché, puisqu’on ne croit pas en moi. En matière de justice, puisque je m’en vais auprès du Père, et que vous ne me verrez plus. En matière de jugement, puisque déjà le prince de ce monde est jugé. »
Frères et sœurs dans le Christ, le Temps Pascal qui s’écoule nous engage dans une dynamique de transition qui nous fait évoluer, au cœur profond de notre vie, de la célébration de la Pâques à l’effusion de l’Esprit de la Pentecôte, Or, il ne s’agit pas là d’un simple trait d’esprit, mais littéralement d’un a(A)gir de l’Esprit en nous. En effet, nous retrouvons aujourd’hui Jésus annonçant, accompagnant et soignant la transition qui se pointe à l’horizon pour lui et ses disciples d’hier comme d’aujourd’hui. Il réitère ce qu’il avait précédemment évoqué : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain qui est tombé en terre ne meurt pas, il reste seul; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. (Jn 12, 24) […] Mais, parce que je vous dis cela, la tristesse remplit votre cœur. Pourtant, je vous dis la vérité : il vaut mieux pour vous que je m’en aille, car, si je ne m’en vais pas, le Défenseur [Paraclet] ne viendra pas à vous; mais si je pars, je vous l’enverrai » (Jn 16, 6-7). Jésus nomme la réalité centrale du départ inhérent et imminent à toute v(V)ie, comme fin et commencement concomitants, sise au fondement de la dynamique de transition que lui est ses disciples d’hier et d’aujourd’hui s’apprêtent à vivre. « Toute transition débute par la fin de quelque chose et se termine par le commencement de quelque chose[1] », rappelle Jean-Luc Hétu. Entre les deux, la plupart du temps, le cœur balance au rythme d’une désorientation au sein de laquelle il importe de pouvoir exprimer, auprès d’un vis-à-vis accompagnateur, la perte (désappropriation) qui passe derrière nous, chargée de moult réactions associées : tristesse, stress, dépaysement, colère, frustration, ambivalence, peur du lendemain, etc, afin de pouvoir accueillir le renouveau de v(V)ie qui se profile (réappropriation). C’est ce difficile « qui perd, gagne » intégrateur que Jésus accompagne aujourd’hui en guise de Bonne Nouvelle, rassurant les disciples d’hier comme d’aujourd’hui qu’ils ne demeureront nullement en reste, ni laissés à eux-mêmes, isolés et confrontés à leurs démons d’incrédulité du monde intérieur comme du monde extérieur. Il promet d’envoyer le Paraclet (paraklètos dans le texte grec), le Consolateur-Défenseur « appelé près d’eux, à leur côté » et qui se fera « l’Accompagnateur éternellement Présent » pour les défendre et les aider (gr. passif de parakaléo, lat. ad-vocatus).